Zap-X
Une révolution pas tranquille
Benoit Charette
Je n’ai pas vécu la révolution tranquille, enfin, si mais j’étais trop jeune . Mais on m’a raconté comment le monde avait changé, que le Québec n’est plus le même, maîtres chez-nous et maître de son destin, les mouvements indépendantistes qui ont pris forme. Bref, le Québec est passé à travers de difficiles épreuves pour sortir la tête pleine d’idée et une nouvelle assurance en ses moyens et son avenir. C’est un peu, beaucoup ce qui vit le monde automobile en ce moment
L'année 2009 restera celle où l'on a pris conscience de la révolution qui frappe l'automobile dans le monde. Symboles de cette révolution : la faillite de deux des plus grands constructeurs américains, Chrysler et ¯ surtout ¯ General Motors. La Chine et ses chinois que l’on achetait pour 10 sous quand j’étais petit est devenue le premier marché de l'automobile de la planète. Il est vrai que le pays est 4 fois plus peuplé que les Etats-Unis. Nous avons aussi vécu l'effondrement des immatriculations de voitures neuves dans tout l'Occident et au Japon ; les licenciements massifs chez les constructeurs automobiles partout sur la planète sans oublier leurs sous-traitants. Partout des primes à la casse pour soutenir le marché, sauf chez-nous comme d’habitude et des taxes pour décourager les voitures « sales ».
Vivons-nous la fin d'un règne, celui de la voiture, symbole de la mécanisation, de l'autonomie et de la liberté individuelle ? Probablement pas. Mais nous vivons une mutation qui n'a pas fini de faire sentir ses effets. Chez nous, la « civilisation » de l'automobile atteint ses limites, avec une voiture pour deux habitants dans les pays les plus avancés. Avec, d'autre part, la prise de conscience des limites naturelles à la boulimie de voitures : insuffisance des ressources en pétrole et excès de gaz à effet de serre dans l'atmosphère.
Pour autant, il est totalement exclu que les populations des pays émergents se détournent de la consommation de voitures. Un pays comme la Chine interdisait la possession d’une voiture dans les années 70. Seules les administrations et les entreprises publiques pouvaient en posséder. La révolution du « socialisme de marché », proclamée par Deng Xiaoping dans les années 1980, a eu précisément pour objet de mettre fin à cette situation. C’est vous dire à quel point l’automobile est un puissant symbole de liberté et ce n’est pas prêt de changer
Il y a aujourd'hui, dans le monde entier, 650 millions de voitures en circulation ; on a calculé que, sur la base actuelle, la Chine à elle seule en comptera 500 millions vers 2050. Au niveau mondial, cela signifie qu'on recensera, alors, entre 1,5 et 2 milliards de voitures en circulation pour une population totale de 8 à 9 milliards d'être humains.
Une nouvelle « civilisation »
Pour que notre planète supporte une telle explosion, il faudra faire évoluer le moteur, sinon les prix des carburants deviendront insupportables et la saturation de l'air intolérable. Ce n'est pas par hasard que les voitures japonaises ont été les premières à expérimenter les moteurs « hybrides » à base d'essence et d'électricité. Le Japon est en effet la région du monde où il y a la plus forte concentration d'industries sur un petit territoire. L'Europe lui ressemble de ce point de vue et elle va donc lui emboîter le pas dans la même direction. Le gouvernement Obama a entrepris de combler le retard des États-Unis et la faillite de General Motors lui sert de tremplin pour cette révolution de la mentalité automobile aux Etats-Unis.
Une nouvelle géographie de l'automobile s'esquisse sous nos yeux. Explosion de la demande de voitures bon marché dans les pays émergents, avec en tête la Tata Nano qui trouvera sur son chemin plusieurs compétiteurs dans peu de temps. Mutation technologique des véhicules ailleurs dans le monde, même si le moteur à explosion ne disparaîtra pas car on peut encore faire des économies de carburant, ne serait-ce qu'en limitant partout la vitesse. Avec des modes de consommation nouveaux, par exemple des locations de voitures en fonction de l'usage qu'on en fait.
Les constructeurs seront contraints de s'adapter. Ils emploieront moins de main-d'oeuvre chez nous. Mais ils ne disparaîtront pas. Une « civilisation » de la voiture s'estompe. Une autre va naître.
Je trouvais intéressant de s’arrêter un moment et de réaliser que nous sommes à la croisée des chemins entre l’automobile d’hier et celle de demain.
Benoit Charette est co-propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2010. Il anime également l’émission En Voiture tous les Samedis à onze heures sur les ondes du 98,5 FM de Montréal et le réseau Corus Québec ou via internet au
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