Société
14:01 13 juillet 2021 | mise à jour le: 26 juillet 2021 à 14:33 Temps de lecture: 6 minutes

Père absent, combler le manque chez l’enfant

Père absent, combler le manque chez l’enfant
Il n’est pas toujours évident de savoir comment agir en tant que maman monoparentale. /123RF

Dans le meilleur des mondes chaque enfant aurait un accès régulier à ses deux parents, mais, comme la perfection n’est pas de ce monde, beaucoup de mamans monoparentales doivent composer avec un père peu présent ou même absent pour leur enfant. Comment doit-on agir dans ce cas pour le bien-être de notre petit? Le Dr Richard Cloutier, psychologue et professeur émérite associé à l’École de psychologie de l’Université Laval, a accepté de nous éclairer.

On associe souvent l’importance de la présence du père aux garçons, mais elle est tout aussi importante pour les filles. «Le père est un modèle important, et il peut avoir un rôle important, mais quand ce n’est pas le cas, même les petites contributions du père non gardien valent la peine. Le maintien des contacts et des attachements, c’est bon pour tout le monde. Mais, malheureusement, lorsqu’il y a une faible coparentalité ou un conflit, il n’est pas toujours facile de garder un bon lien», admet le Dr Cloutier.

Selon le psychologue, la mère ne doit pas lâcher la demande de contribution, même si elle ne réussit pas à ressusciter la motivation du père. Lorsqu’il y a peu de contacts, il recommande la valorisation de ce peu de contacts. «Si le résultat de ces contacts même minimes n’est pas toxique, c’est bienvenu. Parce que l’enfant va y voir une légitimité.»

Il est important que dans tête de l’enfant, le besoin de la présence du père débouche sur une porte ouverte. «Je conseille donc à la mère de prendre tout ce qui peut être donné sans fermer la porte, pour que l’enfant puisse en profiter.»

Diminuer le sentiment d’abandon

L’image du père simplement pourvoyeur est parfois symboliquement discréditée, ce que le Dr Cloutier tient à relativiser. «La contribution financière aussi est importante, même symboliquement, puisqu’elle démontre à l’enfant que son père est là, que l’attachement est protégé en quelque sorte. Cela évite à l’enfant d’avoir le sentiment d’être abandonné. »

L’idée c’est d’offrir à l’enfant un père qu’il peut invoquer dans sa tête. Quand il grandit, il peut alors aller réclamer lui-même des liens de la part de son père. «Le père peut penser que son enfant est important même s’il démontre peu d’intérêt. La mère a parfois des biais de perception dû à sa déception face au père, ce qui fait que dans certains cas, le potentiel relationnel est mal exploité.»

Quand le père est tout à fait absent

Dans les cas où l’absence du père est totale, la situation est moins évidente. Si les rendez-vous prévus sont manqués à répétition, si la relation avec le père est toxique, moins il y a de contacts, mieux c’est pour l’enfant évidemment. «Il faut aussi se dire que l’absence c’est relatif, dans certaines familles le père est aussi peu présent et peu disponible même s’il est présent physiquement dans la maison.»

Bien entendu, le décès n’aura pas le même impact que la séparation des parents. Le perception de l’abandon par l’enfant ne sera pas la même. Dans le cas où la mère aura eu recours à une banque de sperme non plus. «L’enfant vit dans un contexte qui lui est propre et auquel il doit s’adapter. Comme dans chaque famille. Il n’y a pas d’autres séquelles que le jugement social face à ses parents, face à sa famille. L’image de la famille monoparentale est acceptée de nos jours. Il faut simplement aller chercher les modèles positifs masculins là où ils sont. Mais il faut aussi se rassurer: il n’y a pas de données catastrophiques sur les enfants élevés par une mère monoparentale», relativise le spécialiste.

«On ne peut pas être le père et la mère en même temps. La mère peut passer des messages que c’est le rôle du père d’entretenir les contacts. Dans les cas où le père est peu présent, d’autres modèles, d’autres stratégies, peuvent venir suppléer à l’absence.»

– Dr Richard Cloutier, psychologue

Combler le manque

Si l’attachement et l’amour du père peuvent tout changer pour l’enfant, certaines stratégies peuvent venir combler le manque d’une image paternelle.

  • Trouver d’autres sources d’images masculines pour notre enfant. «Les grands-pères, par exemple, peuvent avoir un rôle intéressant et important.»
  • Cela peut aussi être un voisin ou un ami de la mère. «Si l’enfant est capable de le voir, si la relation est saine et si la mère ouvre la porte à ça sans se fermer à toutes les expériences positives, ce genre de relation peut être significative.»
  • Exploiter les relations d’attachement dans le milieu éducatif.
  • Ne pas maintenir artificiellement le rôle du père lorsque le contact ne vient pas de lui. «Ainsi, le père absent ne devient pas idéalisé lorsque l’enfant constate sa réalité. On ne vient pas colorer l’image du père de façon artificielle.»
  • Garder le message clair et la porte ouverte pour le père afin de minimiser les séquelles négatives.
  • Si l’enfant a des questions, on peut lui proposer de les poser à son père directement au lieu de chercher soi-même des réponses.
  • Lorsque l’enfant fait un bon coup, en faire part au père pour que l’enfant puisse recevoir un renforcement. Cela peut définir une certaine culture de coparentalité que de se mettre ensemble pour le féliciter. Ça rejette en même temps l’hypothèse de l’enfant que son père se désintéresse de lui.»
  • L’enfant n’a pas à porter le fardeau des divergences entre ses parents. Il est donc primordial de convenir des façons de protéger la coparentalité lorsque c’est possible.

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