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07:00 13 septembre 2022 | mise à jour le: 12 septembre 2022 à 17:26 Temps de lecture: 5 minutes

La polarisation en données: un portrait plus nuancé qu’on pourrait le croire

La polarisation en données: un portrait plus nuancé qu’on pourrait le croire
Photo: Archives

Affiches caquistes dégoulinantes de sang, menaces de mort contre la députée libérale Marwah Rizqy et mesures de sécurité accrues pour plusieurs chefs: si le ton de campagne provinciale a pris une tournure hostile, il n’est toutefois pas dit que ces tensions touchent la population générale.

Le 1er septembre, jour où Mme Rizqy a montré du doigt le chef conservateur, Éric Duhaime, la polarisation a fait l’objet de pas moins de 13 Unes, éclipsant alors l’inflation, le troisième lien et le tramway de Québec combinés, d’après une analyse de la Chaire de leadership en enseignement des sciences sociales numériques (CLESSN) de l’Université Laval.

« Il y a une crainte réelle dans l’univers médiatique qu’il y ait une polarisation, mais ça ne se traduit pas dans l’électorat », pense cependant le professeur Éric Montigny, directeur scientifique de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de l’Université Laval.

Il base son analyse sur un sondage Léger-Marketing effectué en août dernier auprès de 1200 répondants. Lorsque les participants ont été interrogés entre autres à savoir si « le gouvernement devrait s’efforcer de combler l’écart en matière de santé entre les riches et les pauvres, même si cela implique une augmentation des taxes et impôts », la grande majorité se positionne un peu à gauche, mais toujours proche du centre. Seule une petite minorité a des positions plus radicales. Seulement 8 % des Québécois sont très polarisés vers la gauche, et 2 % vers la droite.

S’il y avait polarisation sur des enjeux socioéconomiques, une plus grande proportion de la population se trouverait aux extrêmes que dans le centre, ce qui n’est pas le cas actuellement, selon le Pr Montigny.

« Ce qu’on voit, c’est qu’il n’y a pas de polarisation, au contraire, on voit une belle courbe normale ou la majorité des électeurs se retrouvent au centre (…). S’il y avait une polarisation, ce qu’on aurait, c’est un creux au centre, explique-t-il. Dans le fond, on a un dromadaire. S’il y avait polarisation, on aurait un chameau: il y aurait deux bosses avec un creux dans le milieu. »

Il arrive à la même conclusion sur l’axe identitaire: même si les Québécois ont une tendance légèrement plus nationaliste que cosmopolite, peu s’éloignent du centre sur des questions d’indépendance et de protection de la langue française. Ce sont 8 % des citoyens qui ont une position radicalement cosmopolite, et 11 % qui sont au contraire très nationalistes.

Le grand éclatement

Le professeur rappelle par contre que l’enjeu identitaire n’est plus nécessairement la question de l’urne, comme ce l’était auparavant. « Ce qu’on voit plutôt, c’est un éclatement du système partisan, un éclatement des partis politiques sur de nouveaux axes plus fragmentés. (…) Il y a plus d’enjeux qui sont présents dans le débat politique et sur lesquels les électeurs sont appelés à se positionner. »

En effet, si on regarde les caractéristiques des Québécois les plus polarisés, on remarque une variété de priorités et une variété de profils.

Pour ceux qui sont les plus à gauche, en majorité des femmes (54 %), la peur qui les motive avant tout est liée à l’environnement. Elles se déplacent d’ailleurs beaucoup plus en vélo, à pied ou en transports en commun.

À droite, on craint d’abord l’inflation et les déboires économiques. Les personnes les plus polarisées en ce sens sont surtout des hommes (79 %), et ils ont plus tendance à être hétérosexuels et à conduire des véhicules motorisés que la moyenne.

La frange la plus procosmopolite de l’électorat a surtout peur de l’intolérance et du racisme. Ils sont en majorité immigrants (54 %, contre 15%).

Les plus nationalistes, de leur côté, craignent tout autant la détérioration de la langue française que celle de l’environnement.

Le miroir déformant des médias sociaux

Les médias sociaux ont souvent été tenus responsables de la polarisation, à cause de leurs algorithmes qui tendent à isoler les internautes dans des chambres à écho.

Par exemple, si l’on observe l’écosystème politique de Twitter, on se rend compte que la plupart des échanges se font entre membres d’un même parti.

La Twittosphère, comme l’appellent les chercheurs de la CLESSN, recense toutes les publications des candidats entre le 1er juillet et le 7 septembre. Ainsi, le parti le plus centré sur lui-même est la Coalition Avenir Québec, avec pas moins de 98 % des interactions entre candidats du parti. C’est Québec solidaire qui interpelle le plus les membres des autres formations, avec 83 % des échanges à l’interne, et 17 % à l’externe.

Mais le Pr Montigny rappelle que « Twitter n’est pas représentatif du tout » du climat social. « Dans les médias sociaux, c’est un miroir déformé de la société qu’on voit, où il y a des gens qui sont plus radicaux et des gens qui expriment des propos dans le débat politique un peu plus décomplexés, ce que j’appelle plutôt de l’incivilité que de la polarisation. »

Si on se tourne maintenant vers les débats à l’Assemblée nationale, on peut voir que le ton employé par les députés est resté à peu près le même depuis 1955, selon une analyse de la CLESSN faite à partir des mots utilisés pendant les périodes de questions.

Dans les années 2005 à 2022, le ton est même devenu plus positif que durant la période allant des années 1960 aux années 1990. Les députés n’ont donc pas tendance à avoir des propos de plus en plus polarisants à l’extérieur des médias sociaux, selon l’analyse.

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