Culture
19:01 27 octobre 2018

Retour de mission

PERFORMANCE. Pendant sept jours, Julien Lebargy a été isolé et confiné dans un endroit fermé sous l’œil de caméras pour recréer une sorte de mission spatiale artistique et conceptuelle.

Space Background

(Photo Deposit)

Dans une station spatiale d’entraînement recréé, l’artiste, seul, a dû suivre à la lettre, minute par minute, les instructions écrites sur le manuel de procédures. L’ouvrage a été rédigé par trois administrateurs (Yohann Maubrun, Catherine Baril et Marie-Andrée Bégin) qui l’ont supervisé pendant les 604 800 secondes qu’a duré l’expérimentation.

Julien Lebargy a trouvé son expérience inusitée difficile.

(Photo gracieuseté)

Plaisir et difficultés

Certaines activités imposées par le manuel des procédures ont été plaisantes pour l’artiste, notamment l’entraînement physique régulier, l’apprentissage d’une langue (le russe), les activités de jardinage et les simulations de vol. «Ce sont les activités instructives que j’ai vraiment aimées et c’est celles en lien avec les activités du quotidien que j’ai le plus haïes. Je les déteste déjà dans la vie», a-t-il avoué.

Julien Lebargy a trouvé difficile la redondance des activités imposées par le manuel de procédures à la minute près. La fatigue accumulée due à la longueur des journées d’environ 18h n’a pas non plus été aisée à supporter. Certaines activités imposées étaient franchement désagréables. «Par exemple, j’avais une activité de gestion du stress mais elle faisait l’effet inverse, elle m’en créait, je l’ai donc interprétée à ma manière et je l’ai changée», confie M. Lebargy.

L’artiste s’est questionné sur la gestion des rôles dans une expérience comme celle-ci puisqu’il était à la fois le concepteur, l’auteur et le performeur. «J’ai trouvé ça physiquement terrible d’être à la fois proche et très loin du monde», explique l’artiste en lien avec son isolement imposé. Ce n’est pas la solitude spatiale qu’il avait appréhendée qui était difficile mais bien la solitude sociale.

Il a également questionné l’autorité dans le projet. «Selon mes premières observations ce n’était ni le manuel ni les administrateurs [qui devaient pourtant le surveiller] qui détenaient l’autorité mais moi en tant qu’artiste», avance-t-il.

Conclusions

«J’ai vu comment explorer les limites et les transgresser. J’étais rentré avec plein de questions. J’ai réussi à ne répondre à rien et j’ai même encore plus de questions», fait savoir Julien Lebargy.  En questionnant entre autres les concepts d’autorité et de sujet d’une œuvre d’art, l’expérience sera le point de départ de son sujet de doctorat en arts visuels.

Perrine Gruson


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