Le président de l'Association des médecins omnipraticiens de Québec, Michel Lafrenière, est plutôt préoccupé par le manque de médecins de famille.
Besoin criant de médecins de famille
La difficulté d'accès aux médecins de famille et le refoulement pour entrer et sortir des hôpitaux inquiètent de plus en plus les médecins de la province. C'est d'ailleurs autour de ces deux enjeux majeurs que s'est concentrée la rencontre des représentants de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) il y a quelques jours à Québec.
Selon le président de l'Association des médecins omnipraticiens de Québec, le docteur Michel Lafrenière, ces deux problèmes jouent un rôle important dans les conditions difficiles que vivent les médecins de la province. En fait, depuis quelques années, le nombre de médecin de famille diminue considérablement au détriment de plusieurs patients qui auraient besoin d'un suivi plus régulier.
«On estime qu'environ 15 % de la population n'a pas accès à un médecin de famille et le nombre est sans cesse grandissant. Avec le vieillissement de la population de plus en plus de gens en auront besoin d'un», déplore-t-il. Déjà, certains médecins sont débordés et la situation ne semble guère s'améliorer.
«C'est très difficile de se trouver un médecin de famille aujourd'hui, il n'y en a plus assez. Ils n'ont pas le temps de prendre en charge de nouveaux patients, mais quelquefois les patients ont tellement besoin de suivi qu'ils n'ont pas le choix», explique M. Lafrenière.
D'ailleurs, non seulement ce problème épuise les médecins, mais en plus, il n'aide en rien la surcharge dans les hôpitaux. Comme l'explique le docteur Lafrenière, les patients qui n'ont pas accès à un médecin n'ont bien souvent d'autres choix que de se rendre à l'urgence pour se faire examiner.
«Ce n'est pas évident de déterminer où aller lorsqu'on a besoin de consulter un médecin. Bien souvent, le réflexe populaire résulte en une visite à l'urgence», indique-t-il. «Si notre système de santé était en mesure d'assurer une rencontre avec un médecin dès le lendemain, il n'y aurait certainement pas autant de surcharge dans les salles d'attente», poursuit-il.
Toujours selon M. Lafrenière, le manque de médecin entraîne un autre effet pervers, cette fois, à la sortie des hôpitaux. «On doit également garder les patients plus longtemps car certains d'entres eux nécessitent un suivi qu'ils ne seront pas en mesure de recevoir une fois sortie de l'hôpital.»
Des solutions à portée de la main
D'autant plus surprenant, M. Lafrenière affirme qu'il existe des solutions qui pourraient grandement améliorer le scénario actuel. En fait, des modèles plus performants ont déjà commencé à faire leurs preuves ailleurs au pays, notamment en Ontario où l'on a créé des groupes de médecine familiale formés de spécialistes de divers domaines de la santé.
«En regroupant des médecins, des infirmiers, des psychologues et des travailleurs sociaux, on est en mesure d'augmenter l'efficacité et de donner aux patients des ressources plus spécialisées», avance M. Lafrenière.
Si la solution ultime à ce problème est l'augmentation du nombre de médecin, il faut plutôt demeurer réaliste et trouver des façons d'améliorer la situation actuelle. «Plutôt que d'attendre l'arrivée de 1000 médecins, il faut rendre plus efficace ceux qui sont déjà en place. En créant des groupes de médecine, on parviendrait à leur donner plus de temps pour prendre en charge de nouveaux patients», conclut-il.
La formation d'équipes de médecine a déjà commencé au Québec, mais il faudrait maintenant accélérer la cadence. D'ailleurs, comme l'explique M. Lafrenière, tant que les patients non-suivis restent chez eux et ne crient pas, on ne se presse pas pour les entendre.