Hervé Lapointe, de la firme Gestion R.V.L., se donne trois ans pour tester la rentabilité des casse-croûte qu'il exploite dans les arénas de Québec qui se sont pliés à la nouvelle politique santé, mise en place l'an dernier. «Après ce délai, je vais mettre la clé dans la porte si ce n'est pas rentable.» (Photos Véronique Demers)
La fin des casse-croûte dans les arénas?
La nouvelle politique santé repousse les fournisseurs
Les services alimentaires semblent fuir carrément les occasions d'affaires pour opérer un casse-croûte dans un aréna. La nouvelle politique santé instaurée en juillet 2008 dans les arrondissements de Charlesbourg, Beauport, Sainte-Foy/Sillery et la Haute-Saint-Charles ne risque pas de gagner à un concours de popularité.
Dans le cadre d'un récent appel d'offres déposé pour l'exploitation d'un casse-croûte à l'aréna Bardy, dans l'arrondissement de Limoilou, seul un fournisseur sur cinq a accepté le contrat, soit Hervé Lapointe de Gestion R.V.L.
Depuis le 1er octobre et jusqu'au 30 juin 2011, incluant un an d'option, soit du 1er juillet 2011 au 30 juin 2012, la firme R.V.L. exploitera ledit casse-croûte.
Ainsi, les fritures et articles à base de sucre ont été bannis pour faire place aux slushs version santé, chocolat noir, pommes de terre cuites au four et jujubes santé.
«J'ai perdu 25% de mes ventes dans les sept concessions santé que j'opère à Québec par rapport à l'année précédant la mise en place de la politique santé. Mais les loyers ont aussi beaucoup baissé», fait-il remarquer.
Une des conséquences directes découlant de cette perte de revenus: M. Lapointe a dû se limiter dans son soutien financier auprès d'associations sportives. «Je commandite une trentaine d'organismes au niveau du hockey et des tournois aussi, mais il a fallu que je fasse des choix, en sachant pas où je m'en allais», informe-t-il.
M. Lapointe ajoute que ses employés ont éprouvé quelques problèmes auprès des clients. «L'an dernier, c'était le bordel. Les gens s'en allaient frustrés et revenaient avec du McDo. Maintenant, les gens savent à quoi s'attendre», commente le gestionnaire de 36 casse-croûte, principalement dans les arénas à Québec, Montréal et la Rive-Sud de Montréal.
Autres fournisseurs
Québec Hebdo a joint les fournisseurs approchés par l'arrondissement de Limoilou pour l'appel d'offres concernant le casse-croûte à l'aréna Bardy. Parmi les raisons évoquées chez les quatre fournisseurs n'ayant pas répondu à l'appel d'offres, la nouvelle politique santé revient unanimement.
Au siège social du groupe Compass, à Montréal, Loïc Ollivier, directeur régional des ventes, a mentionné qu'après analyse du projet, «ce n'était pas un marché qu'on voulait poursuivre», a-t-il dit. «Il y avait des risques financiers. En fin de compte, ça ne pouvait être rentable. On opère juste un aréna, c'est le Centre Bell», explique M. Ollivier.
Le fournisseur Monroy inc., spécialisé dans la fabrication de slushs, semble peu ou pas affecté par la nouvelle situation, principalement en raison de la diversité des lieux où il tient ses activités.
«On offre nos produits dans les dépanneurs et les écoles, en plus des casse-croûte», soutient Josée Lavoie, adjointe administrative au sein de l'entreprise.
«On fait aussi affaire avec un aréna où l'on propose une version santé faite de concentré de jus de pommes», ajoute-t-elle.
Aux Glissades de la terrasse, il a été impossible de contacter le fournisseur. Quant au Buffet St-Émile, Dave Dombrowski n'a pas retourné nos appels, mais le document de l'arrondissement de Limoilou mentionne qu'il s'est abstenu principalement en raison de la nouvelle politique santé.
Location à la baisse
Dans les arrondissements où les casse-croûte offrent un menu santé, la différence est marquée entre les revenus provenant de la location de locaux avant et après la mise en place de la politique.
À titre d'exemple, l'aréna Réjean-Lemelin et l'Arpidrome dans l'arrondissement de Charlesbourg rapportaient 53 000$ en 2007-2008. Une fois la malbouffe retirée de ces centres sportifs, les revenus de location en 2008-2009 ont baissé à 12 000$. Mais ceux-ci remontent à 18 000$ pour 2009-2010.
Les sommes estimées pour 2010-2011 sont de 42 555$.
Quant à Hervé Lapointe, il dit avoir bon espoir d'augmenter ses revenus. «J'espère augmenter mes ventes de 5% à 8%. Mais si ça ne marche pas d'ici trois ans, je vais devoir mettre la clé dans la porte», conclut-il.
Fernand Trudel
Commentaire mis en ligne le 20 octobre 2009C'est une perte de revenus d'un demi million par année pour la ville pour faire "politicly correct" dans l'opinion publique.
Avec c'àet argent on en entretien et déneige des trottoirs...