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Infrastructures et réseau routier: où est passé l'argent?

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Article mis en ligne le 6 octobre 2006 à 9:35
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Infrastructures et réseau routier: où est passé l'argent?
Trois fois passera... la dernière y restera... Cette ritournelle de notre enfance prend un air lugubre si on l'applique à notre réseau routier et plus particulièrement aux tragiques événements de Laval, la fin de semaine dernière. Je parle de tragiques événements car il est difficile de référer à un accident, le propre de celui-ci étant qu'il n'est pas prévisible.
Or, en l'espèce, l'événement était prévisible. Des témoins, résidants du secteur, assurent que le ministère des Transports avait, à plusieurs reprises depuis quelques semaines, été prévenu de l'effritement de l'ouvrage. À l'évidence, sans aucune réaction ou analyse en profondeur. Par ailleurs, depuis des années, des dizaines de spécialistes et d'ingénieurs à l'emploi de Transport Québec ou non, des groupes de pressions, des associations de responsables de grands travaux et de construction de routes ont unanimement dénoncé l'état pitoyable du réseau routier et de ses infrastructures. En vain.

Parfois, on a haussé les budgets d'entretien du réseau routier. Le ministre Després rappelait à juste titre que depuis trois ans, on a doublé les crédits consacrés à ces travaux. Les plus cyniques rétorqueront que multiplier un par deux ne change pas grand-chose au problème. Cette année, malgré tous les M$ investis dans la réfection de réseau autoroutier de la capitale, on a dû débloquer des sommes supplémentaires afin de démolir et reconstruire le viaduc Henri-Bourassa devenu chambranlant. Pourquoi avait-il échappé à la planification ministérielle alors que tous les passants remarquaient, à l'œil nu, l'état vétuste de la structure? Pourquoi doit-on refaire un viaduc construit il y a seulement deux ans sur le boulevard Duplessis?

Depuis une semaine, les médias régionaux s'en donnent à cœur joie pour découvrir les perles régionales en matière de routes, aidés en cela par des spécialistes de tous les horizons.
Bouts de chandelles
Force est de constater que des économies de bouts de chandelles ont été réalisées sur le compte des budgets consacrés à l'entretien de nos voies publiques et de l'ensemble des infrastructures depuis une trentaine d'années. Hormis un changement de vocation questionnable, c'est à un manque d'entretien chronique des infrastructures que l'on doit la fermeture du zoo, plus de 30 M$ ayant dû être détournés de leur mission de relance du site pour refaire ces équipements passés date parce qu'abandonnés à leur triste sort depuis des lustres.
Que dire des équipements municipaux. Il n'est pas rare que dans nos arrondissements, la chaussée devant un seul pâté de maisons tienne plus d'un 18 trous que d'une voie de circulation carrossable. Sans compter le réseau d'aqueduc qui laisse fuir par endroits plus de 50% de son contenu dans le sol parce que la tuyauterie est à bout d'âge depuis une vingtaine d'années. À toutes les fois où ces anomalies ont été relevées, ou bien on nie l'évidence, ou bien on jette le blâme sur quelqu’un d’autre, le gouvernement précédent étant toujours une cible de choix. Pourtant, au fil des ans, les Québécois ont vu les services gouvernementaux se dégrader. Les hôpitaux et les infrastructures scolaires sont en piteux état subissant le poids des années. Le réseau de distribution hydroélectrique a connu ses heures les plus sombres.
Et l'argent?
Si Québec sait faire, il sait aussi très bien laisser faire. Au terme de décennies d'incurie gouvernementale, on constate que les Québécois habitent l'état le plus taxé et le plus endetté en Amérique du Nord. Où est passé l'argent? Que sont devenues ces centaines de dollars que l'on puise allégrement, semaine après semaine, à même le chèque de paie de tout un chacun? En toute justice, on devra bien répondre à ces questions un jour.
L'enquête de l'ex-premier ministre Pierre-Marc Johnson devrait jeter la lumière sur l'aventure de la semaine dernière. Loin de mon esprit l'idée de rejeter la candidature de M. Johnson pour présider la commission d'enquête. Qu'il soit médecin et avocat au lieu d'être ingénieur ne change rien à l'affaire. Un oncologue n'a pas besoin de souffrir d'un cancer pour traiter la maladie. Un juge qui a pratiqué son droit en matière criminelle pourra tout aussi bien disposer d'une affaire touchant le litige commercial. Le président d'une telle enquête a l'habitude de s'entourer d'une batterie de procureurs et d'enquêteurs spécialisés qui sauront relever les anomalies, pointer des responsables et émettre les recommandations adéquates pour éviter le renouvellement d'un tel désastre. D'entrée de jeu, l'ex-premier ministre a pris soin de s'adjoindre les services des deux personnalités à compétence reconnue, dont l'ingénieur Roger Nicolet qui a fait ses preuves dans les enquêtes sur le déluge du Saguenay et sur la crise du verglas. Il a aussi eu la sagesse de se retirer, au moins temporairement, du conseil d'administration de Ciment Saint-Laurent.

Mais, un bémol subsiste du fait qu'il ait été premier ministre, pour une courte période admettons-le. Reste qu'il a participé directement à plusieurs législatures. Or, l'incident du viaduc de la Concorde, à sa face même, est probablement directement lié à un programme d'entretien inadéquat commandé par tous les gouvernements successifs, tous partis politiques confondus, depuis 30 ans, y inclus son propre gouvernement. M. Johnson risque malheureusement de faire partie du problème plus que de la solution. S'il pourra répondre au questionnement suscité par les événements de Ville de Laval, il lui sera plus difficile d'aller au fond du problème. Auquel cas nous aurions droit à un magnifique mea culpa.

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