Grand-papa est au ciel
Le deuil est, pour l'être humain, quelque chose d'infiniment cruel. Du jour au lendemain, la perte d'un parent, d'un ami ou d'un proche vient nous frapper de plein fouet laissant derrière elle rage, souffrance et incompréhension. C'est dans ces moments que l'on souhaiterait redevenir enfant.
Parce que pour un enfant, rien n'est compliqué. Minou a profité de sa dernière sortie pour prendre la poudre d'escampette? Il suffit d'expliquer le tout en inventant une histoire d'amour entre lui et la chatte du quatrième voisin, que tous deux ont décidé d'aménager ensemble pour fonder une famille, et le tour est joué. S'en suivra un petit chagrin qui sera vite estompé par l'achat d'un nouveau félin.
Toutefois, lorsque c'est un être cher qui disparaît du paysage, le défi est tout autre. Car un père, une mère ou un grand-papa, ça ne s'achète pas à l'animalerie du coin. On en a qu'un. C'est à ce moment que le ciel entre en jeu.
Qu'il soit digne des plus belles cartes postales ou prêt à nous déverser son fiel, le ciel revêt chez l'enfant un caractère des plus mystérieux. Par son inaccessibilité, mais aussi par son immensité. Voilà probablement la raison pour laquelle il devient un remède à tous les maux.
Pour la petite Marianne, qui a perdu son grand-père le 21 mars 2008, l'explication a résisté aux quatre saisons qui ont composé la dernière année. Trop malade pour demeurer auprès d'elle, son grand-papa habite maintenant une belle maison au ciel, en compagnie de tous les autres papis malades. Fin de la discussion.
Mais le jour viendra où l'enfant, que le temps aura transformé en un petit bout de femme, comprendra que le ciel n'était en fait qu'un subterfuge. Un gros «band aid» qui lui aura permis d'estomper en partie son chagrin, sans toutefois l'éliminer complètement. Puis le cœur de Marianne redeviendra gros.
Néanmoins, elle comprendra. Elle comprendra pourquoi maman a parfois le trémolo dans la voix quand elle parle de grand-papa. Pourquoi le menton de grand-maman sautille lorsqu'elle est assise seule au bout de la table. Et pourquoi son parrain, chez qui elle va faire dodo de temps en temps, a autant de photos accrochées sur les murs.
En apprenant le départ de Guy Laliberté, qui s'envolera vers la station spatiale le 30 septembre prochain, plusieurs ont certainement ressenti un soupçon de jalousie. Certains pour des raisons pécuniaires, d'autres parce que fondateur du Cirque du soleil traversera ce fameux ciel. Celui aux milles étoiles qui se veulent, selon les croyances, autant d'yeux de personnes disparues veillant sur chacun de nous.
Au rythme où évoluent les choses, il n'est pas interdit de penser que de tels voyages deviendront chose courante d'ici quelques décennies. Que n'importe quel quidam pourra aller passer un week-end là-haut, dans une ville construite sur mesure pour accueillir les êtres humains.
À ce moment bien précis, la phrase «grand-papa est au ciel» deviendra moribonde. Ne reste plus qu'à souhaiter qu'en regardant vers l'infini, la petite Marianne alors devenue femme fera toute la différence entre le mensonge et la demi-vérité. Une demi-vérité qui aura permis à son grand-papa de poursuivre sa vie bien blotti dans son petit cœur d'enfant.