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La disparition d’Ivan Bounine: la littérature à la merci des dirigeants

Critique


Publié le 8 novembre 2018

La disparition d’Ivan Bounine est publié chez Lévesque éditeur au prix de 27$

©(Photo gracieuseté)

Avec La disparition d’Ivan Bounine, Pierre-Louis Gagnon plonge son lecteur à l’époque du Prix Nobel de 1933 dans un état totalitaire russe sans scrupules. 

Alors que les têtes dirigeantes de l’Académie suédoise hésitent à donner le prix littéraire à Bounine ou à Gorki, deux écrivains russes susceptibles d’être récompensés, la Russie, elle, cherche à ce que seul Gorki, un fervent communiste et disciple de Staline, soit honoré. Le régime communiste russe de l’époque, empêtré dans des considérations politiques, ne voit le Nobel que comme un faire-valoir du régime ou à l’inverse comme quelque chose qui pourrait lui porter préjudice, si le prix est remis au dissident qui critique le pouvoir en place.

La disparition d’Ivan Bounine est publié chez Lévesque éditeur au prix de 27$
(Photo gracieuseté)

Dans ce thriller politico-littéraire, l’art est un outil puissant à la merci de la dictature communiste. À l’aide de stratégies quasiment militaires, tout est mis en œuvre pour que le prix soit remis au lauréat qui convient aux dirigeants. L’ambassadrice russe à Stockholm, la sulfureuse Aleksandra Kollontaï, ne ménagera aucun effort pour parvenir à ses fins. La liberté d’expression triomphera-t-elle? La disparition d’Ivan Bounine est le 4e ouvrage de Pierre-Louis Gagnon, qui réside dans Montcalm. Tous ses romans se passent à des périodes cruciales de l’Histoire.

Libre expression

Le roman de Pierre-Louis Gagnon a de quoi faire froid dans le dos aux plus idéalistes qui croient que l’art est indépendant de la politique. Non seulement les artistes décrits ne sont pas libres de s’exprimer comme ils le voudraient, mais pire, ils sont des instruments du pouvoir. Le régime soviétique est montré sans filtre: politiciens corrompus qui ne négligent aucun moyen pour arriver à leurs fins, personnalité colérique de Staline, destins précaires des têtes dirigeantes qui peuvent se faire éliminer si les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes du chef. Culte de la personnalité, propagande, manœuvres politiques douteuses… Ce roman met en scène les dangers du totalitarisme et ses abus, en particulier sur le contrôle de ses artistes.

En quelques mots

-Public: Adulte, amateurs d’histoire, de Russie, des milieux littéraires

-Les + : Roman fouillé avec manifestement un important travail de recherche sur l’époque. Inspiré de faits réels. Le questionnement sur la place de l’art et sur la neutralité des institutions visant à récompenser l’art. La place de la femme qui accède à de très hautes fonctions et son ambition.

-Les - : Peut être difficile à lire pour ceux qui connaissent moins les milieux littéraires. L’intrigue n’est pas compliquée mais tout de même plus facile quand on connaît les écrivains mentionnés, tout comme les personnages politiques évoqués.