Société
19:32 18 juin 2018

Y aura-t-il un pic universitaire?

Signal d’alarme pour le reste du monde occidental ou phénomène purement américain ? Dans ce pays, on commence à évoquer le concept de « pic d’éducation supérieure » ou « pic universitaire » — en référence au pic pétrolier ou au pic automobile, c’est-à-dire le moment de l’Histoire où une « industrie » atteint un sommet avant de commencer un déclin irréversible.

Jeunes gradués

Photo – Deposit Photos

Par Pascal Lapointe | Agence Science-Presse

Le concept semble avoir été énoncé pour la première fois par l’auteur Bryan Alexander, en 2013. Son raisonnement est qu’après un demi-siècle de croissance, la population universitaire va tôt ou tard atteindre un sommet : le nombre de gens qui veulent ou qui peuvent se rendre à l’université n’est pas extensible à l’infini ; on approcherait donc du moment où la courbe ne pourra que stagner ou aller vers le bas.

Il y avait déjà des signes en ce sens en 2013 ; cinq ans plus tard, la tendance à la baisse semble se confirmer : de 19,1 millions d’étudiants aux cycles supérieurs (collèges et universités) au printemps 2013, les États-Unis sont passés à 17,8 millions ce printemps.

Certes, il y a des arguments contraires, comme la croissance de l’enseignement en ligne. Et il y a dans cette analyse des facteurs qui sont purement américains (le phénomène a même sa page Wikipédia) : les coûts d’inscription très élevés et l’énorme bulle de la dette étudiante là-bas. En plus du climat délétère créé par le gouvernement Trump, qui pourrait tirer vers le bas les inscriptions d’étudiants étrangers.

Mais le scepticisme face à l’utilité d’un diplôme universitaire — sauf les filières qui conduisent directement à un emploi — est un phénomène qu’on voit également surgir au Canada, chez des chroniqueurs ou dans des sondages. Et ce scepticisme, d’ores et déjà, est nourri par la crise : plus les revenus d’inscription diminuent et plus l’université coupe dans ses services et ses programmes d’études, ne privilégiant que les programmes les plus lucratifs… c’est-à-dire ceux qui conduisent directement à un emploi.

Si ces choix des universités peuvent être attribués à un calcul purement comptable, la polarisation idéologique extrême, comme celle à laquelle on assiste à Washington et dans d’autres capitales, pourrait elle aussi contribuer à ces choix, si rien n’est fait pour y remédier : selon une enquête du Pew Research Center publiée en juillet 2017, près de 60 % des électeurs républicains étaient d’accord pour dire que les collèges et universités avaient un impact négatif « sur la façon dont les choses évoluent dans le pays » : trop de programmes à leurs yeux associés à des valeurs « de gauche », urbaines, anti-religieuses, pro-immigration… Pour ceux d’entre eux qui en appellent à un grand ménage dans la façon dont les universités sont financées, le contribuable ne devrait payer que pour des diplômes, comme en génie, en médecine ou en droit, qui conduisent directement à un emploi.

« Ce n’est pas un futur difficile à imaginer », résumait un journaliste du magazine The Atlantic : « parce que c’est déjà en bonne partie en train de se produire ». L’ironie étant que cela se produise à une époque de l’histoire où on emploie de plus en plus le terme « société du savoir » et où on promeut l’importance d’une « culture scientifique » pour tout citoyen éclairé du 21e siècle.

La Rédaction


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