Densification du territoire 101
La lutte à l'étalement urbain et la densification du territoire qui la sous-tend semblent inquiéter inutilement bien des citoyens, qui veulent à bon droit préserver un minimum d'îlots de verdure dans leur entourage. Pourtant, une densification bien orchestrée permet justement de libérer de l'espace au sol, afin d'y multiplier les espaces verts et de loisirs. Le meilleur exemple est celui de New York, où le Central Park n'existerait tout simplement pas si on avait refusé de construire des édifices en hauteur. À plus petite échelle, si le centre-ville de Québec ne comptait pas quelques édifices à étages, il y a belle lurette qu'on aurait loti les plaines d'Abraham.
Il faut se rendre à l'évidence, dans une région en croissance, densifier l'occupation du territoire devient une garantie de meilleure gestion municipale et de préservation des espaces verts. À condition, bien sûr, que le développement soit orchestré en conséquence. Un autre bel exemple local est l'aménagement du parc-jardin en plein coeur du quartier Saint-Roch. Ce fut même le coup d'envoi de la revitalisation urbaine de l'endroit. Or, sans les revenus fonciers des édifices érigés autour, il aurait été difficile pour la Ville d'aménager un aussi vaste espace vert. Rien n'empêche de faire d'une pierre deux coups, en aménageant un stationnement payant sous le parc.
Alléguer que la densification et les constructions à étages vont nuire à la qualité de vie d'un quartier central s'avère donc non fondé. Au contraire, la présence d'une proportion élevée d'occupants d'un territoire favorise sa desserte en une multitude de services. Assurément, il faut que le tout soit planifié à l'avance. Plus il y a de résidents sur une portion de territoire, plus la trame urbaine peut se tisser serrée et plus la rentabilité des attraits tant publics que commerciaux est possible. Ce phénomène s'illustre par le simple constat qu'un résident des quartiers centraux peut accéder à une multitude de loisirs et services à quelques pas de chez lui, pendant que le banlieusard doit sortir la voiture dès qu'il a besoin d'acheter un litre de lait, ou qu'il souhaite se divertir ou manger au restaurant.
Certes, décideurs et promoteurs ont la responsabilité d'être plus transparents et d'expliquer davantage leurs intentions aux citoyens inquiets des dérapages potentiels, lorsqu'un projet d'envergure se profile dans le voisinage. Il importe d'évacuer l'idée préconçue voulant que densité soit synonyme de béton inesthétique et d'occupation totale du territoire. Il y a de la place pour de beaux projets résidentiels et commerciaux à Québec. Leur originalité combinée à la préservation de portions de terrain pour des parcs et espaces de loisirs peut même devenir un élément de fierté et d'attachement. Une source d'identité qui, avec le temps, devient une marque distinctive pouvant même occasionner un certain pouvoir d'attraction. C'est déjà le cas par exemple dans le Vieux-Québec, tout comme aux Jardins Mérici ou au Campanile à Sainte-Foy. Autant de lieux inspirants.
L'argument du rejet de la densification et donc, du partage du territoire, pour sauvegarder le moindre buisson ne peut être évoqué à tout crin. D'abord, pour les consciences environnementales, les arbres constituent une ressource naturelle renouvelable qui, en pourrissant debout, devient une source de pollution en relâchant le carbone capté au cours de leur vie. Aussi, les terrains vacants en milieu desservi par les infrastructures municipales sont toujours plus faciles à rentabiliser et cet apport de nouveaux résidents peut mener à l'apport de nouveaux services pour la communauté. Enfin, il ne faut jamais supposer qu'un terrain vague laissé en friche au bout d'une rue résidentielle n'intéressera pas, un de ces jours, un promoteur…