L’échec du cœur
Chaque fois que la droite fait une percée dans
l’histoire de l’humanité, nous devenons des êtres un
peu moins sociables et donc un peu plus loin de notre
nature, de la nature. Les bottes qui marchent au pas
cadencé au nom de la raison ne se soucient guère des
fleurs qu’elles écrasent sur leur passage.
La montée de l’extrême droite chez un peuple
s’effectue toujours sous deux conditions préalables,
l’échec de l’éducation et un bouc émissaire. En ce qui
concerne le décrochage scolaire, les chiffres parlent
d’eux-mêmes. En tant qu’enseignant en psychologie de
formation, cela m’interpelle et me blesse au plus
profond de mon âme. En ce qui a trait au bouc
émissaire, la discussion sur les accommodements
raisonnables suivie d’un sondage sur le racisme chez
les Québécois juste avant le déclenchement des
élections ne pouvait pas fournir terrain plus fertile
à la radicalisation des esprits qui, ainsi échauffés,
s’enflamment aisément sous les perfides discours
politiques. Un étendard, un visage, un discours, le
one man show de l’ADQ entre en piste et la foule le
salue. Il n’y manque qu’un seul ingrédient,
l’homophobie, pour canaliser les troupes et les
conforter dans ses positions.
À l’époque où l’Allemagne a connu sa plus grande
tragédie, tous les observateurs se sont posé la même
question: où donc était Freud et sa psychanalyse des
masses? Pourquoi n’a-t-il rien dit? Peut-être parce
que dans l’arène on ne peut arrêter un taureau en
pleine course même si elle le conduit droit à sa mort.
Nous ne sommes cependant pas des bêtes que l’on mène à
l’abattoir. Nous avons le choix de freiner cette
course folle et de dire ça suffit, le spectacle est
terminé! Je suis celui qui détient mon avenir et
celui de mes enfants entre mes mains. C’est moi seul
qui décide, et non pas les clips ou les panneaux d’un
seul homme, d’une seule pensée, d’un seul extrême.
Philippe Riboty, enseignant en psychologie, auteur de la trilogie «Le Sanglot des anges» et résident de Saint-Rédempteur