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Alimentation: lorsque les gras nous protègent du déclin

Publié le 6 août 2018

Vieillir!

©Photo - Deposit Photos

Nous ne pouvons éviter de vieillir et la démographie québécoise nous le rappelle alors que la cohorte des personnes âgées dépasse désormais celle des 14 ans et moins. L’objectif devient donc de rester en santé le plus longtemps possible.

Des chercheurs y travaillent en tentant notamment de repousser le déclin cognitif à l’aide de l’alimentation. Les changements biologiques liés au vieillissement pourraient bénéficier d’un coup de pouce de la part de certains suppléments alimentaires, particulièrement les gras et autres lipides.

Stephen Cunnane, titulaire d'une chaire de recherche sur le métabolisme cérébral et la cognition au cours du vieillissement, à l'Université de Sherbrooke, s’intéresse ainsi à l’huile de coco purifiée et enrichie d’acides gras. « Nous avons développé une émulsion de TCM (triglycérides à chaîne moyenne) que l’on mélange à du lait écrémé pour tester ce supplément comme prévention de la maladie d’Alzheimer », explique le chercheur.

C’est que l’évolution des besoins nutritionnels entre les 40-50 ans et les 60-70 ans reste encore mal comprise. On constate une perte de masse maigre corporelle, donc une perte de muscles, et c’est pourquoi le principal conseil, lorsqu’on prend de l’âge, est d’augmenter la prise de protéines. « Le cerveau, qui va rétrécir avec l’âge, a besoin aussi d’énergie. Il a besoin de glucose, son carburant, et de lipides. Ce qui est difficile, c’est que les habitudes alimentaires sont bien ancrées, de sorte que les suppléments peuvent servir à maintenir une bonne alimentation du cerveau », poursuit le Pr Cunnane.

Il croit que l’on met souvent trop d’emphase sur l’apport en fruits et légumes et qu’on oublie l’importance du gras, vu comme un problème. « On peut manger du beurre, si on aime le beurre. La préoccupation sera plutôt de modifier l’équilibre entre les différents gras. »

De bons gras à consommer

Cela fait longtemps que la recherche valorise les « bons gras » — les acides gras polyinsaturés — comme les oméga-3, que l’on retrouve dans les poissons dits gras, les noix et l’huile de lin, entre autres. Leurs apports, mais aussi ceux des oméga-6 — issus des huiles végétales, des graines et des céréales —, aident le corps à rester en santé et à lutter contre les maladies coronariennes grâce à leurs propriétés anti-inflammatoires.

Ils sont donc eux aussi dans la mire des chercheurs en vieillissement. « Nous avons remarqué que lorsqu’une personne vieillit, les niveaux d’oméga changent et nous nous interrogeons sur les risques liés au déclin cognitif », relève Mélanie Plourde, la titulaire de la Chaire CRMUS sur le métabolisme des lipides lors du vieillissement et directrice de l’axe gérosciences du Centre de recherche sur le vieillissement de l’Université de Sherbrooke.

Il faut savoir que 60 % de la masse du cerveau se constitue de gras et que cet organe en consomme beaucoup. Les lipides servent aussi à la connexion entre nos neurones, et près du tiers des lipides présents dans le cerveau sont des acides gras polyinsaturés, des oméga-3 et des oméga-6.

Un lien possible avec la prévention de l’Alzheimer ? « Les lipides sont partout, à la base des membranes, jusque dans le cerveau », assure la Pre Plourde.

Ce n’est toutefois pas aussi simple que ça en a l’air, parce que passé un certain âge, il est possible que l’on absorbe différemment les lipides : les chercheurs remarquent que ceux-ci restent en plus grande concentration dans le sang lorsqu’ils sont assimilés comme suppléments.

« Pour l’instant, l’avantage de prendre ces suppléments contre le déclin cognitif n’est pas évident, mais nous avons remarqué qu’il existe un effet synergique avec l’ajout de la vitamine B12 », note la chercheuse.

Son équipe a aussi relevé que certaines personnes plus à risque d’Alzheimer, porteuses d’une protéine nommée ApoE (Apolipoprotéine E) n’assimilent pas les bons gras. Un Canadien sur 5 serait porteur de ce gène défaillant. « Pour eux, la supplémentation pourrait constituer un bon moyen de protéger le cerveau », soutient la Pre Plourde.

Bougez !

Plus largement, en plus de l’alimentation variée et enrichie en gras, il faudrait aussi miser sur l’activité physique et le sommeil. Le Pr Cunnane rappelle qu’une baisse de la cognition est normale avec l’âge. « Être active mentalement comme Janette Bertrand à 93 ans, cela reste l’exception. Mais la personne qui s’active de façon soutenable éloigne les risques de maladie et prolonge sa vie », note-t-il.