Beau temps pour un virage vert
Avec deux étés frais, maussades et pluvieux consécutifs à assombrir le ciel du Québec, il y a lieu de se demander si les changements climatiques n'ont pas déjà des effets néfastes sur la météo. Pendant que la sécheresse et le manque d'eau s'accroissent dans les prairies nord-américaines, comme dans les plaines africaines et australiennes, la Belle province semble devenue le déversoir de ces contrées éloignées où il ne pleut plus. Même la grise métropole anglaise réputée pour ses jardins bien arrosés qu'est Londres traverse désormais des étés caniculaires. C'est le monde à l'envers, alors que les systèmes dépressionnaires tournent en rond au-dessus de nos têtes.
Trêve de constats pessimistes et de pronostics alambiqués! Reste que l'acceptation de notre triste sort devrait au moins avoir le mérite de favoriser la réflexion et la recherche de solutions pour améliorer notre environnement et réduire la pollution. Car, inutile d'être Einstein ni Nostradamus pour comprendre que plus l'atmosphère se réchauffe, plus il y a condensation. Or, plus il y a de condensation et plus il y a de nuages. Et, qui dit nuages, dit absence de soleil et risque de pluie. Hélas, il y a des coins du globe qui seront plus gâtés en précipitations (étés pluvieux et hivers neigeux) et le Québec paraît être un des plus choyés ces récentes années.
Sans s'apitoyer sur notre sort ni verser dans l'ésotérisme, la conjoncture d'une crise économique s'avère le moment idéal pour amorcer un virage vert. Un moyen de faire d'une pierre deux coups, en désenrhumant l'économie et en dépolluant l'atmosphère. Certaines régions comme l'Ontario et certains pays comme les États-Unis l'ont compris. Le Québec, qui mise sur une relance à l'ancienne centrée sur l'hydroélectricité façon Robert Bourassa, et le Canada, qui dort au gaz pour ne pas indisposer l'exploitation coûteuse et polluante des sables bitumineux dans le coin de pays du premier ministre Stephen Harper, devraient prendre exemple sur leur voisin respectif. Comme l'a évoqué à juste titre le président Barack Obama : «les pays qui maîtriseront les énergies propres et renouvelables seront les leaders du XIXe siècle».
La coqueluche de l'heure en politique internationale a d'ailleurs relevé plusieurs irritants pour la première puissance mondiale lors de la présentation de son plan de relance économique. La tourmente qui ébranle l'économie mondiale est perçue comme une occasion de libérer les États-Unis de sa dépendance aux énergies fossiles que sont le pétrole et le charbon. Le New Deal version Obama propose rien de moins que de jeter les bases d'une économie verte. On peut penser que l'avenir appartiendra très prochainement aux pays et aux entreprises qui sauront développer des produits et services aux vertus éconergétiques et environnementales.
Cela tombe bien, car tout reste à faire en ce domaine prometteur et porteur de développement économique. Le hic, c'est qu'un récent classement du Fonds mondial de la nature place le Canada au dernier rang des plus grands pays industrialisés (G8). Même les États-Unis font désormais mieux, grâce aux orientations annoncées dernièrement, pendant que notre gouvernement fédéral ne montre aucune intention de contrôler ses émissions de gaz à effet de serre en constante augmentation. L'idéologie politique ne doit surtout pas devenir un prétexte à l'entêtement et à la fuite à contre-courant. Déjà, la Chine a décuplé son parc éolien, le Japon et l'Allemagne dominent l'industrie du panneau solaire (pourtant inventé en Amérique du Nord) et les véhicules hybrides roulent avec des batteries coréennes.
La récession se veut un moment propice pour injecter de l'argent dans l'économie. Lorsque celle-ci amorce un virage, c'est alors l'occasion de guider le développement vers les créneaux de demain, sinon de faire du rattrapage en ce sens…