Culture
14:00 24 août 2013 | mise à jour le: 24 août 2013 à 14:00 temps de lecture: 3 minutes

Incursion dans l’histoire de la psychiatrie au Québec

Secret bien gardé (trop?), l’Institut universitaire en santé mentale de Québec cache en ses murs une exposition sur l’histoire de la psychiatrie au Québec. Collection unique au Canada, voire en Amérique du Nord, croit France St-Hilaire, conservatrice et guide, le musée Lucienne-Maheux rassemble des documents d’archives, des photographies anciennes, des objets et des équipements médicaux d’époque qui marquent l’évolution de la façon de concevoir et de traiter la santé mentale entre les murs de cet établissement, le premier de la sorte au Québec à sa création en 1845.

Et évolution il y a eu en 150 ans, depuis la fondation de l’Asile provisoire de Beauport pour accueillir les malades qui n’en sortaient souvent qu’à leur mort, jusqu’à la philosophie du rétablissement que prône depuis peu l’Institut universitaire en santé mentale de Québec. Les changements de nom de l’établissement entre ces deux extrêmes – Asile des aliénés de Québec (1865), Hôpital Saint-Michel-Archange (1914), Centre hospitalier Robert-Giffard (1976) – témoignent à eux seuls de conceptions différentes.

Le premier registre de l’hôpital, exposé dans la salle des fondateurs, nous apprend ainsi que les patients étaient classés en 1845 selon quatre diagnostics: manie, mélancolie, démence ou idiotisme. Quelque 100 ans plus tard, la thérapie occupationnelle, qui privilégie le travail manuel pour favoriser la guérison, est à l’origine de quelques objets d’artisanat qui sont donnés à voir. D’autres méthodes plus radicales sont documentées dans la salle des soins du musée, dont l’électrochoc et la lobotomie. On trouve également dans celle-ci des coupes de cerveau dans le formol, qui révèlent différentes pathologies.

En 1962, à son taux d’hospitalisation le plus élevé, l’hôpital compte 5200 patients. Ceux-ci dorment dans des dortoirs; au besoin, on les place dans une cellule d’isolement, dont les premières portent des grillages, comme on peut le voir parmi les diverses reconstitutions proposées.

Si les murs pouvaient parler…

Ces hospitalisations de longue durée nécessitent presque obligatoirement une centralisation des services pour répondre aux besoins de ceux qui ne peuvent sortir de l’établissement. Lorsque la congrégation des Sœurs de la Charité de Québec prend possession des lieux en 1893, elle y aménage des jardins et des parcs. En 1897, l’institution est reconnue comme municipalité, avec son réseau d’aqueduc et d’égouts, son service d’incendie et de police, sa voie ferrée privée, sa boucherie, sa boulangerie, son poste radiophonique, son cimetière… Des photographies d’époque révèlent qu’étudiants en médecine, infirmières et même internés disposent chacun progressivement de leur propre salle de classe.

Le mouvement de désinstitutionnalisation qui s’intensifie dans les années 1990 et qui se poursuit aujourd’hui selon une philosophie du rétablissement donne désormais un nouveau visage à l’institution. Il suffit de savoir que le musée Lucienne-Maheux est hébergé dans une ancienne unité de soins du Centre hospitalier Robert-Giffard, laissée vacante par cette réorientation, pour réaliser tout le chemin parcouru en moins de deux siècles.

Le musée Lucienne-Maheux se visite en compagnie de la conservatrice et guide, France St-Hilaire, sur rendez-vous. Il en coûte 3 $ pour les 12 ans et plus, et 2 $ pour les groupes de 15 personnes et plus. Pour information et réservation: 418 663-5321, poste 6261, ou http://www.institutsmq.qc.ca/a-propos-de/musee-lucienne-maheux/index.html.

Membre du Groupe Québec Hebdo

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