Mange tes patates, sinon…
CHANTAGE : n.m. Acte qui consiste à extorquer ou à tenter d'extorquer à une personne des fonds, une signature, un engagement ou une renonciation, en usant de menaces de révélations diffamatoires ou d'imputations compromettantes. (Office québécois de la langue française)
Il va sans dire, ce qui s'annonçait comme une des campagnes les plus ennuyeuses de l'histoire de la ville de Québec a pris une tournure particulière, il y a une dizaine de jours à peine, avec l'annonce du maire Régis Labeaume demandant aux deux paliers de gouvernement d'investir 175 M$ chacun afin de doter la capitale d'un amphithéâtre multifonctionnel. Aguichés à grands coups de déclarations évasives et de sous-entendus, les amateurs de hockey et les médias du Québec tout entier avaient hâte de connaître les tenants et aboutissants du fameux projet. Diffusée en direct sur plusieurs chaînes nationales, l'idée a été dévoilée de long en large, ravivant la flamme chez les nostalgiques des fleurdelisés et de la bonne vieille rivalité Canadiens-Nordiques.
Dans les minutes qui ont suivi la conférence de presse, au cours de laquelle le premier magistrat de la capitale a affirmé son intention de munir la ville de Québec d'un nouvel édifice érigé au coût de 400 M$, les réactions encensant l'initiative fusèrent de toutes parts, hissant pratiquement le maire actuel au rang de demi-dieu. Mais l'histoire d'amour fut, pour plusieurs, de courte durée.
Quelques jours plus tard, voilà que Régis Labeaume estime qu'un faible taux de participation à l'élection du 1er novembre prochain, ou encore une timide majorité de sa formation politique au lendemain du scrutin, seraient autant d'arguments indiquant le désintérêt du public à l'égard du projet. Il irait même jusqu'à reléguer le tout aux oubliettes si ce qu'il considère comme des conditions gagnantes n'étaient pas réunies.
Une telle attitude amène un sérieux questionnement. Au lendemain d'une crise au cours de laquelle il a fait l'objet de critiques de la part des employés municipaux en raison d'un article paru dans un quotidien de la capitale à l'intérieur duquel il aurait été mal cité – on y mentionnait que le maire de Québec misait sur la crainte dans le but de mener à bien sa réforme administrative, voilà que celui à qui d'aucuns ont attribué le sobriquet de «petit Napoléon» y va d'un faux pas digne de la Ligue nationale en posant ses conditions à la réalisation d'un projet majeur pour la ville.
Depuis, les critiques claironnent en provenance des quatre coins de la ville, alors que plusieurs intervenants qualifient les exigences du maire de «chantage» et d'«enfantillage». Certains vont même jusqu'à estimer que Régis Labeaume prend les citoyens en otages. L'expression est peut-être un peu forte, mais pas totalement injustifiée.
À part avec les enfants, la règle du «Si tu ne manges pas tes patates, tu n'auras pas de dessert» ne s'applique pas. Surtout lorsqu'il est question de la santé économique d'une ville et du sentiment de fierté de sa population. Car au bout du compte, c'est cette même population qui tient entre ses mains le destin de celui ou celle qui tiendra, au lendemain du 1er novembre, les rênes de la municipalité.