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Pierre-François Blondeau écope de 30 mois de prison


Publié le 7 juillet 2017

Pierre-François Blondeau connaîtra la décision du juge le 7 juillet.

©TC Media - Archives

Un mois après avoir pris la cause de Pierre-François Blondeau en délibéré, le juge François Huot de la Cour supérieure du Québec a fait connaître le fruit de sa réflexion, vendredi. 

Du palais de justice de Québec, par visioconférence, le chanteur reconnu sous le nom de Midaz a appris qu'il écopait d'une peine d'emprisonnement de 30 mois. Il avait été reconnu coupable d'agression sexuelle par un jury le 6 mai dernier.

De cette peine, trois mois de détention provisoire seront retranchés. Il écope ainsi d'une période d'incarcération deux fois moins longue que les deux autres coaccusés dans cette affaire, Jean-Christophe Martin et Dominic Vézina. Ces derniers ont été condamnés à passer cinq ans derrière les barreaux après avoir été déclarés coupables d'agression sexuelle causant des lésions à l'endroit d'une adolescente de 15 ans.

Le juge Huot, comme prévu, a refusé d'entériner la suggestion commune de 12 mois de détention que la poursuite et la défense présentaient pour Pierre-François Blondeau. «La peine de 12 mois proposée par les parties est non seulement susceptible de déconsidérer l'administration de la justice, mais elle est également contraire à l'intérêt public. Une telle suggestion correspond si peu aux attentes des personnes raisonnables, instruites des circonstances de l'affaire que ces dernières estimeraient qu'elle fait échec au bon fonctionnement du système de justice pénal, a-t-il indiqué. Pour qu'une suggestion commune soit entérinée, encore faut-il s'entendre sur la trame factuelle ayant mené à la déclaration de culpabilité.»

Le magistrat n'a pas été tendre envers l'accusé durant l'énoncé de la peine. Il a d'ailleurs balayé du revers de la main la suggestion de son avocat, Me Yves Savard, qui souhaitait que le Tribunal retienne certains éléments atténuants dans sa décision.

«Me Savard suggère au Tribunal de prendre en considération à titre de facteur mitigeant les excuses formulées le 19 mai dernier, la couverture médiatique dont il a fait l'objet et le fait que l'incident se serait produit sans aucune forme d'abus de confiance ou d'autorité. Pour constituer un facteur atténuant, les remords de l'accusé doivent être sincères. Le 19 mai dernier, Pierre-François Blondeau a déclaré ce qui suit : «Depuis que je suis incarcéré, tout ce que je fais, c'est réfléchir. J'ai pris conscience de la gravité de mes gestes et je tiens à m'excuser sincèrement à la victime. Je vais prendre ce temps pour continuer ma réflexion et travailler sur ma personne». Le Tribunal ne croit aucunement en la sincérité de ces excuses. Elles sont incompatibles avec l'attitude affichée par l'accusé lors de son témoignage devant la Cour. Pour avoir observé attentivement M. Blondeau lors de cet exercice, le Tribunal estime qu'il a pris, jusqu'au prononcé des verdicts de culpabilité, les accusations portées contre lui à la légère. À preuve, l'attitude désinvolte et parfois déplacée démontrée par l'accusé en témoignage. Son ton badin, parfois narquois, trahissait chez lui une incompréhension profonde de la gravité de la situation et plus particulièrement des conséquences de ses gestes à l'égard de la jeune victime qu'il décrivait notamment comme étant, et je cite, «remplie d'espoir» face à ses propres performances sexuelles. Blondeau poussa même l'odieux jusqu'à solliciter la compréhension des membres masculins du jury en rapport avec son incapacité alléguée de conserver une seconde érection à la suite d’une première éjaculation. La Cour estime que s'il éprouve réellement des regrets, Pierre-François Blondeau les ressent par rapport aux conséquences du crime sur sa propre personne. D'autre part, la couverture médiatique dont l'accusé a fait l'objet ne constitue pas davantage d'une circonstance atténuante, comme le rappelle la Cour d'appel du Québec. […] Il est en preuve que M. Blondeau exerçait de facto une influence significative sur sa jeune victime, et ce, en raison de son statut de chanteur. D'ailleurs, la preuve démontre que plus tôt en soirée, avant même que le moindre geste sexuel ne soit posé sur elle, la victime avait reconnu Blondeau comme étant le chanteur Midaz dans un corridor du Complexe Sacré-Cœur. Lors d'un bref échange, elle lui aurait d'ailleurs fait part de son admiration pour son œuvre. Pierre-François Blondeau ne pouvait donc ignorer, au moment de commettre les gestes pour lesquels il a été déclaré coupable, qu'il exerçait un certain ascendant sur la jeune adolescente», a-t-il lu dans une salle d'audience du palais de justice de Québec.

Durant l'énoncé de la peine, qui a duré une quarantaine de minutes, le juge Huot a répété que le témoignage de l'accusé était peu crédible. Il a plutôt cru celui de la victime. Qu'elle n'ait pas su raconter avec précision certaines portions de sa soirée lors de son témoignage n'a pas altéré la confiance du Tribunal à son endroit.

«Le Tribunal a observé attentivement M. Blondeau et la victime lors de leur témoignage. Celui de l'accusé lui a apparu cousu de fil blanc. Il s'assimile à une vaste entreprise de déresponsabilisation, et ce, non seulement à l'égard de la victime, mais aussi à l'égard des deux autres coaccusés. La Cour ne croit pas Pierre-François Blondeau. Son témoignage ne soulève dans son esprit aucun doute raisonnable quant à la nature des gestes commis à l'intérieur du véhicule Jeep dans le stationnement de l'Auberge Hélène. En revanche, le Tribunal croit la victime dans sa narration de ces mêmes événements. Malgré son état d'intoxication du 25 octobre 2014, elle a décrit avec suffisamment de clarté et de précision ces échanges sexuels avec l'accusé Blondeau à l'intérieur du Jeep. Compte tenu de la quantité et de la variété des actes sexuels posés par les trois coaccusés à ses dépens dans la soirée et dans la nuit du 24 au 25 octobre 2014, le Tribunal n'est guère troublé du fait que la victime ne peut décrire précisément le type de tentative de pénétration dont elle a été l'objet de la part de Pierre-François Blondeau dans le stationnement de l'auberge», a-t-il souligné.

Il a été démontré, durant le procès, que Pierre-François Blondeau a joué un rôle moins important que les deux autres coaccusés dans cette affaire, ne causant pas de lésion appréciable à la victime. Or, le juge a rappelé que les gestes posés ne sont pas moins graves. «Ayant été témoin des gestes posés par Dominic Vézina sur la victime dans la loge du Complexe Sacré-Cœur et du comportement des accusés sur la banquette arrière de la voiture, Pierre-François Blondeau ne pouvait ignorer le contexte d'exploitation sexuelle auquel était assujettie la victime lors de cette soirée. Il a volontairement choisi d'emboiter le pas de son coaccusé en profitant de la situation. On ne peut que conclure d'une certaine forme de préméditation chez l'accusé. Les gestes posés, soit une fellation et une tentative de pénétration, constituent des actes sexuels comportant un caractère intrusif significatif. Blondeau a non seulement reçu une fellation de sa jeune victime, mais il lui a également éjaculé dans la bouche. Peu importe l'enthousiasme à la tâche qu'il prêtait à la victime, il lui aurait été possible de se retirer avant l'éjaculation. En outre, n'eût été d’une incapacité physique, l'accusé aurait été capable de mener à terme sa tentative de pénétration. Sa culpabilité morale est donc tout aussi importante que s'il avait pu matérialiser sa pénétration», a enchaîné le juge.

En contrepartie, le Tribunal a retenu l'absence de déviance sexuelle de l'accusé, le fait qu'il s'agisse d'un incident isolé, le jeune âge de Pierre-François Blondeau, l'absence d'antécédent judiciaire, la perspective favorable à une réinsertion sociale, le soutien familial dont il bénéficie et l'assombrissement de ses perspectives de carrière dans le domaine musical comme des éléments atténuants.

Outre la détention, Blondeau devra soumettre un échantillon d'ADN. Son nom sera inscrit au registre des délinquants sexuels pendant 20 ans. Durant l'énoncé de la peine, à Québec, le procureur de la Couronne, Me Éric Thériault, se trouvait à La Tuque. Seules cinq personnes, dont deux journalistes, l'agent de sécurité et la greffière, ont assisté à la visioconférence au palais de justice de Victoriaville. Cette condamnation scelle le processus judiciaire dans cette affaire très médiatisée.