Tentative de sauvetage des PPP
La pdg de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Françoise Bertrand, s’est fixé comme objectif de sauver les PPP. Ainsi dans un récent article, elle affirme vouloir en «débattre publiquement et rationnellement».
Allons-y pour l’aspect rationnel. Elle déploie, à cette fin, l’argument qui consiste à évoquer les risques de dérapage propres au mode conventionnel de réalisation des projets. C’est l’argumentaire ministériel québécois servi depuis 2005. Il est basé sur le sophisme suivant : il y a eu des dérapages dans certains projets au Québec, or ces projets ont été réalisés en mode conventionnel, donc le mode conventionnel favorise les dérapages. L’aspect simpliste d’une telle affirmation répugne à l’esprit et l’argument doit être rejeté tant que les promoteurs du PPPisme n’auront pas fait une démonstration rationnelle de la supériorité du mode PPP au regard de la prévention des dérapages.
Pour appuyer son argument madame Bertrand cite deux cas, le métro de Laval et l’îlot Voyageur, qui ont été l’occasion de dérapages. A contrario, on peut citer au moins deux cas, Expo 67 et le Pont-tunnel Louis-Hippolyte-Lafontaine, qui ont été réalisés à l’intérieur de l’échéancier et du budget, donc sans dérapage, et en mode conventionnel. Bien plus, ces deux projets comportaient une complexité autrement plus importante que les 16 projets soumis à l’attention de l’Agence des PPP. Apporter de tels exemples permet simplement de constater que l’introduction de cas d’espèces dans le débat n’en favorise nullement la rationalité.
Pour en arriver à un vrai débat rationnel il aurait fallu que l’État québécois, lorsqu’il a mis le cap sur les PPP, puisse démontrer clairement le bien-fondé de sa décision. Or c’est exactement le contraire qui a été fait et cela est normal étant donné que le PPPisme ne peut exister sans opacité. En effet c’est une question d’affaire pour des investisseurs qui n’ont pas à rendre compte au public des conditions financières qui prévalent dans leur marché.
On se rend compte alors que les financiers sont en position de faire leur profit de l’argent public, ce qui revient à dire en abuser peut-être. C’est ce qui a amené le professeur Elliot Sclar, spécialiste du développement des infrastructures à l’Université Columbia de New York (Le Devoir, 25 mars 2009), à prédire que les PPP seront la «prochaine génération du scandale des prêts hypothécaires». À titre de pdg d’un organisme canadien important, Mme Bertrand serait sans doute bien reçue par ce dernier si elle croyait utile d’aller «débattre rationnellement» avec lui du mode PPP.
Jean-Marie Desgagné, ing. Québec