Monsieur Minuit n'est plus...
Un grand de la radio s'est éteint récemment dans la discrétion la plus totale. De Verchères Mercier est décédé à l'Hôtel-Dieu de Québec presque incognito à un âge vénérable qu'il gardait pour lui.
Après plus de 50 ans dans le paysage radiophonique, De V, comme nous l'appelions familièrement, pourrait facilement trouver une niche au panthéon de la radio québécoise, près de son ami, St-Georges Côté. Tous deux peuvent se targuer du titre de pionnier et d'artisan de la radio québécoise. Alors que St-Georges réveillait les auditeurs, De Verchères les menait au lit, à la barre de l'incontournable Blue sky, émission phare de CKCV dans les années 1950 et 60.
Carrière remarquable
Pionnier et artisan, De Verchères Mercier l'aura été au moins à deux occasions. Remarquant qu'à Central Park les New-yorkais s'exécutaient sur fond musical, il entreprit de réinventer le modèle à Québec. Après de longues et difficiles négociations avec l'abbé Raoul Cloutier, directeur de l'Œuvre des Terrains de Jeux (OTJ), il imagina un système d'animation et de diffusion musicale en circuit fermé, à partir d'une centrale au Parc Victoria et relié à tous les «ronds à patiner» de Québec au moyen de lignes téléphoniques. Cette invention allait permettre à De Verchères Mercier de quitter son emploi chez St-Cyr et Frères de la rue Saint-Joseph et d’amorcer une longue carrière à CKCV, puis à CJRP et CHRC, en tant qu'annonceur et représentant publicitaire.
C'est aussi à CKCV que Mercier créa la radio de nuit. Insistant auprès de son patron Paul Lepage Dionne pour mettre en ondes une émission commençant à minuit, les fins de semaines, «parce que les gens se couchaient plus tard», il lança son émission fétiche Monsieur Minuit. Créée au tournant des années 1960, elle allait survivre plus de 30 ans. Grâce à un style d'animation unique, voix basse, rythme langoureux et musique américaine, l'émission s'est rapidement imposée comme un nouveau concept radiophonique qui a, par la suite, été importé dans d'autres cases horaires, dont le dimanche à 19 h à CHRC dans les années 1990.
Cet homme de radio a poursuivi sa carrière en dépit d'un cruel handicap qui, secrètement, le faisait souffrir et blessait son amour-propre. En privé, De Verchères éprouvait de la difficulté à parler. Il avait de fréquentes hésitations et émettait des bégaiements qui le rendaient inconfortable. Ce qui toutefois ne l'a pas empêché d'obtenir des succès légendaires auprès de la gent féminine. Par ailleurs, dès qu'il ouvrait le micro, ses difficultés d'élocutions disparaissaient comme par enchantement.
Homme de passion, certaines plus heureuses que d'autres, De V a souvent été victime de sa propre naïveté. C'est ainsi qu'il a été floué dans l'acquisition de la station CJSA à Sainte-Agathe et qu'il a dû rentrer à Québec penaud et sans le sou. Cela ne l'empêchera pas de relancer sa carrière qui s'arrêtera abruptement un matin de 2002 à CHRC lorsque congédié sous un prétexte douteux. Heureusement, un ami et ex-patron, Jacques Grenier, l'a repêché pour lui permettre de prolonger ses activités professionnelles dont il avait grand besoin autant financièrement qu'émotivement.
Son départ de CHRC et l'échec de CJSA en auront malheureusement fait un homme aigri et malheureux. Si bien qu'il avait boudé les retrouvailles des anciens de CKCV, l'an dernier, sans que quiconque ne lui en tienne rancune.
Et la mémoire elle...
Le décès de mon ami De Verchères a été rendu public dans les avis de décès des quotidiens le samedi 9 décembre. Les jours suivants, seuls les collègues Pierre Gingras et Albert Ladouceur ont relevé l'événement. Il faut les en remercier. Mais il est aussi à se demander ce qu'il advient de notre mémoire collective. Il est absolument inadmissible que la presse locale et, a fortiori, la radio de Québec, n'ait pas davantage fait écho au départ de cet ex-collègue.
Ce silence... de mort, porte à la réflexion. Qu'est devenue la presse de fin de semaine à Québec? Les journalistes restent pourtant les écrivains de tous les jours, sept jours par semaine. Leur devoir est d'aviver notre mémoire. Un autre grand québécois est décédé récemment sans que la presse n'y porte attention. Il s'agit d’Alfred Hamel, un géant du transport québécois sur route et dans les airs, qui avait été complètement démoli lorsqu'un avion de Québecair, alors sa propriété, s'est écrasé à L'Ancienne Lorette dans les années 1970.
Triste départ que celui de De V. Triste réflexion provoquée par sa mort à l'égard de notre presse régionale qui manque parfois cruellement à ses devoirs.
Jacques Nalis
Commentaire mis en ligne le 6 décembre 2008Félicitations pour cet éloge envers mon ami De Verchères! Depuis le début des années 60 nous avons passés de bons moments ensemble.Le début des années 60 alors que "sa" Céline le rendait si fier et heureux.
Nous nous sommes perdu de vue lors de mon "exil" en Californie, mais dès mon retour et alors à l'emploi de Radio Canada, nous avons repris, où nous avions laissé.
Je garde précieusement un CD d'une de ses émission à CHRC où il m'avait invité à choisir et commenter les musiques, c'est un souvenir audio précieux pour moi.
Puis dernièrement, alors que "Davy". vendait encore à son âge de la pub pour Média Conseils, (j'ai sa carte d'affaires sous mes yeux), venait me soliciter.
Aujourd'hui Pierre Gingras à souligné le 2e anniversaire de son décès. Vous en êtes sous doute le moteur.
J'ai 66 ans et sachez que les "vieux" n'ont jamais été autant oubliés que de nos jours. Pour moi, la radio n'est plus de la radio, la télé n'est plus de la télé, c'est strictement de la BUSINESS ABRUTISSANTE et je suis désolé d'affirmer que la majorité des gens de radio d'aujourd'hui, dû à leur manque de culture, à la pauvreté du vocabulaire utilisé et au mauvais français qu'ils parlent, n'auraient jamais eu de micro dans notre temps! Chez moi, les postes de radio sont inutilisés depuis fort longtemps!
Merci, de votre article sur "Davy", merci d'avoir de la mémoire! C'est un baume sur la plaie de l'oublie de nos ainés.
Jacques Nalis