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Fin de la prohibition de l’alcool et légalisation du cannabis : une comparaison qui en dit long

Par Émilie Pelletier

Publié le 28 octobre 2018

«Yanick Charette affirme : «Déjà, si les opportunités de vente sur le marché noir sont diminuées, la légalisation sera réussie».

©(Photo – Deposit Photos)

SOCIÉTÉ. La légalisation du cannabis entraîne son lot de questions. Bien que nul ne soit en mesure de prédire ce que l’avenir nous réserve, un parallèle historique avec la fin de la prohibition de l’alcool, survenue dans les années 1920, peut donner quelques indices. 

Selon Yanick Charette, professeur adjoint à l’École de service social et de criminologie de l’Université Laval, le processus et les résultats entourant les deux expériences de criminalisation des substances illicites sont comparables sur certaines bases.

Non à l’alcool dans les années 1920

Le Canada a adhéré brièvement, entre 1919 et 1925, à un mouvement semblable à celui des États-Unis qui ont criminalisé la fabrication, l'importation et l'exportation de produits alcoolisés pendant pas moins de 13 ans. Par contre, des difficultés d’application de la réglementation, l’enrichissement  des trafiquants sur le marché noir au détriment de l’État et la crise économique de 1929 ont voué la mesure restrictive à l’échec. D’ailleurs, la prohibition absolue n’a jamais frappé le Québec, puisque les boissons contenant moins de 2,5% d’alcool étaient toujours permises.

Même sort pour les drogues

Avant 1920, aucun règlement n’était officiellement en vigueur afin de contrôler la vente et la consommation de drogues. Toutefois, une grande vague d’immigration chinoise sur la côte ouest du Canada a entraîné l’arrivée de l’opium sur le territoire, psychotrope que le gouvernement a tout de suite voulu contrôler. On a alors assisté, dès 1921, à une prohibition sans cesse croissante, avec l’augmentation de la peine maximale d’emprisonnement et l’octroi de châtiments corporels pour les téméraires qui en possédaient ou qui en vendaient. Toutefois, ce n’est qu’en 1923, au moment de renouveler la Loi sur les drogues, que le cannabis a été ajouté in extremis à la liste des produits illicites, alors considéré comme aussi dangereux que l’héroïne et la cocaïne.  

Pourtant, la première mise en application de la loi n’a été nécessaire que 14 ans après son entrée en vigueur. Le Canada s’est donc retrouvé être un précurseur quant à la réglementation contre le cannabis qui a été adoptée aux États-Unis en 1937.

Pas pour longtemps, le Flower Power

Le mouvement social Flower Power témoigne de la montée en popularité du cannabis auprès d’une mixité de clientèles, et ce, jusque dans les années 1970. C’est l’arrivée de Richard Nixon comme président des États-Unis qui a sonné la fin de la fête. Il a mené, avec d’autres pays, dont le Canada, une «guerre contre la drogue», en instaurant des mesures répressives et dissuasives auprès des consommateurs.   

«On s’est rendu compte que c’était une stratégie qui fonctionnait plus ou moins, alors on a cherché d’autres moyens pour gérer la consommation de cannabis et c’est comme ça que la légalisation est apparue comme une solution», poursuit M. Charette. 

Une bonne ou une mauvaise?

Ceux qui militaient en faveur de l’interdiction des drogues et de l’alcool pensaient qu’elle découragerait la consommation. Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que tout un marché illégal de vente se développerait en parallèle.

Pour Yanick Charette, il demeure difficile de prédire l’influence de la légalisation du cannabis au Canada sur le marché noir actuel, bien implanté depuis 1923.

«Ça va prendre du temps et le gouvernement devra utiliser de bonnes stratégies économiques pour pouvoir réussir à le combattre, mais si l’on se fie aux conséquences en lien avec le retour légal de l’alcool, on peut s’attendre d’ici 10 ans à observer une réduction des prix sur le marché noir qui a d’ailleurs déjà débuté, une diminution des emprisonnements et moins de violence liée au marché illégal, sans toutefois que la consommation devienne moindre», prévoit le professeur de l’Université Laval.