Mairie de Québec: obligation de résultats
La fin de l'année 2006 nous aura laissés sur le triste spectacle d'une mairesse incapable d'imposer son leadership au conseil municipal, paralysée qu'elle était par une opposition intraitable qui a mené la démocratie municipale à ses derniers retranchements.
À force de triturer le budget et le Programme triennal d'immobilisations (PTI), on a fini par trouver quelques «accommodements raisonnables» qui ont néanmoins dévié le PTI d'une partie de son objectif fondamental qui était de favoriser la mise à niveau d'infrastructures trop longtemps laissées à elles-mêmes. Au moins, le cruel exercice de l'opposition aura permis de ramener les hausses de taxes à un niveau moyen plus acceptable, soit 2,8% pour les résidences et 5,4% pour les immeubles non-résidentiels. Reste que les travaux suggérés par la mairesse Andrée P. Boucher devront être exécutés tôt ou tard et inévitablement, c'est dans la poche du contribuable que l'on devra fouiller encore pour payer la facture.
Québec en chantier
L'année qui débute en sera une de grands chantiers, Québec étant à se faire belle pour recevoir la visite. L'extraordinaire opportunité qui se présente ne devra pas être gâchée par le même type de débat hargneux qui a marqué l'adoption du budget de la ville. Au contraire, dans un épisode aussi stratégique que celui que nous traversons, il est impérieux d'appeler à l'unité. Tous les efforts doivent être concentrés vers le succès des Fêtes du 400e et ce, à tous les niveaux: activités, participation populaire, tourisme et financement. S'égarer dans de vaines querelles et le «crêpage de chignons» ne créera certainement pas le climat propice à l'esprit de la fête.
Dans ce contexte, nos élus devraient réfléchir sur le brûlot lancé en pleine campagne électorale par l'ancien maire de Lévis, Jean Garon, qui déclarait en substance que «la partisanerie politique à l'échelon municipal n'était pas toujours souhaitable». Selon lui, un conseil municipal tient davantage du conseil d'administration que d'un parlement. D'un certain angle, l'ex-maire n'a pas tort. En effet, le propre d'un conseil municipal est de gérer une gamme de services publics et de favoriser le développement de sa communauté. Contrairement à un gouvernement supérieur, il n'a pas le pouvoir de légiférer. Il applique des lois, mais ne les crée pas.
De là à réclamer l'abolition des partis politiques municipaux, il y a une marge à ne pas franchir. Ceux-ci sont apparus dans le paysage de Montréal bien longtemps avant que Québec importe le modèle dans les années 1960 avec la création du Progrès Civique de Gilles Lamontagne. Ils répondaient aux nouveaux besoins engendrés par l'évolution de la démocratie municipale tributaire de la modernisation de l'État entreprise par le gouvernement Lesage. Généralement le modèle fonctionne assez bien. Par contre, il lui arrive de s'égarer comme c'est le cas lorsqu'un maire qui n'appartient à aucune faction est appelé à diriger un conseil municipal qui majoritairement, par ligne de parti, s'oppose systématiquement aux élans du premier magistrat. C'est à ce genre de dérapage que l'on a assisté avant Noël. Ni la municipalité, ni ses élus, ses formations politiques et a fortiori ses citoyens n'ont quoi que ce soit à gagner dans ces désolants débats.
Tempêtes politiques
Bien entendu, l'esprit combatif de Mme Boucher n'est pas sans alimenter le brasier. Pour paraphraser Gilles Vigneault, il lui arrive fréquemment de semer le vent et de récolter la tempête. Et, la tempête risque d'avoir une raison supplémentaire de se lever à nouveau si la mairesse tarde encore à livrer à la population ce pourquoi elle a été portée au pouvoir: faire le ménage dans les dépenses municipales et dans la fonction publique. On ne parle pas de sabrer à l'aveuglette dans les dépenses ou dans les postes. On parle plutôt d'une saine gestion s'appuyant sur la transparence et de nouveaux modes de gouvernance.
Jusqu'à présent, sondages à l'appui, les citoyens remarquent peu de changements dans les services municipaux, sinon pour se plaindre de la réduction de certains d'entre eux comme l'enlèvement de la neige par camions dans certains arrondissements. Or, là aussi, la question des services de proximité faisait partie de la mince plate-forme électorale de Mme Boucher.
Dans un environnement politique à remettre en question, la mairesse fait souvent figure d'otage. Elle avoue d'ailleurs fréquemment avoir les mains attachées soit par l'opposition, soit par l'héritage de son prédécesseur, les fusions ou les défusions, soit par les conventions collectives, les caisses de retraite et tutti quanti. Par contre, c'est à elle, et à elle seule, qu'appartient le devoir d'identifier les moyens d'imposer le leadership que lui a reconnu la population. Mme Boucher doit se faire rassembleuse car elle a sur sa table de travail, une obligation de résultats.