Soccer Rouge et Or: plusieurs nations, une équipe

«Une personne n’est pas le reflet d’une communauté»


Publié le 13 février 2017

Musulmans pratiquants et coéquipiers, Massamba Dione et Issam Dounzar se connaissent à peine, mais ils ont déjà développé une belle amitié.

©(Photo TC Media – Charles Lalande)

SOCCER. Le 29 janvier, les messieurs de l’équipe de soccer intérieur du Rouge et Or de l’Université Laval célébraient leur victoire de 2 à 1 acquise sur la surface gazonnée de l’Université McGill. Réunis avec leurs coéquipiers autour d’un repas, Massamba Dione et Issam Dounzar ont appris l’attentat survenu à la mosquée située à Sainte-Foy. Un vrai choc, suivi d’une vague de soutien.

Né au Sénégal, Dione, un milieu de terrain, est débarqué au Canada avec sa mère et sa sœur à l’âge de 13 ans. Il a grandi dans l’organisation des Caravelles de Sainte-Foy avant de joindre les programmes des cégeps Garneau et Sainte-Foy. Depuis trois ans, il se délie les jambes avec le Rouge et Or sous les ordres de Samir Ghrib.

Musulman pratiquant, il se rappelle d’avoir été prier à cette mosquée. Il connait, de près ou de loin, des gens qui étaient présents. Comme lui, des personnes qui vivent leur religion personnellement, sans l’imposer à qui que ce soit.

«Je suis Noir et Musulman. Je suis fier de dire que je n’ai jamais vécu de racisme au Québec. J’ai déjà été témoin de certains événements, mais c’est plus de l’ignorance que du racisme, et malheureusement, ça va toujours exister.»

Entre deux entraînements de soccer et les cours à l’université, le #12 travaille au gouvernement. Lundi matin, alors qu’il se dirige vers son bureau, ses collègues l’attendaient, afin de s’informer sur son moral. Une attention agréable.

«Une personne n’est pas le reflet d’une communauté. Les Québécois sont accueillants et ouverts d’esprit. Ils étaient aussi choqués que nous.»

Un p’tit nouveau bien accueilli!

Le défenseur Issam Dounzar a été formé dans un club français, avant de traîner ses souliers à crampons à Genève, en Suisse. Ayant l’impression qu’il était à la croisée des chemins, il sentait qu’un nouveau départ était nécessaire.

Le 2 janvier dernier, il est débarqué au Québec et a aussitôt enfilé le maillot lavallois. Jusqu’à maintenant, son intégration se déroule à merveille… sauf qu’il se passerait bien des récentes tempêtes de neige (rires).

«Je n’ai pas eu le temps de visiter la ville, mais jusqu’à maintenant, je peux déjà dire que j’ai de bons coéquipiers», a lancé celui qui suit des cours préparatoires en prévision d’un Master of Business Administration (MBA).

Selon lui, il était impossible qu’une tuerie survienne au Canada, étant donné que «le climat n’est pas le même qu’en France ou ailleurs dans le monde». Il s’est dit agréablement surpris du soutien des Québécois à son égard.

«Nous devons faire attention à une chose : les réseaux sociaux. Les gens s’emballent des deux côtés. Cessez. Il faut garder la tête froide, ne pas répondre.»

Un message pour tous les musulmans pratiquants : «N’ayez pas peur, pas la peine de se cacher. Continuez de prier», martèle l’homme de 23 ans, qui prie à la mosquée de l’Université Laval.

Tous unis

Ce triste événement a rallié un club de soccer, qui à l’image de la ville de Québec, compte plusieurs nations. Aussitôt, le défenseur français Romain Maillard a proposé de rendre hommage à la communauté musulmane lors de la séance d’échauffement du match suivant.

«Une équipe, c’est comme une communauté. Il faut de la solidarité, de la cohésion. Personne ne regarde la couleur de peau. C’est un plaisir total de faire partie de cela», a dit Dounzar, qui porte le #27.

«Tous les joueurs portaient un chandail blanc, où nous avions écrit ‘‘Hommage aux victimes’’ et ‘‘Tous unis’’. Ça nous touche de voir qu’un coéquipier ait pensé à nous. Vraiment», a renchéri Massamba Dione.

Québec Hebdo

Nabil Haned (centre) tient le chandail porté par les joueurs en hommage aux victimes de la tuerie du 29 janvier 2017.

©(Photo TC Media - Charles Lalande)

Massamba Dione.

©(Photo gracieuseté - Stéphane Gaudreau)

Issam Dounzar.

©(Photo gracieuseté - Stéphane Gaudreau)