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L’appropriation privée des berges de Québec-Lévis doit cesser

Article mis en ligne le 26 février 2007 à 10:10
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L’appropriation privée des berges de Québec-Lévis doit cesser
Sans statistique à l’appui, la mairesse Roy-Marinelli de Lévis a dit devant les commissaires du BAPE que 90 % des citoyens de sa municipalité sont favorables au projet de terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) Rabaska, les autres (l0 %) étant défavorables au projet par manque d’information. Ces paroles étonnantes et fausses invitent à la méfiance.

Avec habileté, les promoteurs de Rabaska ont réussi à transformer un projet relevant d’un enjeu national (l’importation et le transbordement maritime de GNL) en un projet d’importance régionale (la création d’emplois) et municipale (revenus fiscaux). Les yeux de l’administration lévisienne se sont dès lors tournés vers les revenus fiscaux promis par Rabaska, après s’être laissée convaincre par les promoteurs que les opérations de transbordement de GNL ne seraient ni dangereuses, ni envahissantes. Mme Roy-Marinelli s’était montrée favorable à Rabaska durant sa campagne électorale et elle n’a pas attendu la publication du rapport du BAPE pour se prononcer en faveur de Rabaska devant cette commission environnementale.

Les promoteurs doivent se frotter les mains. Ils ont réussi, avec la complicité de l’administration municipale de Lévis, à pointer le fusil de la croissance économique sur la tempe de ceux qui ont une vision différente du développement de leur ville. Une vision qui respecte le caractère patrimonial de Québec tel que reconnu par l’UNESCO. Une vision qui reconnaît, comme en France et aux États-Unis, que l’accès aux rives et à l’eau est une richesse collective porteuse de développement économique et social durable. Une vision qui s’explique mal pourquoi on persiste à proposer des projets industriels lourds sur les berges déjà largement bétonnées et enrochées de l’agglomération Québec-Lévis. Faudrait-il en conclure que le Saint-Laurent n’est pas aussi long qu’on le pense? Pourquoi ne pas utiliser un tel projet pour stimuler le développement économique des régions?

Les promoteurs de Rabaska invoquent la sécurité et la diversité énergétique du Québec pour justifier leur projet. Mais à l’heure où tous s’entendent sur l’importance de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, l’argument de la diversité énergétique pour favoriser l’importation de combustible fossile sonne faux. Comme si une saine alimentation, dont une des qualités est justement d’être diversifiée, signifiait la consommation quotidienne de frites avec ses repas riche en légumes. L’argument de la sécurité énergétique, quant à lui, est trompeur et faible. Le mot sécurité tente ici de se faire passer pour un enjeu important, soit l’indépendance énergétique. Il est difficile de comprendre comment l’importation de GNL de Russie, de Lybie, d’Indonésie, d’Algérie, du Nigéria, du Qatar, du Brunei ou d’Oman pourrait augmenter notre sécurité, sinon notre souveraineté énergétique.

Il faut beaucoup de témérité pour prétendre que le site de Lévis est adéquat pour le transbordement de GNL. Adjacent à une zone densément peuplée et à une île devant être évacuée via un étroit pont, les effets d’un accident pourraient être catastrophiques. Le fleuve y est étroit, ce qui risque de perturber le trafic sur la voie maritime lors de l’arrivée des méthaniers chargés. En plus de ternir l’apparition de Québec au détour de l’île d’Orléans, les croisiéristes devront céder le passage aux méthaniers, comme les passagers de Via Rail doivent le faire pour les trains de marchandises du CN. La commission du BAPE a eu le mérite de montrer le vrai visage des dinosaures qui considèrent avant tout les berges de Québec-Lévis comme des occasions d’affaires pour l’industrie maritime. Même le secteur de Beauport a été envisagé pour Rabaska!

Le retour au fleuve s’amorcera enfin avec la plage de Beauport. Des centaines de millions sont investis pour rendre le fleuve propice à la baignade. Il est temps que cesse cette appropriation privée des berges de Québec-Lévis, surtout lorsque les risques et bénéfices pour la communauté sont aussi incertains.
Jean Lacoursière, Québec

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