Sections

L’école Oraliste accueille deux enfants dysphasiques

Malgré l’opposition de 12 commission scolaires


Publié le 8 juin 2018

Nathan est enfin inscrit au privé

©Photo Métro Média – Alain Couillard

L’école privée Oraliste de Québec, spécialisée dans la scolarisation des élèves ayant un problème auditif ou langagier, obtient une autorisation spéciale de Sébastien Proulx, ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, pour accueillir deux enfants, inscrits au système d’éducation public, vivant avec des problématiques de dysphasie.

L’école Oraliste a présenté une demande de modification de permis en 2014-2015, afin d’admettre des élèves ayant des difficultés de langage sans déficience auditive. Toutes les commissions scolaires de la région de Québec et les trois de la Rive-Sud se sont fermement opposées à cette demande prétextant qu’elles disposaient des ressources nécessaires pour scolariser les élèves ayant des difficultés langagières sans surdité.

Le ministère nous a demandé si nous pouvions admettre ces deux enfants et bien sûr on a accepté

Andrée Boisclair

«Comme je savais que les commissions scolaires étaient contre notre projet, moi, j’ai donné de l’information aux parents et certains ont décidé de mener la bataille», de commenter Andrée Boisclair, DG de l’école privée. Karine Levesque et Sylvie Normand, chacune mère d’un enfant ayant des problèmes de dysphasie, ont entamé une campagne de sensibilisation auprès des commissaires en début d’année.

Loin de baisser les bras, elles ont exposé leur réalité à chacune des assemblées publiques des commissions scolaires en soulignant qu’elles n’avaient pas le choix d’inscrire leur enfant dans telle ou telle école. Résidant sur le territoire de la Commission scolaire des Découvreurs, Karine Levesque a mainte fois déploré le fait qu’il n’y avait pas d'endroit pour ce type d'enfant.

Karine Levesque et Nathan Blais-Morin

©Photo Métro Média – Alain Couillard

David contre Goliath

Bryan St-Louis, responsable des relations de presse au Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, reconnaît que le ministère est ouvert à une collaboration public privé puisqu’il existe 12 écoles privées spécialisées en adaptation scolaire au Québec dont l’école Oraliste pour enfants malentendants ou sourds.

Selon la Loi de l’instruction publique, une commission scolaire peut prendre entente avec un établissement régi par la Loi sur l’enseignement privé pour la prestation de service de l’éducation lorsqu’elle juge que cette avenue répond aux besoins de l’élève. Dans ce cas, précise Bryan St-Louis, aucun frais n’est exigé des parents pour l’accès aux services éducatifs.

L’autorisation du ministre, permettant à l’école Oraliste de recevoir deux élèves provenant du secteur public, réjouit Andrée Boisclair. Sans avoir obtenu la réponse à la troisième demande de modification de permis, qui doit arriver d’ici juillet, la DG ne sait pas comment le ministère va traiter ce dossier puisque les commissions scolaires maintiennent leur opposition prétextant offrir tous les services nécessaires aux élèves.

«Il y a déjà une amélioration» - Karine Levesque

Karine Levesque, avoue avoir été surprise de l’appel de Sébastien Proulx, ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, qui l’informait le 4 mai dernier que Nathan était admis à l’école privée Oraliste.

Elle explique que la première journée à l’école, le 9 mai, s’est très bien déroulée. «Il s’est senti très à l’aise et il s’y plaît.» Mme Levesque constate déjà des changements dans la prononciation de certains mots en un peu plus de 15 jours. «Il avait de la difficulté à prononcer le chiffre huit. Récemment, il est arrivé à la maison et il m’a défilé les chiffres de un à vingt-deux sans problème.»

Très heureuse du dénouement de la situation, elle espère que d’autres enfants qui sont inscrits au secteur public, vivant les mêmes difficultés que lui, pourront aussi obtenir l’appui du ministre Proulx dont l’intervention a été salutaire.

Nathan lors de sa première journée à l’école.

©Photo gracieuseté – Karine Levesque