Culture
13:52 17 septembre 2013 | mise à jour le: 17 septembre 2013 à 13:52 temps de lecture: 4 minutes

Arleen Thibault au pays des barbus

Comment devient-on conteuse? C’est la question qui vient spontanément aux lèvres lorsqu’on rencontre Arleen Thibault, qui en fait son gagne-pain depuis dix ans. Métier traditionnel mais, paradoxalement, marginal, il est plus rarement pratiqué par des femmes au Québec – contrairement à ce qu’on peut voir ailleurs dans la francophonie. Ici, «c’est un monde de barbus!», confirme-t-elle en riant.

Pour la jeune femme native de Charlesbourg, grandir sur un boulevard n’était pas forcément propice à développer cette caractéristique, propre à son statut de conteuse, d’être «habitée par le rêve». Les ateliers de contes qu’elle donne désormais dans les écoles n’étaient pas non plus monnaie courante.

Aussi est-ce d’abord par la pratique des danses folkloriques à l’école La Manikoutaï que s’ouvre pour elle, à 10 ans, la porte des arts traditionnels. Du pas de danse au mot rythmé, elle découvre plus particulièrement le conte à l’époque où le genre profite d’un renouveau, au début des années 2000. Sa formation en théâtre à l’Université Laval devient ensuite l’occasion de créer un projet étudiant autour du conte, avec lequel elle visitera quelques festivals. On la remarque, des contacts se tissent… Une conteuse était née.

Son sac à contes

Encore lui fallait-il des contes à raconter. «J’ai fait beaucoup de pouce pour aller voir des festivals de contes», rapporte-t-elle comme étape essentielle de son apprentissage. Aujourd’hui, son répertoire se compose à parts égales de classiques qu’elle met à sa couleur et de créations personnelles. Son genre? «Je dirais que je donne dans la ruse féminine.»

Pour les histoires traditionnelles, comme celle de La Corriveau qu’elle a livrée lors du Festival celtique, elle captive le public en misant sur les actions. Les contes contemporains se distinguent pour leur part par une touche «de magique dans le quotidien»; elle privilégie alors une atmosphère ou une émotion augmentée d’une dose d’absurde.

Magicienne pour créer des ambiances où conte et public sont suspendus à ses lèvres, Arleen Thibault n’ose pas moins révéler ses secrets: «Il faut une qualité de présence sur scène, parce que la relation avec le public est vraiment dans l’enjeu de l’art de raconter. Il faut un grand sens du rythme dans la parole.» Stricte dans l’élocution, donc, mais souple dans sa performance par la force des choses, appelée parfois à déballer son sac à contes hors des conditions idéales d’une salle de spectacle.

Artiste porteuse d’une culture

Cela dit, la résidente de Montmagny a connu des dépaysements plus grands encore, mais plus heureux aussi, elle qui a bourlingué ses contes jusqu’en Afrique. A posteriori, elle évalue que ce sont les Jeux de la francophonie à Beyrouth en 2009 qui ont propulsé sa carrière. Représentante du Canada, elle y gagné une reconnaissance comme artiste. Puis, en 2011, c’est sa contribution ethnologique comme porteuse de tradition qui était récompensée par les Prix du patrimoine du Conseil de la culture Capitale nationale-Chaudières-Appalaches.

Cette tradition, elle la communique cette année jusqu’en France et en Belgique, trois fois plutôt qu’une. Après deux visites au printemps et à l’été, elle y retourne en octobre dans le cadre de festivals. Mais avant de traverser l’océan, elle livrera son spectacle De mémoire de femme dans les bibliothèques, en avant-première du festival Québec en toutes lettres.

De mémoire de femme sera présenté aux bibliothèques Saint-Jean-Baptiste (18 septembre, 19 h), Saint-André (25 septembre, 19 h), Paul-Aimé-Paiement (27 septembre, 14 h 30) et Gabrielle-Roy (9 octobre, 19 h). Pour plus d’information, rendez-vous sur le site Internet de la conteuse: http://arleenthibault.com/.

Membre du Groupe Québec Hebdo

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