La recette du bonheur selon Anny Berthiaume

Leçon de courage d’une grande brûlée


Publié le 6 janvier 2010

Le visage d’Anny Berthiaume est bien connu; c’est elle que l’on voit sur les panneaux de prévention des incendies sur le bord des routes québécoises. Pourtant, même si les affiches montrent ses terribles cicatrices en clamant «Regardez-moi, le feu brûle des vies», Anny Berthiaume n’a pas été détruite par son accident, bien au contraire. Portrait d’une femme au courage inébranlable décidée à partager son amour de la vie.

«Parfois, on ne pense pas vraiment aux gestes qu’on pose. Mais peu importe ce qu’on vous dira, ça ne part pas», lance la grande brûlée d’entrée de jeu. Et pourtant, en écoutant son histoire, on oublie bien rapidement les marques sur son visage pour ne voir que l’optimisme et la soif de vivre de cette femme pour qui une terrible épreuve s’est transformée en étincelle de vie.

Anny Berthiaume avait 6 ans quand elle a subi des brûlures au troisième degré sur 55% de son corps. C’était en camping. Anny et son petit frère voulaient manger des guimauves. Leur père a été dans la voiture chercher un contenant d’alcool de bois pour le réchaud de camping. Quand il l’a ouvert, probablement parce que le contenant avait été chauffé à blanc dans la voiture au soleil, l’alcool a littéralement explosé. «C’est finalement moi qui ai fait la guimauve», explique le plus simplement du monde la résidente de Val-Bélair. Et elle a ses raisons pour être expéditive sur les circonstances qui entourent son accident : l’essentiel de son message, c’est qu’on peut sortir gagnant d’une telle épreuve. «Oui dans la vie on a des souffrances, mais c’est pour pouvoir aller plus loin!»

En mission

Pourtant, entre le chauffeur d’autobus qui ne voulait pas d’elle dans son véhicule et la mère qui la traitait de monstre au centre commercial, la vie n’a pas toujours été facile. Il en fallait toutefois plus pour arrêter Anny Berthiaume. «Peu importe ce que les gens disent, si j’ai le goût de faire quelque chose, je le fais. Je ne suis pas du genre qui reste à la maison, il faut que je bouge», assure celle qui a choisi de devenir inhalothérapeute pour rendre ce qu’elle a reçu et soigner à son tour ceux qui en ont besoin.

En plus de son travail dans les hôpitaux, Anny Berthiaume donne des conférences afin de faire connaître les grands brûlés. «Une étincelle m’a brûlé la peau, elle a changé le cours de ma vie; une flamme s’est allumée en moi, assure-t-elle. Je ne voulais pas que le récit de mes épreuves tombe dans le mélodrame. Je veux dire aux gens d’être positifs.»

Même dans les moments difficiles, ses conférences et son travail de motivatrice lui permettent de garder le moral. «Ça m’aide de dire aux jeunes de croire en leurs rêves. La vie est belle, les obstacles sont là pour nous faire grandir.» Et à voir l’intérêt avec lequel les adolescents l’écoutent, il n’y a pas de doute que son message fait son chemin.

Sa plus belle récompense, au-delà des améliorations dans les soins donnés aux grands brûlés et en plus du fait qu’un nombre grandissant de personnes savent pourquoi elle arbore des cicatrices au visage, c’est quand on lui dit que son discours a marqué les gens, qu’un jeune a décidé de terminer son secondaire grâce à elle ou qu’il a appris à avoir confiance en lui et à s’apprécier avec ses défauts.

Anny Berthiaume raconte son histoire en détail dans son livre L’étincelle de vie : Confidence d’une grande brûlée, publié aux Éditions La Semaine.