11:36 13 janvier 2022 | mise à jour le: 13 janvier 2022 à 16:22 Temps de lecture: 5 minutes

La vaccination obligatoire? Du déjà-vu

La vaccination obligatoire? Du déjà-vu
Photo: Violeta Stoimenova/iStock

Alors que la vaccination obligatoire est une idée de plus en plus évoquée, l’histoire montre que cette mesure n’est pas nouvelle et qu’elle a déjà déchaîné les passions. En 1885, une émeute a même eu lieu à Montréal lorsqu’une mesure de vaccination obligatoire a été adoptée pour endiguer la variole qui sévissait!

Plus tôt cette semaine, en point de presse sur la situation épidémiologique du Canada, le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, a déclaré que selon lui, «on va en arriver là un jour [à la vaccination obligatoire]». Le dernier mot revient toutefois aux provinces et territoires. À Québec, même si les autorités admettent que le sujet est sur la table, François Legault et Christian Dubé ont déjà répondu ne pas en être rendu là et ils ont plutôt opté pour une «contribution santé». D’ailleurs, la branche européenne de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) soutient que «l’obligation vaccinale ne doit être qu’un dernier recours».

Dans un récent blogue, le conservateur du Musée canadien de l’histoire, James Trepanier, réalise une rétrospective de la vaccination obligatoire au Canada. Il y montre comment la rougeole a poussé les autorités à adopter une politique de vaccination obligatoire dans les écoles publiques au 20e siècle. Cette obligation est aussi apparue auprès de la population lorsque le Québec a fait face à une épidémie de variole au cours du 19e siècle. Plus tard, les campagnes de vaccination se sont démocratisées. Par exemple, une preuve de vaccination était requise pour les étudiants qui souhaitaient intégrer un cursus en établissement de santé.

La variole de 1885 à Montréal

Lors de l’année 1885, le Québec et particulièrement Montréal sont touchés par une épidémie de variole. L’historien Michael Bliss a consacré un livre à ce sujet, Montréal au temps du grand fléau: l’histoire de l’épidémie de 1885.

S’appuyant sur l’ouvrage de M. Bliss, l’historienne Joanne Burgess nous donne quelques détails à propos de ce moment de l’histoire. L’épidémie aurait commencé à l’arrivée d’un contrôleur de train en provenance de Chicago infecté par la variole. Mal contrôlée, l’épidémie s’est répandue. C’est une maladie qui apparaît au printemps et touche particulièrement les Canadiens français. «Plusieurs facteurs l’expliquent comme la promiscuité dans les milieux populaires francophones, à opposer avec les milieux aisés anglophones de l’époque.» La maladie a des effets dévastateurs chez les enfants de moins de 10 ans.

Les autorités sanitaires ont alors recommandé la mise en place la vaccination obligatoire, ce que le conseil municipal a approuvé. Des émeutes antivaccin éclatent dans la ville contre la mesure, car la population est plutôt réfractaire à la vaccination. Même des médecins faisaient partie de ce mouvement.

Plusieurs explications sont données quant à l’efficacité modérée de la campagne de vaccination obligatoire. «Les connaissances médicales ne sont pas très bien comprises et propagées. La vaccination, injecter quelque chose dans le corps, apparaît comme une mesure anormale. Cela fait penser à des discours d’aujourd’hui», explique Mme Burgess. La réticence provient aussi du fait que la mesure d’isolement en quarantaine touche essentiellement les enfants, car ils sont infectés en grand nombre. Les familles, surtout francophones et catholiques, ont des craintes à l’idée de se séparer de leurs enfants et ne voient pas d’un bon œil la vaccination.

«À la fin de l’année, la variole vient à manquer d’hôtes non vaccinés, et le nombre de cas baisse enfin. La maladie a alors fait plus de 6000 morts au Québec, dont plus de 3000 à Montréal, et 13 000 autres personnes sont défigurées», est-il décrit dans l’Encyclopédie canadienne.

Ailleurs dans le monde

Partout dans le monde, des disparités quant à l’obligation vaccinale existent, puisque certains pays font déjà le pas vers cette mesure parfois partielle, parfois ciblée selon les métiers ou les âges. L’Italie, par exemple, imposera la vaccination aux personnes de 50 ans et plus le 15 février, tandis que la Grèce l’imposera aux personnes de plus de 60 ans. Les personnes qui ne respecteraient pas la mesure seront soumises à des amendes financières.

Le premier pays dans l’Union européenne à légiférer vers une vaccination obligatoire pour tous ses adultes est l’Autriche. Initialement prévue pour février, la date d’entrée en vigueur est finalement repoussée à avril en raison de complications techniques selon le média Euractiv. Le projet de l’instauration de l’obligation vaccinale est sur la table en Allemagne, mais le processus risque de prendre du temps. Les débats ne commenceront qu’à la fin janvier.

En France, un «pass vaccinal» devrait entrer en vigueur le 15 janvier 2022. Celui-ci interdira l’accès à plusieurs endroits aux gens non vaccinés adéquatement. C’est l’équivalent du passeport vaccinal au Québec.

Avec la collaboration de François Lemieux.

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