Pour réussir un poulet: la spirale de la misère


Publié le 14 mars 2017

Les acteurs Guillaume Cyr, Hubert Proulx et Marie Michaud.

©(Photo gracieuseté – Suzane O'Neill)

THÉÂTRE. L'auteur et metteur en scène Fabien Cloutier est de passage au théâtre Périscope pour les deux prochaines semaines avec sa pièce Pour réussir un poulet, une histoire presque trop familière qui met l'éclairage sur une pauvreté tragique bien de chez nous.

Après une première ronde de représentations en 2014 au théâtre La Licorne à Montréal qui avait connu un franc succès, la pièce Pour réussir un poulet de Fabien Cloutier produite par le théâtre de La Manufacture commence son périple sur les routes du Québec. Steven Gilbert et Carl Beaudoin (respectivement Hubert Proulx et Guillaume Cyr), doivent tenter de survivre à travers leur misère. Le propriétaire du centre d'achat du coin, les Galeries du Boulevard, Mario Vaillancourt (interprété par Denis Bernard), les entraînera dans un cercle vicieux de petites magouilles, les forçant à piler de plus en plus sur leurs principes.

Difficile d'expliquer le paradoxe que vit le public confronté à la pièce de Fabien Cloutier. La langue colorée, trash diront certains, mais aux résonnances familières, nous fait sourire à plusieurs reprises. De nombreux rires francs ponctuent les premières minutes de la pièce, des rires qui s'effacent au fur et à mesure que l'histoire avance. Est-ce qu'on passe un bon moment? Oui, mais on quitte la salle avec la nausée.

Pas que l'histoire inventée par l'auteur soit particulièrement peu ragoûtante, on pourrait presque croire à un fait divers raconté aux nouvelles de 18 heures. C'est la spirale dans laquelle se font entraîner les deux amis qui nous trouble, spirale qui fera des dommages collatéraux chez les proches des deux partenaires. Malgré l'amour, la bonne volonté, l'honneur, l'amitié, rien ne leur permet de s'en tirer, trop enfoncés dans leur misère. C'est troublant d'être confronté à une réalité qui existe pourtant bel et bien pas si loin de chez soi.

Les acteurs Guillaume Cyr, Denis Bernard et Gabrielle Côté.

©(Photo gracieuseté – Suzane O'Neill)

La production a pris soin de prévenir l'auditoire sur les propos racistes et violents tenus par les personnages de la pièce. C'est qu'au-delà de la pauvreté, c'est aussi l'ignorance qui guide les actions des personnages de Fabien Cloutier. Ceux-ci répètent les idées préconçues qu'on leur a enfoncées dans le cerveau à coup d'opinion publique. L'attentat de Québec de janvier dernier trouve une triste résonnance dans ces préjugés répétés. L'ignorance des personnages, qui se perpétue d'une génération à l'autre, les empêche d'avoir du recul. Ils sont toujours en réaction, jamais en réflexion.

Bond dans l'espace et le temps

Tout au long de la pièce, on voyage d'un espace à l'autre, sautant après quelques répliques à un nouveau personnage. Un instant, on est dans la cuisine d'un 4 et demi, l'autre, dans un restaurant de centre d'achat, puis au fond d'une ruelle. C'est déstabilisant, on doit prendre quelques lignes avant de suivre le fil des discussions et il nous arrive dans manquer quelques mots. Un beau défi pour le metteur en scène, qui se trouve à être l'auteur de la pièce.

D'ailleurs, la scène est loin des tas de ferrailles imagées dans les répliques de l'auteur. On a plutôt droit à un décor très épuré: trois chaises, jaunes, mobiles, sur un plancher tout aussi vif. L'éclairage est toujours très puissant, donnant l'impression d'être constamment sous une chaleur pesante. La musique signée par le groupe Valaire est la cerise sur le sundae de cette œuvre résolument contemporaine. On n'est définitivement plus dans une province d'un autre temps, Pour réussir un poulet parle du Québec ici et maintenant, aussi dur soit-il.

La pièce Pour réussir un poulet est présentée jusqu'au 25 mars au théâtre Périscope à Québec. Elle sera ensuite en tournée à travers le Québec jusqu'au 2 mai.