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L’itinérance, un problème toujours présent dans la région

Par Benjamin Aubert

Publié le 7 novembre 2018

Un rapport de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas sur l’état de l’itinérance dans la province devrait être rendu public par le Ministère de la Santé et des Services sociaux au début de 2019.

©(Photo Métro Média – Benjamin Aubert)

SOCIÉTÉ. La 17e Nuit des sans-abris avait lieu récemment à la Place de l’Université-du-Québec dans le quartier Saint-Roch. Pour le Regroupement pour l’aide aux itinérants et itinérantes de Québec (RAIIQ), il s’agit d’une occasion de sensibiliser le grand public au phénomène de l’itinérance. Regard sur l’état de la situation dans la région.

Selon Magali Parent, organisatrice communautaire au RAIIQ, il est difficile d’évaluer précisément le nombre de personnes se trouvant en situation d’itinérance dans la capitale. «C’est toujours un peu malaisant de quantifier l’itinérance parce que c’est un phénomène qui est constamment en mouvance. Des gens peuvent être hébergés temporairement chez des connaissances, dans les centres d’hébergement d’urgences, ou encore font des allers-retours dans les milieux carcéraux et les établissements hospitaliers. On ne le voit pas nécessairement dans la rue», souligne-t-elle.

Cependant, elle explique qu’il existe des indicateurs permettant d’illustrer l’ampleur de la problématique. Le taux d’occupation dans les centres d’hébergement ainsi que l’achalandage dans les banques alimentaires et soupes populaires en sont de bons exemples. «Ce ne sont pas tous les usagers des comptoirs alimentaires qui sont en situation d’itinérance, sauf que ça parle de la précarité des personnes, nuance-t-elle. La pauvreté est un des principaux facteurs que l’on retrouve dans la trajectoire de vie des personnes qui vivent de l’instabilité résidentielle».

«Depuis au moins quatre à cinq ans, il y a un achalandage très soutenu au niveau des hébergements d’urgence, autant du côté des hommes que du côté des femmes à L’Auberivière. C’est la même chose à la Maison Revivre, à l’Armée du Salut, au YWCA et au Drop-In du projet L.U.N.E qui est ouvert depuis quelques années. Il y a des refus par manque de place presque tous les jours. Il y a deux semaines au YWCA, il y a eu 28 refus lors d’une seule journée. La veille, il y en avait eu 18», ajoute Mme Parent.

Intégration difficile

Un autre organisme, le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), soulignait au cours de l’été que le prix moyen des loyers le plus élevé dans la province était à Québec, où un logement coûte en moyenne 798$ par mois. Ce montant est de 777$ dans la région de Montréal. Il s’agit d’un enjeu économique qui ne facilite pas l’intégration des personnes sans domicile fixe au sein de la société. La vie sans domicile fixe étant parfois un cercle vicieux puisqu’elle ne favorise pas l’accès à un emploi.

Afin de faciliter cette intégration, Magali Parent raconte que des intervenants vont à la rencontre de ceux qui sont en situation de besoin. Des services faciles d’accès, tels des soins de santé, sont aussi disponibles auprès de certains organismes. Ils sont toutefois saturés. «Nous savons qu’il manque encore des ressources pour répondre à ce type de besoin sur une base individuelle. Le filet social qui a été mis en place depuis une vingtaine d’années doit être tenu à bout de bras par les organismes communautaires puisque plusieurs ressources sont coupées, puis réadmises, puis coupées à nouveau», conclut-elle.

Né au Québec de parents réfugiés d’origines africaines, Steve (dont nous tairons le nom de famille afin de protéger l'identité) est le cinquième et dernier enfant de sa famille. Sportif aux bons résultats scolaires, rien ne laissait présager qu’il vivrait un jour un épisode d’itinérance.

Steve raconte avoir grandi dans un milieu où la religion chrétienne catholique et la discipline étaient très présentes. «Mon père était excessivement sévère, très rarement il pouvait être violent, mais ce n’était pas dans son caractère habituel. Ma mère était très tempérante», explique-t-il.

Déménagement

À l’adolescence, le père de Steve perd son emploi. La famille doit déménager de Portneuf vers le Saguenay. Ses parents changent de religion et s’adoucissent sur le plan de la discipline. Steve commence alors à consommer de la drogue. «Ce n’était pas en grosses quantités, mais c’est devenu problématique. Un moment, j’ai senti une assurance qui m’a mise en contact avec des dons extrasensoriels. J’avais l’impression de pouvoir percevoir les pensées des gens. C’est devenu une problématique de santé mentale.»

Il passe un an sans faire diagnostiquer son problème de santé mentale et cesse de prendre des drogues. Un jour, il entend à nouveau des voix et perd ses ancrages. «Deux matins consécutifs, alors que j’habitais chez mes parents, j’ai entendu un son qui m’a réveillé. Je pensais que c’était mon père. Je suis monté à l’étage et je me suis mis à l’engueuler. Il ne comprenait pas et a demandé à ce que ma mère appelle la police. Je suis parti sur le pouce volontairement», raconte-t-il.

Galère et rétablissement

Quittant la résidence familiale, Steve met le cap sur Québec dans l’espoir de vivre dans une communauté où il se sentira à sa place. Il croise sur son chemin des connaissances qui l’amèneront à L’Auberivière. «C’est là que j’ai connu mon épisode d’itinérance. J’étais un peu délirant. J’avais perdu tout contact avec la réalité. Je pensais que nous étions sous le règne de l’antéchrist», se rappelle-t-il. Après avoir rencontré un intervenant, il s’en va vivre en appartement. De son propre aveu, il considère qu’il n’était pas prêt en raison des problèmes de santé mentale dont il souffrait.

Dans les deux dernières années, Steve estime avoir beaucoup cheminé. Aujourd’hui, il se considère en rétablissement. Il habite avec son frère, distribue des journaux et compte se lancer en affaires. Il souhaite se servir de son expérience afin d’aider ceux qui vivent des situations similaires à la sienne.