Culture
15:54 3 novembre 2020 | mise à jour le: 3 novembre 2020 à 15:59 temps de lecture: 4 minutes

Magouilles et pots-de-vin devant un public virtuel

Magouilles et pots-de-vin devant un public virtuel
Photo: /Gracieuseté - Nicola-Frank Vachon

Critique. La Bordée a présenté sa nouvelle pièce, Le gars de Québec de Michel Tremblay, devant une assistance entièrement virtuelle, puisque les consignes de la santé publique en lien avec la 2e vague ont forcé les théâtres à fermer leurs portes au public pour une 2e fois. Ce qu’il faut en retenir? La mise en scène de la pièce à l’écran fonctionne à 100% et même sans être dans une salle, on a l’impression de faire partie prenante d’un public collectif imaginaire. On s’y croirait, c’est drôle et ça fait du bien.

La pièce de Michel Tremblay, inspirée de celle de Nicolas Gogol, Le Revizor, est parfaitement adaptée au Québec des années 1950 dans la petite ville imaginaire de Sainte-Rose-de-Lima, que le dramaturge situe dans Charlevoix. La pièce avec son maire corrompu et des employés municipaux à sa botte, qui fonctionnent par népotisme et aux pots-de-vin, illustre un milieu de magouilles mis en scène par Michel Nadeau et adapté pour la captation vidéo par plusieurs caméras, faute de public en présence physique.

Les comédiens sont solides (Pierre-Yves Charbonneau en maire imbu de lui-même, assoiffé de pouvoir et bien sûr malhonnête, Olivier Normand en fonctionnaire profiteur de la situation) et les autres, ignorants, parfois stupides, malhonnêtes sur les bords également, sont malgré tout attachants. Le portrait de l’époque reste peu flatteur, mais les thèmes sont encore parfois tristement d’actualité (pensons à la Commission Charbonneau). Ennui de la vie en région, ambition démesurée, la pièce met en scène l’envie et l’admiration irrationnelle de la campagne pour la ville, personnifiée par le fonctionnaire.

On rit beaucoup dans Le gars de Québec, la caricature fonctionne, les personnages dont les traits sont souvent poussés à l’extrême font sourire et s’esclaffer à plusieurs moments. La comédie est très bien réussie, et représente une bouffée d’air au milieu d’une pandémie où la culture n’est pas souvent au-devant de la scène.

Adaptation à l’écran

N’est-il pas fondamental pour des artistes d’art vivant d’avoir un public afin d’en prendre le pouls, de voir si l’écho du public leur renvoie que le ton fonctionne, que les répliques sont drôles et le rythme suffisamment soutenu?  C’est la raison pour laquelle je donne un A + à la pièce jouée à La Bordée. Non seulement les comédiens ne manquent jamais de rythme (ce doit être essoufflant, devant une salle vide!), mais on a l’impression de faire partie prenante d’un public pourtant absent. Comment le metteur en scène a-t-il réussi ce tour de force? Probablement parce que les comédiens sont présents sur scène comme une audience à la fois discrète et bienveillante, dans l’ombre, mais bien là. Ils participent ainsi à cette expérience collective qu’est une pièce de théâtre, même quand ce n’est pas à leur tour de jouer.

Également, le fait de jouer ouvertement avec la distanciation et les mesures sanitaires (on se donne plusieurs fois de l’argent de main à main – pots de vin oblige – et les moyens trouvés pour les dons sont bien rigolos) permettent d’actualiser la dramaturgie, de lui donner un contexte ancré dans une nouvelle réalité dont il vaut mieux rire que pleurer.

Le cadrage, les gros plans sont très bien réussis. Si on peut regretter un spectacle en salle, on pourra au moins avoir une des meilleures vues que le dernier rang ne pourra jamais offrir à ses spectateurs. Seule surprise au début du spectacle : les comédiens de théâtre sont habitués à parler fort pour que leur voix projette jusqu’au fond de la salle. Au début, ça «crie» un petit peu, puisqu’on n’est pas réellement au fond de la salle, mais bien devant sa télé, sans problème pour distinguer les paroles.

La pièce est présentée en format virtuel jusqu’au 28 novembre. Tarifs et informations à bordee.qc.ca/

Extraits à retenir

«Si les maires avaient une conscience, les villes resteraient des villages».

«Une ville avec des trous, ça a l’air d’une ville en expansion».

 

 

 

 

 

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