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Progression constante du chiffre d'affaires de la Dominion Corset

Un brin d'histoire avec la Société historique de Québec

Publié le 9 novembre 2008
Le nom de la célèbre manufacture est resté gravé dans l'histoire de la basse-ville de Québec.

À partir de 1894, il s’assure d’un approvisionnement continu et à bon compte des boîtes de carton nécessaires à ses expéditions en les fabriquant dans un établissement adjacent à son usine de corsets. Cette production, d’abord intégrée à la Dominion Corset, relève dès 1906 d’une entité commerciale séparée, la Quebec Paper Box Co. En 1916, il fondera aussi la Canada Corset Steel and Wire Co, afin de manufacturer les tiges d’acier utilisées dans l’armature des corsets.

En 1895, Amyot se lance aussi dans la production de la bière en ouvrant, avec son associé, Pierre-Joseph Côté, une brasserie. Celle-ci est établie dans le quartier Saint-Sauveur, à Québec, et accoudée à la falaise, d’où l’on puise l’eau de source. Le 12 novembre 1896, le marchand de bière Michel Gauvin remplace Côté dans l’affaire, qui devient Amyot et Gauvin. La firme fabrique et distribue les bières Fox Head, ale ou porter. En 1909, après avoir acheté la part de Gauvin et effectué plusieurs transactions financières, qui se traduisent par d’importants profits, Amyot vend l’entreprise à la National Breweries Ltd, pour 226 500 $ en actions et débentures. Cette dernière réalise alors le regroupement de la plupart des brasseries québécoises de Montréal et de Québec.

Au début, l’édifice de la Dominion Corset ne comptait que quatre étages, comme de nos jours, mais était moins imposant. La bâtisse est agrandie une première fois en 1909. Mais, en mai 1911, un incendie majeur la détruit quasiment de fond en comble, sans pour autant interrompre la fabrication des corsets. Dès décembre de cette même année, la manufacture inaugure ses nouveaux locaux au même endroit. L’édifice est de nouveau agrandi le long de la rue Sainte-Hélène et du futur boulevard Charest, en 1920.

En 1924, le fils de Georges-Élie, Louis-Joseph-Adjutor Amyot prend la relève. Le chiffre d’affaires de la compagnie, qui était de 1 M$ en 1914, était passé à 2,5 M$ en 1920. La Dominion Corset vit alors des années dorées. En 1947, elle emploie 1 000 personnes; la plupart de celles-ci sont des femmes issues des quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur. Les couturières gagnent alors un salaire qui varie de 16 à 23 cents l’heure et travaillent presque 48 heures par semaine.

Croissance soutenue

Au cours des années, la compagnie Dominion Corset ne cesse d’augmenter sa production, élargissant ses activités, comme on l’a vu, à Montréal et à Toronto, en 1889 et 1892. Elle ouvre également des comptoirs à Winnipeg, à Vancouver et, même, en Australie et en Nouvelle-Zélande. En 1894, un deuxième fabricant de corsets, la Parisian Corset, s’était installée, tout près de la Dominion Corset, à la basse-ville de Québec, sans toutefois déranger les ventes de cette dernière.

À la fin du 19e siècle, Amyot disposait déjà de ressources financières considérables qu’il a investies dans l’immobilier. En 1897, par exemple, il acquiert pour 6 000 $ payés comptant une belle propriété en banlieue de la ville de Québec, sur le chemin Sainte-Foy. Au fil des ans, il est devenu propriétaire et spéculateur ailleurs à Québec (notamment sur la Grand-Allée), à Montréal, et même en Saskatchewan et en Colombie-Britannique. Patron très exigeant pour ses ouvriers, mais équitable, Amyot a associé ses deux fils à son entreprise à compter de 1906-1907.

La forte personnalité de Georges-Élie et sa connaissance profonde du monde des affaires ne laissent cependant pas beaucoup de place à son fils Adjutor qui, bien qu’il seconde son père dans la gestion de l’ensemble, participe peu à l’administration courante, confiée plutôt à des gérants et à des comptables, dont Pinsonneault. L’entreprise a connu 102 ans d’activité industrielle jusqu’à son rachat, en 1988, par la compagnie Wonderbra. En 1950, le volume de vente de la Dominion Corset en faisait la plus grosse compagnie de vêtements de base de tout le Commonwealth.

Georges-Élie Amyot décède subitement à Palm Beach, Floride, le 28 mars 1930. Dans les jours qui suivent, l’arrivée du corps et les funérailles attirent le gratin politique et commercial de Québec. Amyot est inhumé le 3 avril au cimetière Notre-Dame de Belmont, dans un mausolée en marbre qu’il avait lui-même fait préparer en 1908, à la mesure de la réussite exceptionnelle d’un industriel québécois francophone devenu un financier et un entrepreneur d’envergure nord-américaine. * (Collaboration de Raymond Laberge, historien)