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Beaupré a sa légende

Publié le 12 septembre 2018

Léonidas Labranche est en pleine forme.

©(Photo Métro Média - Émilie Pelletier)

PORTRAIT. Si l’espérance de vie au Québec avoisine les 81 ans pour l’homme, Léonidas Labranche, natif et résident de Beaupré, dépasse sans contredit ces statistiques, avec sa santé remarquable, du haut de ses 98 ans. C’est donc avec toute sa lucidité qu’il a raconté plusieurs anecdotes marquantes de sa vie à L’Autre Voix. 

Né le 22 avril 1920, Léonidas Labranche est issu d’une famille de neuf enfants, installée dans la toute nouvelle municipalité de Beaupré, où ses parents ont élu domicile.

Sa mère, comme la vaste majorité des femmes de l’époque, était chargée d’élever les enfants, en plus de s’occuper des tâches domestiques. Quant à son père, «un homme travaillant», il a oeuvré pendant 46 ans à la manufacture Québec Power, aujourd’hui Hydro-Québec, qui fournissait entre autres des munitions pour la Première Guerre mondiale.

C’est en prenant exemple sur ce dernier que le jeune Léonidas, alors âgé de 17 ans, débute sa carrière de travailleur dans un hôtel, où il gagne 15$ par mois. Sa première voiture, une Chevrolet Coach 1931 usagée a d’ailleurs été achetée grâce à ses économies, au coût de 75$. «Pour payer les réparations de la voiture, j’ai lâché l’hôtel et je me suis mis à travailler le bois, pour la construction de maison, à 10¢ de l’heure», raconte M. Labranche, dans les moindres détails.  

Pour se divertir, le jeune adolescent s’occupe de son équipe de hockey, qui dispute des parties amicales sur la patinoire extérieure du quartier. «Je n’étais pas un vrai joueur de hockey, avec mon caractère j’aimais plutôt la bataille», avoue M. Labranche.

Le travail avant tout

Il reçoit par la suite une offre, impliquant qu’il quitte le nid familial en direction de Shipshaw, au Lac-Saint-Jean, afin de travailler dans un barrage. Logeant dès lors dans une résidence privée, cela lui coûte 11$ par mois pour la pension, son salaire lui rapportant 60¢ de l’heure, soit une nette augmentation.  

Puis, de retour à Beaupré à l’aube de la vingtaine, Léonidas Labranche recommence à travailler dans le domaine du bois. Il a alors été interpelé par l’armée pour prendre part à la Seconde Guerre mondiale de 1939-1945. «Ils m’ont laissé tranquille, parce qu’ils avaient eu le rapport qui disait que j'étais au service du gouvernement, au barrage d’électricité», se souvient-il.

Après avoir été engagé pour le CN à Jonquière et pour un aéroport de l’armée à Québec, Léonidas Labranche a fait carrière au moulin de Beaupré, en tant qu’homme à tout faire pendant 38 ans.

Rendre service avant tout

Et il n’est pas près de s’arrêter! Pour Chantale Carrier, coordonnatrice des activités à la résidence Les Jardins de la Côte où habite M. Labranche, l’homme est un «spécimen rare». Elle s’étonne en effet de le voir marcher régulièrement pour aller faire son épicerie au supermarché sur le boulevard Sainte-Anne, lui qui a également participé au Tour du Cap-Tourmente Simard, un parcours de 5km, en juin dernier.

«J’ai fait le tour du Québec deux ou trois fois, j’étais parti des étés complets», se souvient celui qui a fait du camping jusqu’à 95 ans. Le Festival western de Saint-Tite l’a d’ailleurs accueilli pendant 38 années consécutives, là où il travaillait en tant que bénévole. Toutefois, selon Mme Carrier, ce serait la galanterie de M. Labranche qui le distinguerait entre mille avec l’attention qu’il porte quotidiennement à rendre service.

«Il m’ouvre les portes, transporte mon matériel et aide les dames âgées en les prenant bras-dessous-bras-dessus», énumère Mme Carrier. Il me demande chaque matin : «As-tu de l’ouvrage Chantale?», comme s’il travaillait ici de façon rémunérée. On a même parfois voulu le restreindre pour lui éviter des tâches trop exigeantes, mais on a vite compris qu’on le rendait malheureux si on l’empêchait de nous aider.»

Aujourd’hui, il continue de faire attention à sa santé. Reste que de ses huit frères et sœurs, trois sont toujours vivants, le cadet étant âgé de 91 ans. «Ils le disent, les Labranche ne sont pas tuables!» s’exclame l’aîné.