Culture
18:08 6 décembre 2013 | mise à jour le: 6 décembre 2013 à 18:08 temps de lecture: 4 minutes

Québékoisie: un regard sur les relations entre Autochtones et non-Autochtones

Mélanie Carrier et Olivier Higgins reviennent de loin. Du bout du monde, d’abord: il y a huit ans, dans leur premier moyen-métrage «Asiemut», on les voyait avaler 8000 kilomètres en vélo, de la Mongolie à la plaine du Gange, en Inde. Ces jours-ci, de leur propre aveu, ils effectuent un retour plus impressionnant encore en franchissant, avec «Québékoisie», les barrières du monde de l’ignorance, où non seulement on ne connaît pas, mais où on ne sait pas même qu’on ne connaît pas.

L’ignorance. Sans complexe, les jeunes réalisateurs de Charlesbourg confient que c’est ce qui a d’abord donné l’impulsion du documentaire Québékoisie, qui porte sur les relations complexes entre Autochtones et non-Autochtones. «Tu grandis dans un quartier, avec ta famille, tes amis, tes repères, et il y a plein de réalités autour que tu n’es pas amené à connaître», témoigne Olivier Higgins. Parmi ces autres réalités, ils ont pris conscience qu’ils savaient peu de choses des Premières Nations du Québec qui, pourtant, habitaient depuis toujours le territoire.

De là, ils ont été conduits à s’interroger sur l’importance d’une culture. Qu’est-ce ça veut dire, être Québécois? Qu’est-ce que ça veut dire, être Innu? Et comment ces réponses pourraient-elles faire évoluer les choses vers un mieux-vivre ensemble? À l’été 2011, après trois ans de recherches pour approfondir ces questions fondamentales, ils enfourchaient leur vélo et empruntaient la route 138. Direction: Natashquan, Côte-Nord, en passant par Rigaud, Chicoutimi et Sept-Îles. Contrairement à Asiemut, le vélo était moins une fin en soi qu’une «façon d’aller rencontrer les gens et de prendre le temps avec eux», rapporte Olivier Higgins.

Témoignages

Le résultat est pour le moins troublant, voire choquant par moment. On y apprend, de la bouche de chercheurs, que plus de la moitié des Québécois ont un ancêtre autochtone; seulement, ce métissage a été occulté de l’histoire officielle qui n’aurait su admettre que le colonisateur ait produit des «bâtards» avec le colonisé. Les interventions de l’anthropologue Serge Bouchard viennent remettre en question plusieurs de ces mythes fondateurs qui ont pu contribuer aux murs qui se dressent aujourd’hui entre Québécois et Premières Nations, dont la méfiance est mutuelle. Des murs que le sociologue innu Pierrot Ross-Tremblay vient à son tour ébranler par ses observations sur l’autochtonie actuelle.

«Au début, nous aussi on avait des préjugés, admet Olivier Higgins. On pensait « eux autres, nous autres ». Au fil du temps, c’est une dualité qui est tombée.» Et, de fait, le documentaire donne à voir et à entendre plusieurs formes de métissage – plus ou moins heureux cela dit, du couple mixte en amour aux réserves enclavées dans des villes, bien délimitées par des lisières pour éviter de croiser le regard de l’Autre.

C’est surtout à ces acteurs du quotidien que la parole est donnée, autant d’exemples de la diversité culturelle qui tapisse le Québec. Le documentaire revient notamment sur l’épisode de la crise d’Oka, qui n’a pas manqué d’alimenter les préjugés. La sœur du caporal Lemay, tué par les Mohawks, se livre doucement, en toute sincérité. Assurément l’un des témoignages les plus surprenants de Québékoisie, qui ne rate pas son effet coup-de-poing.

Émergeant à son tour de son ignorance insoupçonnée, le spectateur est alors conduit à se demander: et maintenant, quoi faire?

Quoi faire?

Parmi les pistes de solution pour favoriser l’ouverture de part et d’autre, il y aurait celle de revoir la façon dont l’autochtonie est enseignée dans les écoles. De là vient l’ignorance, croit Mélanie Carrier. «J’ai réalisé qu’on nous a enseigné ce qu’on a bien voulu nous enseigner», entre autres en axant sur l’autochtonie d’hier, avec ses maisons longues et ses fourrures. Mais qu’en est-il de l’autochtonie actuelle? «Et si, dans les voyages de fin d’année, les élèves allaient à Uashat plutôt qu’à New York ou Washington? New York, c’est bien, c’est l’ouverture sur le monde, mais ils reviendraient de Uashat avec des souvenirs mémorables…»

Québékoisie est une production de MöFilms. Aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal, il remportait récemment le prix Magnus Isacsson pour la conscience sociale dont il témoigne. Le documentaire est à l’affiche du cinéma Cartier jusqu’au 9 janvier.

Membre du Groupe Québec Hebdo

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