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21:25 12 janvier 2017 | mise à jour le: 12 janvier 2017 à 21:25 temps de lecture: 5 minutes

Un cyberprédateur sexuel à l’ombre pour 6 ans

TRIBUNAL. Accusé de leurre informatique sur un grand nombre de jeunes filles âgées entre 10 et 16 ans, Frédéric Desjardins-Gauthier a pris le chemin du pénitencier. Les parties en sont arrivées à une suggestion commune de 6 ans de détention que la juge Hélène Bouillon s’est empressée d’entériner, afin que débute au plus vite la réhabilitation du jeune homme renfermé, qui se dit prêt à suivre toutes les thérapies utiles et même à servir à l’élaboration d’un programme préventif pour de tels crimes.

Frédéric Desjardins-Gauthier. (Photo TC Media – François Cattapan)

Les délits reprochés à l’individu de 31 ans se sont déroulés entre 2009 et 2015. Plus de 62 chefs d’accusation ont été enregistrés contre lui, principalement pour leurre informatique, ainsi que pour extorsion et pornographie juvénile. Il a fait un total de 29 victimes réparties à travers le monde, dont principalement au Canada anglais, aux États-Unis, en Inde et en Australie.

Réfugié derrière son ordinateur, Desjardins-Gauthier initiait des conversations amicales jusqu’à l’obtention de photos des jeunes filles en sous-vêtements ou nues. Ensuite, il terrorisait ses proies en les menaçant de transmettre des images compromettantes à leurs proches et à leur entourage. Une fois l’emprise établie, il réclamait à ses victimes des poses suggestives allant jusqu’à la masturbation et à l’introduction d’objets dans les parties génitales directement via caméra sur le réseau Skype.

Le procureur de la Couronne, Me François Godin, a expliqué la relative sévérité de la peine par le fait que le ministère public veut dissuader la cybercriminalité. «Ce fléau fait de nombreuses victimes collatérales dans les familles touchées, en plus d’occasionner des séquelles permanentes chez les jeunes piégés sur Internet», a-t-il mentionné en référence aux trois déclarations des victimes dont lecture a été faite en salle d’audience.

Pour chacune d’elles, le résultat a été similaire : crainte, honte, perte de confiance, repli sur soi, dépression et suivi psychologique. Une jeune fille âgée de 14 ans des États-Unis a dû surmonter cette épreuve après avoir perdu dans les mois précédents son père, ainsi que deux de ses grands-parents. Une autre de 12 ans de Colombie-Britannique a été affectée par des troubles alimentaires et une perte d’estime de soi allant jusqu’à l’automutilation. Vivant en Ontario, la troisième d’à peine 10 ans était une patineuse artistique prometteuse qui a vu ses performances décliner dramatiquement. Sans oublier les parents, qui ont vécu de l’angoisse, du stress et de l’absentéisme au travail.

Larmes et excuses

Desjardins-Gauthier a écouté le long récit des séquelles des victimes, traduit de l’anglais au français, la tête basse et le regard fixé au sol. Il n’a pu retenir ses larmes lorsque son avocate, Me Marie-Pierre Trottier, a fait la lecture de sa lettre d’excuses à l’intention des jeunes filles. Il y a exprimé ses regrets et remords pour tous les troubles occasionnés. Confiant en sa réhabilitation, il s’est dit prêt à mettre cette mauvaise expérience au service d’un programme préventif.

«Je souhaite contribuer à prévenir la cyberpédophilie. J’aurais moi-même voulu demander de l’aide, mais elle n’existe pas encore pour ce type de déviance. Je tiens également à m’excuser à ma famille, à qui j’ai aussi fait du tort, et à la société. Cette mésaventure m’a fait perdre deux emplois et je me suis ramassé sur l’aide sociale. Ce n’est pas dans ma mentalité. Je veux me reprendre en main et vous ne me reverrez pas ici», a-t-il assuré la juge avant qu’elle ne donne droit à la suggestion commune de peine.

La mère de l’accusée est venue témoigner en pleurs de la personnalité trouble et renfrognée de son fils, telle que dépeinte dans le rapport présentenciel. Elle estime que tout a dégénéré après son divorce. Toutefois, jamais elle n’avait envisagé que le problème de personnalité de son garçon allait en arriver là. «Il est évident qu’il a un trouble mental et ce n’est pas en prison qu’il pourra espérer obtenir les soins appropriés», a-t-elle soumis en regagnant sa place en sanglots.

Facteurs spécifiques

En acceptant la suggestion commune des parties, la juge Bouillon a pris le temps de considérer les aspects spécifiques de cette cause. Elle a noté, d’abord, comme facteurs atténuants le fait que l’accusé reconnaît ses torts, qu’il n’a pas d’antécédents judiciaires, qu’il a plaidé coupable évitant un procès et qu’il a collaboré à l’enquête. Elle a ensuite considéré les facteurs aggravants, dont la longue période sur laquelle se sont échelonnés les délits, le grand nombre de victimes, la situation de contrôle, les menaces exercées sur elles et l’ampleur des séquelles tant pour les victimes que leur famille.

«Nous sommes devant des demandes avilissantes et déshumanisantes exercées sous la terreur, à l’endroit de victimes ciblées pour la vulnérabilité de leur jeune âge. De tels crimes sont réprouvés par la société et doivent être sévèrement punis», a justifié la juge Bouillon. La peine de 6 ans de détention est assortie d’une inscription au registre des délinquants sexuels, d’un prélèvement d’ADN, de la confiscation de l’ordinateur, de même que des interdictions à perpétuité de se trouver dans les parcs et d’utiliser Internet (sauf pour la recherche ou l’exercice d’un emploi). S’ajoute, à la sortie de prison, le paiement des suramendes pour chacun des chefs d’accusation, montant qui s’élève à plus de 6000$.

TC Media

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