Un ailleurs inspirant
Carnets de l’Isle-aux-Grues
Mus par le désir d’exprimer la solidarité et l’entraide bien présentes chez les insulaires de l’Isle-aux-Grues, Julie Stanton et Régis Mathieu ont conjugué leur talent pour mettre en mots et en images la vie qui bat dans Carnets de l’Isle-aux-Grues.
L’ouvrage venant d’être publié aux Heures bleues met en lumière une quarantaine d’entrevues d’insulaires âgés entre 15 et 80 ans. Soulignons que les entretiens sont anonymes. Julie Stanton affirme avoir voulu préserver l’intimité de ses interlocuteurs.
«Autant les jeunes que les moins jeunes, ce sont tous des conteurs. Leurs témoignages sont des trésors de leur mémoire. Je crois que les aînés seront très émus de voir que les jeunes sont fiers de leur île», soutient Mme Stanton, résidante de La Cité.
Écrire sur l’archipel d’îles regroupées sous le nom de l’Isle-aux-Grues n’était pas tracé d’avance pour le duo d’auteurs, mais le projet s’est imposé au fil du temps. «Ça fait des années que je loue des chalets en Gaspésie, Saint-Jean-Port-Joli, Kamouraska. Être ailleurs me pousse à écrire, ça m’inspire. En 1996, j’ai fait la découverte un chalet à l’Isle-aux-Grues. C’était plus ou moins habitable l’hiver. Il faisait moins 40. Les gens s’inquiétaient. Simone, la postière, est venue nous voir. (…) Ensuite, Régis et moi on est allés vivre cinq ans dans la maison d’Alice Vézina et Thomas Boissinot. On a apprivoisé graduellement la communauté», commente la journaliste indépendante.
Vente des âmes
La commande est venue des éditeurs, après que Julie Stanton ait écrit un recueil d’escales sur l’Isle-aux-Grues sous le titre Là-bas, l’isle aux Grues. Cette fois, les Carnets de l’Isle-aux-Grues possèdent un côté ethnologique. Ils abordent les mœurs et coutumes des insulaires.
On y traite des costumes de la mi-carême, de la prévoyance des insulaires devant composer avec les marées et de la vente des âmes, le tout appuyé par des peintures, illustrations et photographies anciennes.
«Avant, ça s’appelait la criée des âmes. Ça se passe sur le parvis de l’église. C’était à la base pour les âmes du purgatoire. Il y a des marchands qui vendent leurs produits dans le cadre d’un encan. Ils amassent des fonds pour l’entretien de l’église. Les encanteurs Patrick Vézina et Denis Boulanger ont le don d’animer cette activité», assure Mme Stanton.
Riopelle
À travers les témoignages se trouve un clin d’œil en hommage au peintre Jean-Paul Riopelle, décédé à l’Isle-aux-Grues en 2002, d’un de ses compagnons de chasse: «(…) Quand j’ai commencé à guider pour lui, en 1974, il était content de faire partie du club de chasse. Mais plus ça allait, moins il chassait. Une fois dans les caches, j’avais beau avoir installé les appelants et câlé les oies en lui indiquant le bon moment pour tirer, il les regardait passer sans toucher à son fusil. En fin d’après-midi, toujours dans les caches, il ouvrait plutôt une bouteille de vin en me proposant d’admirer le coucher de soleil. Les oies, il passait son temps à les observer. (…)»
Outre l’hommage à Riopelle et la reproduction de l’Hommage à Rosa Luxemburg, les droits d’auteurs du livre seront remis à la Fondation Riopelle-Vachon, dont l’un des mandats est d’octroyer des bourses d’études postsecondaires à des jeunes de l’Isle-aux-Grues.