Patrimoine bâti : tout ne peut être sauvegardé
En matière de patrimoine bâti, il s'avère bien difficile de tracer une ligne directrice immuable entre ce qui mérite d'être sauvegardé et ce qui peut être détruit. Encore récemment, des défenseurs du bien public sont montés aux barricades pour sauver un établissement religieux que des promoteurs immobiliers veulent remplacer par un édifice neuf en copropriétés. À la base, avant de se prononcer et de prendre parti, il demeure toujours prudent d'obtenir un maximum d'information provenant des divers horizons concernés pour se faire une opinion qui soit éclairée.
Dans le cas de la chapelle des Franciscains, actuellement en démolition sur la Grande Allée à Québec, la coalition de défense du patrimoine Héritage Québec semble s'être empressée de faire passer le promoteur pour un vilain destructeur de vestiges insensible et mercantile. Or, si les bâtiments en question affichent un certain cachet extérieur, l'organisme s'est bien gardé de préciser que plusieurs éléments se trouvaient en si piteux état qu'ils devenaient dangereux. Pas un mot non plus sur le fait que le site, bien que stratégique au coeur de la Haute-Ville, n'a pas retenu l'attention des autorités puisque ni le ministère de la Culture ni même la Ville ne l'ont classé parmi les monuments à protéger.
Par ailleurs, en fouillant un peu, on apprenait récemment que le promoteur n'a jamais eu l'intention de tout raser sans rien conserver. Selon l'architecte responsable du projet, le monastère sera restauré et l'apparence de sa structure extérieure sera préservée. Cette intention figurait déjà, il y a plus d'un an, dans les plans soumis à la Ville de Québec pour l'obtention des permis requis. On se dit même entiché par la richesse que cela apportera au projet immobilier de 232 copropriétés. De plus, le dôme sera récupéré par un artiste local et les arbres seront tous préservés pour être intégrés à un aménagement paysager plus élaboré. On aurait aimé pouvoir en faire davantage, mais les autres éléments inhabités et abandonnés sans chauffage ni entretien depuis des années étaient dans un état trop lamentable.
Bref, contrairement à l'image véhiculée par le groupe de pression dans les médias, le promoteur fait des efforts louables pour conserver ce qui mérite de l'être. Pour ce qui est du reste, il faut savoir relativiser et admettre que tout ne peut pas et ne doit pas nécessairement être sauvé. Certes, il faut faire le maximum pour protéger les icônes architecturales de notre passé. Néanmoins, cela ne doit pas se réaliser au détriment de la sécurité et de la créativité des générations futures. Après tout, les éléments du patrimoine bâtis hier ont sans doute eux aussi pris la place de bâtiments anciens les ayant précédés dans l'histoire.
Dans un débat aussi émotif et subjectif, on ne peut considérer le seul critère de l'âge pour évaluer la qualité d'un édifice et son intérêt pour la communauté. Auquel cas, on se condamne à injecter des sommes faramineuses pour rapiécer des immeubles vétustes, en plus d'éliminer toute mixité architecturale dans la cité. Les époques se succéderont alors vers la banlieue, à l'image des cercles de vie d'un tronc d'arbre, au risque de créer des ghettos et de voir le centre-ville dépérir en raison de l'abondance de bâtiments vieillissants et trop coûteux à entretenir…