Joindre l'utile au désagréable... en temps de grève
Un conflit ou une grève, ce n'est jamais agréable. C'est toujours un peu vain ou un peu con. De surcroît, quand cela se produit dans le domaine du service public, c'est encore plus con et encore plus vain. Quand les employés du supermarché de votre quartier décident de débrayer, de fermer les portes d'accès à leur plancher, c'est désolant et c'est d'une tristesse.
Mais le syndicat, auquel ils sont affiliés, leur a dicté la bonne marche à suivre et sorte leur logo, le foutre sur des petits drapeaux et demande aux dits employés d'aller faire les bouffons aux abords de la rue devant le supermarché machin truc, en sollicitant l'appui des automobilistes qui eux, doivent y aller de coups de klaxon en coups de klaxon, dérangeant ainsi les résidents du secteur, jusqu'à tard le soir. Ces résidents sont sans aucun doute, parmi les meilleurs clients du supermarché en question . Ironie du sort, quoi! La scène devient presque irréaliste, gênante à voir et quasi ridicule.
Les employés sont pris en otage par leur syndicat et les consommateurs sont pris en otage par ladite grève. Mais on leur demande quand même de devenir complices de cette farce et d'offrir leur appui moral, eux qui ont donné, depuis bon nombre d'années, leur appui financier en tant que clients.
Garder le sourire!
Malgré le drame qui touche temporairement le sort de ces employés, sous-payés, on leur demande d'arborer un sourire fendu jusqu'aux oreilles, de faire du bruit, de sautiller s’il le faut, pour montrer qu'ils existent, qu'ils font pitié et que leur cause est LA CAUSE à considérer. Comme si nous, les consommateurs, on ne savait pas depuis belle lurette que ces gens travaillent, la plupart, à petits salaires et souvent à des heures pas possibles. En fait, qu'ils sont exploités par la grosse entreprise qui a pignon sur rue dans bien d'autres villes au Québec. Alors là, rentre en cause le consommateur qui se voit privé, du jour au lendemain, d'un service auquel il est habitué, et pour lequel il défraie en moyenne de ses poches, entre 300 et 800 dollars par mois dans ledit supermarché machin truc en question.
L'utile au désagréable!
Alors que reste-t-il au consommateur? Il doit aller s'approvisionner ailleurs dans le supermarché le plus près ou le plus approprié? Pas évident! Alors là, c'est à ce moment qu'il faut bien joindre l'utile au désagréable.
En tant que consommateur, ils découvrent, du coup, d'autres lieux pour faire leurs emplettes.
¨-On fait parfois de belles découvertes. On se rend compte que le supermarché de son quartier n'est pas le seul endroit sur la Terre où on peut donner ses sous pour se nourrir. On découvre qu'il y a de petits marchés coquets, dirigés par des gens de la ville, avec un service des plus courtois et avec des mets régionaux¨.
Alors, on prend son pied, on change ses habitudes! Ça ne coûte pas vraiment plus cher, mais on découvre que le petit marché en question offre de la qualité en plus d'un service plus personnalisé. Pour ceux qui se déplacent en auto, ils sont disposés à faire quelques kilomètres de plus et les piétons, eux, prennent l'autobus ou le taxi pour s'y rendre, puisque cela en vaut la peine, tout compte fait.
Ainsi, c'est l'économie de toute une ville qui prend soudain du mieux. Il ne reste plus qu'à garder une belle pensée quand même, dans nos prières, pour les employés du supermarché de son quartier en espérant qu'ils continueront de garder le sourire, malgré le fâcheux de leur situation. Amen!
Yvan Giguère
Saguenay