Le dernier adieu au Cardinal Louis-Albert Vachon a été fort couru.
Dernier adieu au Cardinal Louis-Albert Vachon
C’est ce matin, à la Basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec, que les funérailles du Cardinal Louis-Albert Vachon ont été célébrées. Plus de 900 personnes, famille, dignitaires, confrères dans l’épiscopat et fidèles, ont assisté à la cérémonie.
Cérémonial à la grandeur du personnage disparu, quelque 27 évêques dont le cardinal Jean-Claude Turcotte, le Nonce apostolique Mgr Luigi Ventura et Mgr Gilles Cazabon, président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec ont concélébré les obsèques sous la présidence du cardinal Marc Ouellet, Archevêque de Québec et Primat du Canada.
Dans son homélie, le cardinal Ouellet a rendu un vibrant hommage à «ce pasteur zélé, cet homme de foi et de culture, ce citoyen éminent qui a dirigé l’Université Laval à un moment important de son histoire avec beaucoup de sagesse, de prudence et d’audace.» Michel Pigeon, actuel recteur de l’Université Laval a également tenu à souligner le travail exceptionnel du Cardinal Vachon en tant que dernier recteur prêtre de l’institution. Il a rappelé que c’est grâce à sa vision et à sa ténacité que l’Université Laval est devenue ce qu’elle est aujourd’hui. Pour sa part, la Lieutenant-gouverneur Lise Thibault a souligné les qualités rares de ce grand citoyen.
Plusieurs autres personnalités sont aussi venues saluer cet homme d’envergure. Parmi celles-ci, Sarah Perreault, députée de Chauveau, Raymond Bernier, député de Montmorency, Andrée Boucher, mairesse de Québec, Yvon Bussières, président du conseil municipal de Québec, Marcel Viau, doyen de la Faculté de théologie de l’Université Laval et Denise Ouellet-Grenier, de l’Ordre national du Québec.
Homélie du Cardinal Ouellet
Voici reproduite textuellement l'homélie des funérailles du Cardinal Louis-Albert Vachon, présidées par son excellence le Cardinal Marc Ouellet, Archevêque de Québec et Primat du Canada.
(Romains 14, 7-12 ; Jean 6, 51-58): «Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle; et moi, je le ressusciterai au dernier jour»
Chers amis, nous sommes rassemblés en cette cathédrale Notre-Dame de Québec pour un dernier adieu à notre frère évêque, Louis-Albert Cardinal Vachon, qui fut pasteur de l’Église catholique de Québec de 1977 à 1990 et un citoyen de premier plan. Prêtre depuis 1938, il avait d’abord exercé son ministère sacerdotal au Séminaire de Québec en qualité de professeur, Recteur du Grand Séminaire, Supérieur général et à l’Université Laval en qualité de Recteur de 1960 à 1972. Il laisse à ses proches, à la société québécoise et à l’Église, le souvenir d’un «pasteur zélé» et d’un homme de «foi et de culture» comme l’a signalé le pape Benoît XVI dans son message de condoléances.
L’Église de Québec se recueille en prière près de sa dépouille mortelle, dans l’espérance de la résurrection que nourrit la Parole de Dieu et la célébration de la Sainte Eucharistie. «Dans notre vie comme dans notre mort», écrit l’Apôtre Paul aux Romains, «nous appartenons au Seigneur». Et Jean l’évangéliste ajoute: «Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle; et moi, je le ressusciterai au dernier jour». Ces paroles de Jésus sont pour nous beaucoup plus qu’une consolation dans le deuil, elles éclairent puissamment notre marche vers la plénitude de bonheur que notre frère et bien-aimé pasteur se prépare maintenant à connaître. Que notre prière l’accompagne et le soutienne en sa rencontre définitive avec le Dieu miséricordieux de Jésus-Christ!
La société se recueille aussi pour rendre un dernier hommage à Louis-Albert Vachon, un de ses enfants prestigieux qui fut un citoyen éminent, un homme de pensée et d’action, un universitaire très estimé au pays et à l’étranger. Il a dirigé l’Université Laval à un moment important de son histoire, et avec beaucoup de sagesse, de prudence et d’audace. Dernier recteur prêtre, il a su préparer la venue du premier recteur laïc et la mise en place d’un nouveau conseil universitaire ne dépendant plus du Séminaire de Québec, cette institution qui avait fondé l’Université et l’avait dirigée durant plus d’un siècle.
Le poste de recteur de l’Université a amené Monseigneur Vachon à être présent à de nombreux congrès et événements nationaux et internationaux, à participer à la vie du monde universitaire, au Québec, au Canada et dans de nombreux pays. Son ouverture d’esprit, sa capacité d’innovation dans la fidélité à l’histoire des institutions, son attitude d’accueil de l’étranger ont souvent été soulignées. Durant ses années de rectorat, l’Université Laval a pris beaucoup d’expansion et a vu grandir son prestige au pays et dans le monde.
Ayant reconnu ses nombreux talents et ses qualités humaines, intellectuelles et spirituelles, l’Église l’a appelé à exercer le pastorat à Québec, d’abord sous la direction du Cardinal Maurice Roy comme évêque auxiliaire puis comme Archevêque métropolitain et Primat du Canada. Grand universitaire, homme fier et toujours très digne, il a été capable de se faire proche des gens de son diocèse. Les dons de cordialité, de délicatesse et le sens de l’humour qu’il avait hérité de son milieu familial l’ont bien servi en pastorale, en particulier au contact des enfants lors des célébrations de la confirmation. Unique frère de cinq sœurs très aimées qui lui témoignaient beaucoup d’affection, de même que ses neveux et nièces, on comprend que la cause de la promotion de la femme lui ait tenu à cœur et lui ait inspiré des décisions courageuses qui ont contribué au progrès social.
Comme Archevêque, il avait une prédilection pour les prêtres qu’il appelait spontanément ses amis, et il entretenait des liens fraternels avec eux et les diacres. Il savait aussi s’entourer de collaborateurs et collaboratrices religieux et laïcs qui avaient sa confiance et qui manifestaient à son égard beaucoup d’attachement et de solidarité. Sa spiritualité pastorale s’inspirait des lettres pauliniennes: «Aucun d’entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même: si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur».
Le Cardinal Vachon a aimé l’Église d’un amour sponsal, il vivait à son service avec beaucoup de générosité et d’abnégation. C’était un perfectionniste en matière de langue et d’écriture, de savoir-vivre et de bonnes manières. Son dévouement total laissait parfois percer un certain volontarisme devant les difficultés qu’il rencontrait. Un jour qu’on lui demandait s’il était heureux dans son ministère pastoral, il répondit après un brin d’hésitation: «J’ai décidé d’être heureux».
Il aimait les anges et son intérêt pour eux était bien connu puisqu’il leur avait consacré une thèse doctorale dans sa jeunesse. Ses amis ont noté qu’il est mort le 29 septembre, en la fête des Archanges Saint Michel, Gabriel et Raphaël. N’est-ce pas un clin d’œil du ciel, non dénué d’humour, à ce disciple du Docteur angélique, qui pourra maintenant écouter à loisir les louanges célestes des hiérarchies angéliques?
Nous rendons grâces à Dieu pour la longue vie de notre frère et pour ses nombreux talents qu’il a mis généreusement au service de l’Église et de la société. Ses funérailles sont pour nous l’occasion de dire merci à Dieu et de lui dire merci en priant pour son repos éternel. C’est aussi une occasion pour nous de faire le point sur les valeurs profondes de foi et de culture dont il a été un témoin privilégié. En honorant sa mémoire nous prenons conscience de ce que nous sommes, de nos racines chrétiennes et de ce que nous sommes appelés à transmettre aux nouvelles générations.
Le Cardinal Louis-Albert Vachon a marqué son époque d’une façon profonde et dans la longue durée de ses responsabilités institutionnelles. Son charisme personnel s’est exprimé surtout dans l’ordre de la gouvernance. Il a été l’homme de l’institution, au meilleur sens du terme, l’homme de l’unité de pensée et d’action dans la diversité des idées, des époques et des institutions qu’il a servies avec intelligence et passion. Il possédait un sens aigu de l’histoire et de la continuité des institutions, tout en faisant preuve de souplesse et de détermination dans l’action. C’est grâce à lui que le voyage du pape Jean-Paul II au Canada en 1984 a commencé à Québec par une évocation émouvante de l’intercession de Notre-Dame-de-Rocama¬dour en faveur des marins malades de Jacques Cartier.
Louis-Albert Vachon cultivait une tendre dévotion envers la Vierge Marie. Son hymne d’action de grâces à l’occasion de son cinquantième anniversaire de sacerdoce, au sommet de l’année mariale de 1988, en témoigne. Je retiens un passage particulièrement signifiant de cette véritable pièce d’anthologie: «Le Québec d’aujourd’hui ne serait pas ce qu’il est, sans la présence constante et affectueuse de Marie. Malgré toutes les évolutions qui l’ont marqué en profondeur, le Québec demeure encore une terre mariale. Avec nos ancêtres, avec nos compatriotes d’aujourd’hui et de demain, proclamons l’action merveilleuse de Marie. Elle continuera à nous aider à affronter courageusement les exigences du quotidien et à relever les défis de la modernité».
Profondément attaché à l’Église universelle et à l’Église particulière de Québec, le Cardinal Vachon laisse comme héritage son amour de l’Église, son exemple de pasteur zélé et d’administrateur fidèle, en noble successeur du Bienheureux François de Laval. Cardinal Louis-Albert Vachon will be remembered for his bright testimony of faith and culture, his apostolic zeal and his love for the Church. Nous en bénissons Dieu avec joie et gratitude. Nous nous engageons à faire fructifier son héritage pour la vie et le bonheur de nos enfants. Notre histoire rappelle que l’épanouissement d’une culture de la vie au Québec passe par la famille et la Sainte Eucharistie. Puissions-nous en redécouvrir le sens et la pratique régulière!
«Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle; et moi, je le ressusciterai au dernier jour». Ces paroles de Jésus préparent l’institution de l’Eucharistie qui témoigne mieux que tout autre signe de la foi de l’Église au Christ ressuscité. Notre adieu au pasteur bien-aimé demeurerait tronqué sans la célébration du mémorial de la mort et de la résurrection du Christ qui a nourri quotidiennement sa foi, son espérance et sa charité. «Par-dessus tout la charité» (Superemineat caritas) était la devise épiscopale du Cardinal Louis-Albert Vachon. Comme lui, nous sommes invités à puiser l’énergie de la charité du Christ, victorieuse du péché et de la mort, dans la Sainte Eucharistie.
«Car si le Christ a connu la mort, puis la vie», écrit encore saint Paul, «c’est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants».
Grâce à cette ultime eucharistie que nous offrons en présence de ses restes mortels, il est grandement aidé à comparaître devant le tribunal de Dieu où chacun et chacune devra «rendre compte à Dieu pour soi-même» au dernier jour. Car il est écrit: «aussi vrai que je suis vivant, dit le Seigneur, toute créature tombera à genoux devant moi et toute langue acclamera Dieu».
Cet acte d’adoration véritable du Dieu vivant, nous l’accomplissons déjà ici-bas face au Christ eucharistique, et tout spécialement par notre communion authentique à son corps et à son sang. Nous proclamons ainsi notre espérance en la victoire de son amour miséricordieux. Forts de sa promesse de vie éternelle, confions-lui sereinement notre frère Louis-Albert, qui est parvenu au terme de son pèlerinage terrestre, afin qu’il connaisse enfin la plénitude de l’Amour qui surpasse toute connaissance. Amen!