Culture
15:53 17 juin 2021 | mise à jour le: 17 juin 2021 à 16:18 Temps de lecture: 4 minutes

Excursion dans l’imaginaire et le mode de vie Inuit

Excursion dans l’imaginaire et le mode de vie Inuit
L’œuvre La peur de perdre sa culture est l’une des pièces maîtresses de l’exposition, pour sa beauté esthétique, mais surtout pour ce qu’elle représente. /Photo Métro Média – Vincent Desbiens

SCULPTURE. Les peuples autochtones ont une perception différente de l’expression artistique de celle que l’on connait dans le monde occidental. L’art inuit repose en partie sur un ensemble de secrets, de traditions et de légendes. Le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) propose une excursion dans cet univers méconnu, au travers des sculptures d’un virtuose de sa discipline avec Manasie Akpaliapik. Univers inuit. La collection Raymond Brousseau.

L’exposition sera accessible au public du 18 juin 2021 au 12 février 2023 et représente une première historique pour le MNBAQ. «C’est la première fois que nous exposons les œuvres d’un artiste inuit en solitaire, se réjouit la directrice des collections et des expositions, Annie Gauthier. Qui de mieux que Manasie Akpaliapik pour célébrer cette grande occasion».

Les quarante pièces que regroupe la visite proviennent pour la plupart de la collection personnelle du collectionneur et marchand d’art inuit Raymond Brousseau. Dans la salle d’exposition, on déambule entre des sculptures faites principalement d’ossements de baleine, de pierre, de bois de caribou, d’ivoire provenant des défenses de morses et de cornes de bœuf. L’artiste combine ces différents matériaux avec un talent, une créativité et une sensibilité qui sauront captiver quiconque y met les pieds.

Procédé symbiotique

Né en 1955 dans la communauté d’Ikpiarjuk (Arctic Bay) au Nunavut, Manasie Akpaliapik a grandi dans une petite communauté de chasseur de phoques.  Dès sa jeunesse, on lui enseigne l’importance du respect de l’ordre naturel du monde. Ce principe est bien en évidence dans la manière dont il crée.

«Chaque année, il quitte son atelier des alentours de Toronto pour retourner dans la terre de Baffin, à la recherche d’ossements de baleines», explique la responsable de la médiation famille du MNBAQ, Delphine Egesborg. D’après elle, l’entourage d’Akpaliapik et lui ont développé une véritable expertise pour parcourir les eaux glaciales du Nord en quête de matériel de création artistique qui se serait échoué sur les berges.

Toutes les œuvres de celui que Raymond Brousseau considère comme le plus grand sculpteur inuit de l’histoire sont réalisées avec une importante attention à la forme de base des différents restes d’animaux que lui et ses proches recueillent. «Contrairement à l’art occidental où l’on a tendance à transformer un objet en œuvre, les artistes inuits et autochtones laissent le sujet émerger du matériel de base, sans trop le déformer pour garder cet aspect le plus authentique possible», raconte le conservateur de l’art ancien et responsable de la collection d’art inuit de 2005 à 2020 du musée, Daniel Drouin.

Laisser sa marque

Dans Manasie Akpaliapik. Univers inuit, La collection Raymond Brousseau, on découvre cet artiste qui a été profondément marqué par différentes situations tragiques survenues au cours de sa vie. Il a vécu le traumatisme des pensionnats autochtones au cours de sa jeunesse et c’est la mort de sa première femme et de ses enfants dans l’incendie de la résidence familiale qui l’a poussé à fuir son village à destination de Montréal, où il a entamé sa carrière de sculpteur.

On sent un devoir de transmission dans les œuvres de cet homme de peu de mots, qui dit parfois avoir de la difficulté à verbaliser ce qu’il ressent. Il préfère communiquer par son art toutes les émotions qui l’habitent. Parmi les pièces les plus marquantes de l’exposition mise en place par le MNBAQ, c’est La peur de perdre sa culture qui illustre le mieux cette envie de transmettre ses pensées.

À travers un savant amalgame entre les os de baleine et les bois de caribou, on découvre le visage déchiré d’un chaman consterné par les impacts dévastateurs du passage de sa communauté à un mode de vie sédentaire. Cette sculpture phare du corpus illustre avec justesse et sagesse la manière dont les autorités gouvernementales ont forcé les Inuits à adopter le style de vie des populations du Sud en les arrachant à leurs traditions.

Que ce soit pour représenter la faune de son coin de pays, pour raconter des légendes ancestrales du Nord canadien ou pour transmettre les savoirs de son peuple, Manasie Akpaliapik travaille sa matière première avec brio. Dans la pierre ou dans la mémoire de ceux qui découvrent son histoire, il laisse sa marque.

«C’est une exposition qui nous apprend que finalement, malgré toutes nos recherches et nos savoirs, on ne connait véritablement rien de l’art inuit.»

-Daniel Drouin

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