On ne peut qu’être consterné devant les récentes prises de positions publiques du cardinal Marc Ouellet face à la déconfessionnalisation de l’école québécoise et au nouveau programme Éthique et culture religieuse prévu pour septembre 2008. Des personnes qualifiées ont déjà relevé les positions insoutenables du cardinal Ouellet. J’aimerais cependant présenter la position du Mouvement Humanisation dans ce débat dont l’enjeu concerne non seulement l’avenir de l’éducation au Québec mais aussi celui de la nation québécoise.
Les Québécois ont eu la lucidité et le courage de mettre fin au monopole de l’Église catholique sur l’enseignement religieux à l’école. Ce monopole était possible grâce au recours à la clause nonobstant qui permettait au gouvernement du Québec de contourner les Chartes canadienne et québécoise des droits et libertés, fondées sur le patrimoine moral de l’humanité. En 2005, le gouvernement libéral résista au chantage politique de l’épiscopat catholique en mettant fin à un monopole religieux qui était injuste, immoral et anti-démocratique dans un État de droit, qui se veut égalitaire et multiculturel. Cette loi, adoptée à l’unanimité par les députés de l’Assemblée nationale, constituait l’aboutissement d’un long processus démocratique et non d’une décision hâtive et dictatoriale comme l’affirme le cardinal Ouellet. Cette loi élimine enfin toutes les incohérences et les contradictions générées par un monopole religieux sur l’institution éducative d’un État qui se veut démocratique.
Le cardinal Ouellet veut non seulement aller à l’encontre d’une décision démocratique votée à l’unanimité par tous les représentants élus du peuple, mais il exige aussi le maintien et l’amélioration de l’ancienne formule de l’enseignement religieux à l’école. Dans son effort pour mettre l’école - une institution publique – au service du prosélytisme de sa religion, il discrédite le programme Éthique et culture religieuse qui n’en est qu’au stade de l’élaboration. Non seulement accuse-t-il, sans démonstration, le nouveau programme de « relativisme » mais il laisse également sous-entendre que «seules les religions peuvent véhiculer un système de valeurs», ce qui s’avère totalement faux. J’aimerais rappeler au cardinal Ouellet que le Québec s’est distancé progressivement mais résolument du giron très peu démocratique de l’Église catholique pour se reconnaître dans un État de droit, égalitaire, laïc et pluraliste. Le peuple québécois a payé chèrement cette liberté nouvellement acquise de décider par lui-même de l’éducation qu’il entend offrir aux nouvelles générations pour les aider à devenir non pas des fidèles d’une religion donnée mais des citoyens autonomes et responsables dans la construction d’un monde plus humain et plus harmonieux que celui hérité de l’ère des religions institutionnelles.
Le débat actuel sur les «accommodements raisonnables» démontre clairement la fragilité des démocraties envers les exigences capricieuses et croissantes de chaque religion. Il illustre aussi les dangers qu’elles font courir aux consensus sociaux en ce qu’elles effritent le socle des valeurs communes des citoyens susceptibles de donner un sens et une direction à leur vie personnelle, professionnelle et sociale ainsi qu’aux institutions dont ils se dotent pour satisfaire paisiblement et harmonieusement leurs besoins communs. Ce consensus minimal autour duquel s’organise une société se fonde sur une éthique qui véhicule une conception du monde et de la vie ainsi que certaines valeurs qui donnent un sens et une direction à l’aventure commune d’un peuple. Une telle éthique devrait être construite à partir du patrimoine éthique de l’humanité et fonder ce consensus minimal devenu incontournable dans les sociétés démocratiques de plus en plus pluralistes et individualistes. Sans un tel consensus éthique, la vie en société devient beaucoup plus fragile sinon instable.
L’humanité vit présentement une crise d’identité et de sens qui s’est mondialisée. Ce cul-de-sac existentiel a conduit notre espèce à une crise humaine et écologique sans précédent qui menace maintenant sa survie même. Suite à la « sortie de la religion » et à la faillite des idéologies du XXe siècle, les humains ont perdu les valeurs et les idéaux qui donnaient jadis un sens et une direction à l’ensemble de leur vie individuelle et collective. Ils sont actuellement en quête d’une nouvelle éthique capable de les unir au-delà de leurs différences dans un projet commun répondant à leur aspiration la plus profonde: vivre heureux dans un monde en paix.
La vie étant la finalité de la vie, toute vie est, de par sa nature même, sa propre fin, sa valeur ultime, son souverain bien. Donc, toute vie humaine, consciente d’elle-même, s’appartient, y compris celle d’un enfant. Par conséquent, l’enfant n’appartient ni à la famille, ni à la religion, ni à l’école, ni à l’État et encore moins au marché. L’enfant, de par la dignité inhérente à sa nature consciente d’elle-même, s’appartient totalement même s’il n’a pas encore l’âge de raison. C’est pourquoi dans les États démocratiques, les enfants n’ont que des droits et les adultes n’ont que des devoirs à leur endroit.
Tous les enfants du monde héritent en naissant d’un merveilleux potentiel d’humanité qui ne demande qu’à s’actualiser. Compte tenu de sa nature inachevée, chaque enfant a donc un droit inaliénable aux connaissances, aux pratiques et aux conditions favorables à son processus d’humanisation dont dépendent son bonheur individuel et collectif ainsi que la survie même de son espèce. Les adultes ont le devoir moral de faire respecter ce droit. Ne pas le respecter est le premier crime contre l’humanité puisque tous les autres en découlent directement ou indirectement.
Pour respecter ce droit à une éducation humanisante, l’enfant a droit à une éthique humanisante, qui est au cœur de son processus d’humanisation. La société a donc la responsabilité morale de faire respecter le droit de chaque nouvelle génération à une éthique humanisante fondée sur l’histoire, la philosophie et la science. C’est le seul moyen d’offrir à tous les membres d’une société donnée une conception du monde et de la vie humaine qui les unissent autour d’un système commun de valeurs plutôt que de les diviser autour des valeurs particulières des différentes religions. Aucun individu et aucune association ou institution (étatique, religieuse, politique, économique, éducative) ne doit priver un enfant de son droit inaliénable à une éducation humanisante et par conséquent à une éthique humanisante dont dépendra l’avenir des démocraties ainsi que la survie même de son espèce.
Avec le nouveau programme d’éthique et de culture religieuse, le peuple québécois a une occasion unique de se doter d’une éthique commune capable d’unir ses membres dans un projet social qui transcende les différences religieuses qui les divisent actuellement. Pour unir les citoyens dans un projet commun, cette éthique doit être fondée sur la nature humaine et ses exigences de développement et de bon fonctionnement dans ses rapports avec elle-même, autrui, la société, l’humanité et l’environnement. Fondée sur la nature humaine, elle est donc naturelle et universelle et transcende les éthiques religieuse et les idéologies doctrinaires qui ont divisé les humains et les ont soulevés les uns contre les autres tout au long de leur histoire et aujourd’hui encore.
La mission sociale du Mouvement Humanisation vise à faire respecter ce droit inaliénable de tout enfant à une éducation humanisante. Ce droit coexiste avec son droit inaliénable à la vie, qui est en fait le droit à une vie humaine avant tout. Ce droit précède et transcende toute vie religieuse qu’elle soit hindouiste, bouddhique, judaïque, chrétienne ou islamique. Or, une éducation humanisante doit reposer sur une éthique humanisante. Avec le nouveau programme d’éthique, le Québec peut devenir la première société à offrir à chaque nouvelle génération une éducation humanisante fondée sur une éthique naturelle construite à partir du riche patrimoine éthique que l’humanité a élaboré au cours des millénaires. Quel magnifique défi à relever pour une jeune nation qui cherche à s’affirmer sur la scène internationale.
Information:
www.mouvementhumanisation.org
Gilles Pelletier
Commentaire mis en ligne le 11 septembre 2007Québec, le 11 septembre 2007.
Personnellement, je suis contre toute éducation religieuse à l'école et je suis même contre les cours d'éducations religieuses au primaire comme au secondaire. Les cours de religion devraient être dispensés par les DÉNOMINATIONS RELIGIEUSES, en collaboration avec les parents. La religion est une affaire personnelle et doit s'exercer dans son noyau familial.
Je me souviendrai toujours, qu'à l'âge de 8 ans, l'école m'obligeait à aller à la messe de 7 heures à tous les matins. Un jour je suis parti de la maison en ayant pris mon petit déjeuner parce que j'avais mal à l'estomac. Rendu à l'église, je suis allé communier et de retour à la maison, je me suis souvenu que je n'étais pas à jeun. Je l'ai dis à ma mère et elle m'a dit que je venais de faire une COMMUNION SACRILÈGE et qu'il fallait absolument rencontrer un ÉVÊQUE pour être pardonné.
Des folies de ce genre nous en avons eues à profusion au Québec. En attendant, comme petit garçon, j'ai dû SOUFFRIR TERRIBLEMENT cet évènement durant plusieurs années et heureusement, mon intelligence à pris le dessus sur les rites ridicules de l'Église. J’ai toujours foi en JÉSUS, mais certainement pas en Monseigneur Ouellet qui n'a absolument rien pour être digne d'attacher les bottines de JÉSUS-CHRIST. Permettez-moi d'ajouter que la plupart des autres religions ne sont guère plus "brillantes" et elles veulent aussi s'emparer des âmes et du porte-monnaie de ces mêmes âmes. Toute religion doit être choisie en ayant les deux pieds sur terre.
Gilles Pelletier, Québec.