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Les trouvailles hétéroclites de Réjean Duchesneau


Publié le 14 juin 2018

Réjean Duchesneau devant une pile de boîtes qui représente environ un mois de cueillette

©Photo Métro Média – Jean-Philippe Dionne

Vous les voyez un peu partout réparties dans des endroits stratégiques de la ville: les boîtes de dons en métal qui servent à la récupération de vêtement et de menus objets rendent la vie difficile à Réjean Duchesneau. Qu’à cela ne tienne, c’est l’altruiste en lui qui motive cet entrepreneur à poursuivre sa mission.  

Dans le domaine de la récupération depuis 2009, l’homme d’affaires et sa sœur ont pris la décision en 2016 de réduire leurs opérations et de ne conserver que quatre boîtes métalliques pour venir en aide à autant d’organismes de la région de Québec: les Chevaliers de Colomb de Loretteville, La Bouchée Généreuse, le Centre Ozanam et les Zouaves de Québec.

En raison du va-et-vient que procurent les marchés d’alimentation, les bacs de M. Duchesneau sont placés dans les stationnements de la bannière Maxi sur Louis-XIV, Pie-XI et Bouvier et sur la rue du Marais chez le marchand Métro. À la condition d’avoir une assurance responsabilité, les gérants ont accepté de laisser un espace disponible pour les points de dépôts. Lors des périodes plus tranquilles, surtout le soir, mais aussi à la vue de tous, le contenu des boîtes se fait malheureusement voler par des malfaiteurs.

Faire la vie dure aux vandales

Les biens récupérés par Réjean Duchesneau sont redonnés à la collectivité via les organismes qu’il supporte et c’est avec générosité et grandeur d’âme qu’il le fait. Son modèle d’affaires repose sur 10 à 15% des articles qui sont vendus à petit prix à «La boîte à Trouvailles» située au Marché Jean Talon, lui permettant d’avoir un fonds de roulement pour sa filiale de récupération. Le reste est distribué aux organismes, dont 60% à la Bouchée Généreuse.  

Ce qui est blessant pour l’homme, c’est de voir des objets se faire subtiliser par des individus malveillants, privant ainsi des personnes dans le besoin de recevoir des dons qui leur sont essentiels et engendrant des coûts supplémentaires pour son entreprise.

«Sur Bouvier, on s’est fait défoncer sept fois en septembre 2017. C’est une boîte qui dessert la Bouchée Généreuse. Un matin, Pierre Gravel, le directeur m’appelle me disant que le bac est complètement vide. Les voleurs ont utilisé de l’azote pour geler le cadenas et le couper. J’ai été obligé d’en acheter un nouveau qui coûte 300$ et là, les vols ont cessé», explique M. Duchesneau.

Parfois, raconte-t-il, les voleurs laissent un message au propriétaire des boîtes à la suite de leur passage et usent de stratégies douteuses, voire dangereuses.

«À Val-Bélair, l’an passé, ils ont coupé le cadenas et pour me narguer, ils l’ont accroché dans un arbre. J’en ai mis un plus solide, mais ils sont passés par la trappe en avant. Il y a des pics antivol. Alors, ils ont installé une planche de bois pour ne pas se blesser, et fait descendre un enfant dans le fond pour sortir le stock.»   

De drôles de collectes

Plusieurs personnes prennent les contenants de dons pour des poubelles, selon M. Duchesneau, qui reste surpris quand vient le temps d’en faire la collecte.

«Lorsque j’arrive le lundi matin, par exemple, sur du Marais avec mon camion de 12 pieds, la moitié de ce que je ramasse, c’est des cochonneries que je trouve au sol: des cuves de toilettes, des pans de murs, des meubles, des vieux matelas. Et je n’ai pas le choix de me débarrasser de tout ça, je ne peux pas lasser ça là. C’est déjà arrivé que je trouve des animaux morts ou des excréments.»

Le retraité de 67 ans ne baisse pas les bras devant l’adversité de «son métier». Il compte poursuivre sa mission de venir en aide à sa communauté, en changeant son entreprise en O.S.B.L. pour se joindre officiellement au réseau des organismes de la région de Québec.  

«Écolinge» est le nom de la division de la compagnie de M. Duchesneau qui gère les boîtes de dons

©Photo Métro Média – Jean-Philippe Dionne