Léo Berber et Benoit Poulin. (Photo Thaïs Martel)
Art shona et lutte contre la malaria
La Galerie Muvezi allie œuvre d’art et action humanitaire
Des sculptures d’éléphant et de rhinocéros en cobalt côtoient les bustes de pierre du printemps de deux sœurs enlacées ou de mystérieux visages d’opale fortement inspirés du cubisme. Et pourtant, ce n’est pas ce qui surprend le plus à la Galerie Muvezi de la rue Saint-Paul. Le plus déroutant, c’est que ces sculptures d’art shona proviennent directement du Zimbabwe et que 20 % du montant récolté par la vente de ces œuvres d’art africaines est utilisé pour fournir aux Africains des médicaments afin de traiter et enrayer la malaria grâce à la Fondation Muvezi.
La Fondation Muvezi, c’est l’idée d’un médecin canadien, Brian Carpenter. En 2006, il visite Harare, la capitale du Zimbabwe. Il y découvre une industrie artistique mal en point dans un pays ravagé pas la violence et les réformes d’un régime autoritariste. Pourtant, les sculpteurs de l’ethnie Shona, qui compose presque les trois quarts de la population du Zimbabwe, avaient su allier tradition et influence occidentale pour faire le succès de leur art, allant même jusqu’à influencer le mouvement cubiste. Avec deux associés, Doug Dicker, un Australien qui habite le Zimbabwe, et son ami Greg Pendura, Carpenter met sur pied sa fondation qui facilite la vente des sculptures à l’étranger tout en récoltant des fonds pour lutter contre la malaria.
La Galerie Muvezi de la rue Saint-Paul – il en existe une autre à Los Cabos au Mexique – c’était pour Benoit Poulin et son associé Léo Berber une façon de joindre une bonne cause tout en faisant découvrir les beautés de l’art shona. Le principe est simple : Doug Dickner visite les sculpteurs, prend les œuvres en photos avant d’afficher ces dernières sur Internet. Le propriétaire de la galerie choisit les œuvres qui lui plaisent et Dickner les achète et les envoie par bateau. «C’est Noël chaque fois qu’on ouvre une boite, chaque pierre est un véritable trésor», s’émerveille Léo Berber.
Véritables symboles de la culture, de l’âme et de l’esprit africains, les sculptures de la Galerie Muvezi sont regroupées en trois volets : semi-abstrait qui représente l’aspect social, les relations entre les clans ou les tribus, faune animale ainsi que bustes et portraits. Elles sont faites de pierres très dures comme la pierre du printemps, l’opale, la serpentine, la verdite ou le cobalt.
Mais surtout, c’est leur technique bien différente de celle des Occidentaux qui inspire Benoit Poulin et Léo Berber. «Les Shonas considèrent que la sculpture fait partie de la pierre et que c’est à eux d’aller chercher les veines et les couleurs», explique M. Berber. Contrairement aux artistes occidentaux, les sculpteurs zimbabwéens attaquent la roche directement à la main, sans étude préalable et souvent sans croquis, sinon sur la pierre elle-même.
Ouverte seulement depuis le printemps dernier, la galerie a été très bien reçue par les gens de Québec et par les touristes selon M. Berber. «Les gens arrivent dans la boutique et peuvent toucher les pierres. Ils les voient telles qu’elles sont, vivantes, uniques, un matériau qui se transforme et qui se bonifie, et ils aiment ça!», raconte Léo Berber.
Le plus beau compliment qu’ont reçu messieurs Poulin et Berber reste celui de clients qui avaient visité l’Afrique du Sud et le Zimbabwe. «Ils nous ont dit que nous avions une très belle variété de choix et de couleur. Une dame a même dit qu’elle n’avait pas trouvé d’aussi belles sculptures en Afrique», termine M. Berber.