«Si notre patrimoine fondateur est éparpillé, il ne restera bientôt plus rien de l’histoire des Augustines» – soeur Lise Tanguay. - (Photos Luc Fournier)
«Pour que l’histoire continue de parler»
Les Augustines regroupent leur patrimoine fondateur dans un seul musée
La congrégation des Augustines est en péril. Âgées en moyenne de 80 ans, les religieuses sont de moins en moins nombreuses. Elles seront environ 175 à la fin de cette année. Elles étaient plus de 700 dans les années 1960. C’est ainsi qu’elles ont décidé de rassembler biens et savoir en un musée, afin que leur collection d’objets – voire de trésors – continue de témoigner des débuts de la Nouvelle-France.
«Si notre patrimoine fondateur est éparpillé, il ne restera bientôt plus rien de l’histoire des Augustines», lance, convaincue, soeur Lise Tanguay, répondante pour la communauté des Augustines de Québec.
En ce moment, les objets anciens – qui datent pour certains de l’époque de Champlain – sont dispersés dans les six monastères encore occupés par les Augustines. Il s'agit de ceux de l’Hôpital général fondé en 1671, l’Hôtel-Dieu du Sacré-Coeur, ainsi que l’Hotel-Dieu de Québec, où le musée sera installé. Les Augustines sont aussi présentes à trois autres endroits au Saguenay. À une certaine époque, il y avait 12 monastères augustiniens.
Cela fait déjà 20 ans que les religieuses s’interrogent sur la pérennité de leur patrimoine. «On s’est vraiment pris en mains pour transmettre cet héritage-là. On s’organise avant de partir pour que l’histoire continue de parler. On le fait lucidement et courageusement», soutient soeur Tanguay. Ainsi, la coordination du musée se fera par une seule équipe. Les Augustines peinaient à faire fonctionner chacun des musées installés dans les monastères restants.
La décision devait être prise maintenant, pendant qu’elles sont encore capables de le faire. Dans sept ou huit ans, elles n’auraient pu mettre en oeuvre le projet, selon Denis Robitaille, chargé de projet pour le «Lieu de la mémoire habitée».
Dans les monastères qui seront départis de leur petit musée, ce n’est pas sans un pincement au coeur que le transfert s'effectuera. «On va le faire parce qu’on n’a pas le choix», indique de son côté la soeur supérieure des Augustines de l’Hôpital général, Aline Plante. «On aimerait garder ça, mais on n’est pas contre la centralisation. On n’a pas le choix», se résigne-t-elle.
Pour l’historien Jacques Lacoursière, «il y a des collections qui sont menacées [à l’Hôpital général]. Sauf que le fait que les objets quittent les lieux, c’est là l’erreur… L’important, c’est de préserver sur les lieux, si possible. Sinon, il faut regrouper», conclut-il. Dans ce cas-ci, vu l’effritement de la congrégation, les religieuses n’ont d’autres choix que de rassembler ces biens, quitte à les «désincarner», comme dirait ce dernier, en les sortant de leurs lieux d'origine.
Retour dans le temps
C’est un véritable voyage dans le passé qui attendra les visiteurs du Monastère des Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec, un musée qu’on appellera plutôt un «Lieu de mémoire habité». À travers des passages où les planches craquent sous les pieds, des tableaux anciens datant parfois de la Révolution française, une salle de médecine équipée d’outils d’autrefois, un coffre-fort amené par bateau au 17e siècle et de la poterie de Cap-Rouge, qu’on distingue par sa couleur… rouge.
Plus bas, à la cave, des boulets de canons anglais sont empilés par ci, juste à côté d’une salle où l’on a, pendant la Deuxième Guerre mondiale, caché le trésor monarchique polonais loin des nazis. À cette époque, seules la GRC et la soeur supérieure connaissaient l’existence de ce trésor en ce lieu.
Pour l’instant, on est à photographier, dater et emballer une cinquantaine de milliers d’objets qui seront entreposés le temps des travaux. C’est ainsi que ce que considère Denis Robitaille comme étant «l’un des plus importants projets culturels au Canada» est déjà bien en branle. Un défi qui semble d’ailleurs inspirer d’autres communautés religieuses qui se sont intéressées au projet des Augustines.
Lieu de mémoire… habité
Les Augustines, étroitement liées à l’histoire de la médecine à Québec (l’Université Laval ayant ouvert sa faculté de médecine en collaboration avec elles, autour de 1853) désirent continuer dans cette tradition en ouvrant aux aidants naturels leurs chambres inoccupées. «C’est très important que ce monastère demeure un lieu de vie, d’hospitalité», espère soeur Tanguay.
Les chambres serviront aussi aux gens qui veulent prendre un temps d’arrêt dans un monastère, une expérience spirituelle hors du commun. Exit l’internet et l’écran plasma, l’endroit d’une tranquillité absolue ne se convertira pas en hôtel, et gardera son charme, avec ses escaliers penchants et ses portes trop petites. De cette façon, avec ce que soeur Tanguay appelle l’«hôtellerie monastique», le projet de musée s’autofinancera, croit-elle.
Évidemment, des travaux de restauration et de mise aux normes devront être faits, principalement pour ce qui est du système de gicleurs. Car présentement, s’il y a un feu dans la partie du monastère qui date de 1695, l’endroit pourrait être lourdement endommagé voire rasé.
Les trois paliers de gouvernement devraient aider à la transformation sommaire de ce lieu de culte. Le gouvernement du Québec a déjà avancé 15 M$ et la Ville de Québec, 4 M$. On attend toujours de savoir dans quelle mesure s’impliquera Patrimoine Canada. C’est d’ailleurs ce qui empêche les Augustines d’aller de l’avant avec leur projet qui prendra trois ans à concrétiser.