Culture
04:15 23 février 2017 | mise à jour le: 23 février 2017 à 04:15 temps de lecture: 3 minutes

À toi, pour toujours, ta Marie Lou: de détresse et de solitude

THÉÂTRE. Le théâtre La Bordée a revisité la pièce de Michel Tremblay À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, une création coup de poing du metteur en scène Alexandre Fecteau qui nous replonge dans un Québec pas si lointain.

La pièce À toi, pour toujours, ta Marie-Lou est présentée au théâtre La Bordée jusqu’au 18 mars.

(Photo gracieuseté – Pierre-Marc Laliberté)

Celui qui a pris les commandes de cette nouvelle création de La Bordée n’avait pas tort de qualifier ce classique de Tremblay de mythe du Québec moderne. Marie-Louise (Éva Daigle) et Léopold (Hugues Frenette), un couple dont la vie de misère a fini par les briser, s’entredéchirent devant les yeux de leurs deux filles. Dix ans plus tard, l’une d’elles, Carmen (Catherine Simard), a fini par s’affranchir de son passé, devant chanteuse country dans un bar de la Main. L’autre, Manon (Marianne Marceau), continue de ruminer ses souvenirs devant les Saintes Vierges de sa mère. Ces personnages, comme des archétypes de la société québécoise moderne, nous parlent. On y reconnaît une mère, un grand-père, une tante.

On doit prendre quelques répliques avant de s’abandonner complètement aux dialogues qui s’entremêlent. Les parents, campés en 1961 dans leur quartier ouvrier de Montréal, et les sœurs, 10 ans plus tard, de retour dans leur quotidien, parlent l’un après l’autre. Un habile jeu d’éclairage vient donner le ton à l’ensemble, permettant aux spectateurs de suivre les répliques sans trop de mal.

L’aspect mythique et brut de la pièce suit les personnages jusque dans leurs déplacements. Le jeu devient animal, alors que les va-et-vient se font à ras le sol. La colère qui monte dans les gorges de chacun les uns après les autres confirme que l’intensité de leurs échanges vient de leur tripe.

Avant tout, la solitude

Ce qui nous percute le plus dans la pièce de Michel Tremblay, c’est l’impression que chaque parole, chaque phrase n’est en fait qu’un dialogue de sourds. Une famille de «tu-seuls» comme l’exprime Marie-Louise. La solitude pèse sur les épaules des personnages, même ceux dont on a l’impression qu’ils vont s’en sortir. Le poids de leur détresse devient une boule dans la poitrine pour les plus sensibles des spectateurs.

L’imposant décor installé sur la scène de La Bordée pour la pièce sert très bien le propos des personnages. Une grande roue motorisée couchée sur le sol permet à chacun de se déplacer, s’asseoir ou même disparaître un moment. La division de l’espace permet également de bien distinguer les deux époques dans lesquelles on voyage, les parents comme toujours en ascendant sur les têtes de leurs deux filles.

Le jeu des accessoires a lui aussi été bien pensé. Lorsqu’ils sont tout à fait absents, on insiste sur le jeu des acteurs. Toutefois, dès qu’ils entrent en scène sur la grande roue tournante, ils se multiplient par dizaines. Cannes de conserve, épicerie et bouteilles de bière s’accumulent, tellement qu’ils en deviennent futiles, un peu comme les répétitions du quotidien de nos quatre personnages.

Plusieurs dignitaires ont assisté à cette première représentation, dont le premier ministre du Québec Philippe Couillard, accompagné du ministre de l’Éducation Sébastien Proulx et du ministre de la Culture, Luc Fortin. La pièce À toi, pour toujours, ta Marie-Lou est présentée au théâtre La Bordée jusqu’au 18 mars 2017.

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