La librairie est en tournée en France depuis deux ans.
La librairie, de Québec à Tokyo
Le Théâtre du Gros Mécano prolonge ses spectacles en se tournant vers l’international
Le Théâtre du Gros Mécano (TGM) s’en va au Japon. La compagnie de Québec coproduit avec Basta, un producteur de Tokyo, une version japonaise de la pièce La librairie de Marie-Josée Bastien. Bukkuchoppu, qui sera à l’affiche au Théâtre Sun-Mall Shinjuku, à Tokyo du 18 au 27 septembre 2009, représente à la fois pour la compagnie un défi de taille et une merveilleuse façon de prolonger la vie d’une œuvre tout en créant de l’emploi.
«Au Québec, en saison, on joue une pièce une vingtaine de fois et ensuite on en entend plus parler. Ce qui est intéressant dans les tournées à l’international c’est que le spectacle est joué longtemps. Une vitrine comme le Japon prolonge la vie d’un show, rapporte à un auteur et à une compagnie et donne du travail à des gens de Québec. C’est un projet vraiment l’fun!», explique Carol Cassistat, le directeur artistique du TGM.
À la fois artistes et entrepreneurs, les artisans du TGM travaillent depuis de nombreux mois avec les artistes et les producteurs japonais pour la pièce La librairie. Même si ce n’est pas la première fois que la pièce voyage à l’international – l’équipe revient d’une deuxième tournée en Europe – le Japon comporte une langue et une culture bien différentes des nôtres.
Les liens entre Basta et le Théâtre du Gros Mécano se nouent en 2006, alors que la compagnie japonaise visionne des extraits de La librairie en anglais. Conquis, les producteurs nippons contactent le TGM pour faire venir la pièce chez eux. Depuis, la pièce a été traduite et le travail avance d’autant plus facilement que le directeur artistique du TGM tient à ce que les artistes japonais s’approprient la pièce. «Nous ne partageons pas la même culture, pas le même humour. Ce sont les acteurs qui amènent leur propre couleur et les producteurs japonais ont été sensibles à cette façon de faire», indique M. Cassistat.
Le metteur en scène Frédéric Dubois et les scénographes Élise Dubé et Isabelle St-Louis s’envoleront dès le mois d’août à Tokyo afin d’assister l’équipe japonaise dans la réalisation de la coproduction. En septembre, l’auteure, Marie-Josée Bastien et Carol Cassistat rejoindront l’équipe des concepteurs afin de diriger la mise en forme du spectacle et de participer à des ateliers auprès des groupes japonais avant leur sortie au théâtre. M. Cassistat entend bien profiter de l’occasion pour faire la promotion de la pièce. «On souhaite que d’autres théâtres s’intéressent à la pièce et qu’elle roule là-bas de façon autonome. C’est un investissement du TGM qui pourrait bien rapporter.»
La librairie japonaise
Le premier texte pour jeune public de Marie-Josée Bastien, auteure, comédienne et metteure en scène de Québec, s’inspire d’une librairie à Paris, Shakespeare & Company. Toutefois, même si la pièce semble à première vue bien occidentale, ce n’est pas seulement son énergie typiquement nord-américaine qui a plu aux Japonais. Le thème central de la pièce, l’influence des morts sur les vivants, rejoint tout à fait leur culture. C’est qu’un fantôme hante la librairie de Jeanne et aide la jeune femme, secrètement amoureuse comme lui-même l’a été quand il était encore en vie, pour qu’elle puisse vivre son amour au grand jour au lieu de vivre une vie malheureuse dans le secret comme celle qui a jadis été la sienne.
La distribution japonaise est composée de Kayo Asano, dans le rôle de Jeanne, Yasuhiro Kawai incarnera le rôle de Victor, Mieko Akemi, dans le rôle de Pétra et Ken Mizorogi dans le rôle de Samuel, des acteurs bien connus au Japon selon M. Cassistat.
L’aspect politique
Difficile de passer à côté des coupes fédérales dans la culture pour les artisans du Théâtre du Gros Mécano puisque celles-ci ont singulièrement compliqué le travail de Carol Cassistat et de son équipe. «Une tournée, ça se prévoit longtemps à l’avance. Quand on a commencé à travailler sur le projet en 2006, on avait le financement nécessaire. Puis tout s’est écroulé. Comme c’est impossible de couper le nombre de comédiens, on a dû couper dans l’équipe technique. Heureusement, la Ville de Québec nous apporte un bon soutien avec son désir de rayonnement pour la ville», lance M. Cassistat. Pourtant, le directeur artistique assure que des projets comme le sien sont générateurs de ressources et créent de la richesse.
Quoi qu’il en soit, ce ne sont pas les coupes fédérales en culture qui empêcheront le TGM de faire des projets d’avenir. Après le Japon, c’est le Mexique et toute l’Amérique latine qui sont dans la mire de la dynamique compagnie québécoise. «On va aller voir s’il y a de l’intérêt, si un partenariat serait possible, même si c’est difficile de donner le coup d’envoi sans subvention», termine M. Cassistat.