Québec veut un amphithéâtre de 400 M$
«Notre tour est venu» – Régis Labeaume
L'heure était venue ce matin pour le maire de Québec, Régis Labeaume, de mettre fin aux spéculations et de dévoiler les grandes lignes de son fameux «grand projet» pour la capitale : un amphithéâtre pour que la ville fasse «partie des circuits culturels internationaux». L’aréna n’est pas tributaire du hockey, a martelé le maire. En fait, sans amphithéâtre, pas de hockey; avec un amphithéâtre… peut-être.
Devant les membres des médias venus des quatre coins de la province, le premier magistrat de la capitale a dévoilé son intention de doter la ville de Québec d'un nouvel amphithéâtre multifonctionnel de 400 M$. Un amphithéâtre qui ne comprend pas d’anneau de glace.
Pour financer le projet, le maire a annoncé que Québec investira 50 M$ de la facture totale, et demande aux gouvernements fédéral et provincial des contributions de 175 M$ chacun, en soulignant que les retours sur leur investissement seraient importants. De toute façon, «ils ont annoncé des milliards pour les infrastructures… Si les investissements ne viennent pas à Québec, il iront ailleurs.»
Régis Labeaume a énuméré quelques grands investissements du fédéral (Olympiques de Vancouver – 1,23 G$; Jeux panaméricains de Toronto – 500 M$) et du provincial (Salle de spectacles de l’OSM – 300 M$; le Quartier des spectacles de Montréal – 150 M$). «Notre tour est venu», tire comme conclusion Régis Labeaume.
L'étude de coûts, réalisée par la firme SNC Lavalin, s'inspire du projet du groupe J'ai ma place, lequel prévoyait la construction d'un bâtiment de 18 000 sièges. Selon cette même étude, il en coûterait deux fois moins cher d'entretenir un nouvel édifice plutôt que le Colisée actuel. Le maire a d’ailleurs encouragé Mario Bédard et J'ai ma place à continuer de travailler, puisque ça «envoi des signaux» et «ça met de la pression» sur les deux gouvernements.
«Nous ne quêtons pas. Nous souhaitons plutôt faire des affaires avec les paliers de gouvernement», a expliqué le maire Labeaume. «Il faut qu’on s’assoit et qu’on tricote l’affaire.»
D'ajouter ce dernier, c'est seulement au moment où la ville disposera de cet équipement qu'elle pourra rêver au retour d'une équipe de la Ligue nationale de hockey à Québec – voire d'une candidature olympique. «Une ville nordique moderne doit avoir un amphithéâtre moderne... Le Colisée actuel est un équipement d’une autre époque. Il réduit nos ambitions.»
Toutefois, Régis Labeaume a précisé que la priorité n'est pas un éventuel retour de la LNH, mais plutôt d'offrir à la population de tout l'est du pays un amphithéâtre multifonctionnel pouvant accueillir des événements sportifs majeurs, des spectacles de calibre international et des événements importants. «La Ville ne peut et ne doit pas s’impliquer dans l’acquisition d’une équipe de hockey», a souligné le maire.
Et la construction pourrait commencer très tôt. Aussitôt qu’au début 2010. Les coûts de construction ont d’ailleurs été évalués en tenant compte d’un échéancier 2010 à 2012. Attendre à plus tard ne ferait que gonfler la facture, souligne le maire Labeaume.
Ce dernier croit qu’un nouvel amphithéâtre pourrait être occupé de 225 à 250 jours/année, comparativement à 158 jours/année pour l’actuel Colisée Pepsi.
Régis Labeaume a aussi tenu à ajouter que les contribuables de la capitale ne subiront pas de hausse de taxes attribuable à ce nouvel équipement. En fait, comme l’an passé, le compte de taxes devrait suivre l’inflation. Il demande toutefois aux citoyens s’ils sont d’accord avec le projet.
Pour financer le projet, quelques hypothèse ont été soulevées : une loterie – comme on l’a vu en Alberta avec les Flames et les Oilers; la redistribution de ce qui était versé par le gouvernement du Québec à l’industrie des chevaux, industrie qui s’est éteinte cette semaine; une taxe pour les utilisateurs de l’amphithéâtre; la vente du nom de l’amphithéâtre à un partenaire privé comme c’est le cas pour Bell à Montréal, etc.
Pour Marcel Aubut, bras droit de Labeaume dans les discussions avec la Ligue nationale de hockey, il est temps de répondre à la question qu’on se pose depuis 15 ans à savoir si nous avons besoin ou non d’un nouvel amphithéâtre. Celui qui voyage beaucoup en tant que président du Comité olympique canadien croit que Québec a «vraiment un retard incroyable à rattraper». Il a ajouté que sans la possibilité d’attirer de grands spectacles les Québécois devenaient «des citoyens de deuxième classe», propos que le maire n’a pas voulu appuyer. Marcel Aubut a indiqué ne pas avoir «les poches assez profondes» pour acheter une concession de la ligue nationale.
M. Aubut a précisé qu’il avait lui-même pris les arrangements avec la LNH pour la rencontre de vendredi dernier, sans savoir ou planifier que le rendez-vous tomberait en plein campagne électorale. Régis Labeaume a ajouté que «la pire affaire, c’aurait été de ne pas parler de ce projet, se faire élire et d’en parler après».
Ainsi, avant tout investissement privé, ce sont les instances publiques qui devront répondre à l’appel lancé par le maire. Ce dernier a indiqué que, du point de vue de potentiels investisseurs privés, «des gens me parlent : y’en a des sérieux, d’autres moins sérieux.» Le maire a dit parlé régulièrement à Pierre Karl Péladeau. Toutefois, «dans le milieu des affaires, on se tait tant que ce n’est pas fait», de laisser planer le premier magistrat de Québec.
*Avec la collaboration de Frédérick Masson
Rémi Gosselin
Commentaire mis en ligne le 16 octobre 2009Je crois que Monsieur Labeaume désire simplement s'assurer de votes pour son poste de maire. Personnellement, je ne vois pas pourquoi des deniers publics devraient être investis dans un bâtiment qui servira à faire jouer des millionnaires capricieux et à remplir les poches du privé. Le privé pourrais se construire un centre sportif s'il en a besoin pour faire jouer ses millionnaires. Monsieur Aubut a rempli ses poches lors de la vente des Nordiques; il devrait les réinvestir.