Lutte contre la pauvreté : pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple?
Les Nations Unies se sont fixé comme objectif essentiel de réduire de moitié, d’ici 2015, la proportion de la population mondiale vivant dans l’extrême pauvreté, c’est-à-dire, pour reprendre le langage consacré, celle détenant moins d’US $1 par jour. Cet objectif, d’une importance cruciale, proclamé urbi et orbi, a suscité une prise de conscience de plus en plus accrue, à l’échelle mondiale, sur les véritables enjeux de la lutte contre la pauvreté et, plus particulièrement des ressources de tous ordres à mobiliser pour honorer les engagements pris. C’est ainsi que stratégies, plans, programmes, bref des initiatives de toute sorte et presqu’à tous les niveaux, se sont multipliés ces dernières années afin qu’à défaut d’atteindre entièrement cet objectif, que des résultats concrets et des progrès significatifs soient au moins réalisés sur le terrain, notamment dans les régions du monde les plus défavorisées.
Sans nier les efforts déployés par la communauté internationale, à travers particulièrement les initiatives à la base impulsées par les ONG et les communautés locales, il convient, tout de même, de se demander si cet objectif sera réellement atteint. Une position plus catégorique consisterait à répondre sans complaisance par la négative, soutenant l’idée que la lutte contre la pauvreté ou l’éradication de la pauvreté n’est rien d’autre qu’un mythe, une fiction. Cependant, nous demeurons convaincu qu’il est possible de réduire sensiblement la pauvreté, à défaut de l’éradiquer tout bonnement. Bien qu’il manque fondamentalement de la volonté politique, des initiatives comme liées au micro-crédit, sont entrain de démontrer que le combat n’est pas encore perdu et qu’on peut faire simple pour contribuer à la lutte contre la pauvreté.
Le micro-crédit constitue ainsi ce qu’on pourrait appeler une «révolution aux pieds nus». A la périphérie du système de financement traditionnel, il y a quelques années auparavant, il est en passe de devenir aujourd’hui une «mainstream». Le premier sommet consacré au micro-crédit s’est tenu, à Washington, du 02 au 09 février 1997 et réunissait plus de 2 900 personnes provenant de 137 pays. Durant cette rencontre, une campagne s’étalant sur 09 ans a été lancée, avec comme but d’atteindre, grâce à l’octroi de petits crédits pour l’auto-emploi et d’autres services financiers, 100 millions de familles parmi les plus pauvres au monde, plus particulièrement les femmes. Cet objectif a été presque atteint puisqu’en novembre 2006, une nouvelle campagne a été lancée avec deux nouveaux objectifs, à l’horizon 2015. Ces deux nouveaux objectifs ont été arrimés aux Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Le premier vise à s’assurer que 175 millions de familles parmi les plus pauvres accèdent au micro-crédit et autres services financiers d’ici 2015. Le deuxième objectif est de faire en sorte que 100 millions de familles franchissent le seuil d’US $1 par jour, permettant à un demi-milliard de personnes de sortir de la pauvreté.
L’efficacité de micro-crédit réside dans sa simplicité et son accessibilité. Le principe consiste à prêter de petites sommes, avec des intérêts raisonnables, à des personnes exclues du système financier classique, pour démarrer des activités qu’elles auront elles mêmes, sinon avec l’appui d’ONG, conçues, exécutées voire évaluées. Sorti de la logique capitaliste à outrance, peu soumis sinon échappant totalement aux tendances macro-économiques et à la vision court-termiste des indices boursiers, ce système constitue un véritable instrument de lutte contre la pauvreté, en promouvant un développement à la base. L’autre caractéristique de ce système de micro-crédit est qu’il cadre parfaitement avec les réalités des populations démunies de certaines régions défavorisées dans le monde, du fait de son fonctionnement presque informel, répondant aux exigences de solidarité, aux logiques de don et contre don, de souplesse, bref, c’est un phénomène social total au sens de Marcel Mauss. Au-delà de sa fonction économique manifeste, le micro-crédit contribue ou peut contribuer largement à relever les défis auxquels les populations de base sont confrontées dans d’autres secteurs comme l’éducation, la santé et même l’environnement.
C’est conscient du rôle crucial du micro-crédit dans la lutte contre la pauvreté que le Président Barack Obama a tenu distinguer, à travers la «Medal of Change», 16 «agents de changements» américains et internationaux, dont Mohammad Yunus, le chantre du micro-crédit.
La lutte contre la pauvreté ou l’éradication de l’extrême pauvreté ne peut se réaliser sans des initiatives à la base comme celles liées au micro-crédit. Si les choix macro-économiques peuvent jouer un rôle important, ils ont déjà montré leurs limites en privilégiant un système par trop enclin au profit, à l’exclusion, à l’accaparement. Cependant, loin de nous l’idée d’idéaliser le micro-crédit qui a aussi ses limites ou de simplifier voire banaliser la pauvreté.
Nous pensons seulement que les moyens de lutte contre la pauvreté existent, qu’ils sont simples et peuvent être à la portée de tous mais, qu’à bien des égards et pour bien des raisons, nous les rendons compliqués ou les écartons tout bonnement au profit d’autres moyens pas toujours orthodoxes.
Essaimer et faire essaimer le micro-crédit est une solution et une solution simple à la lutte contre la pauvreté. Pourquoi alors faire compliqué?
Dominique Diouf, Québec