Quelques jours à peine après le lancement de son nouveau livre Papilles et mélocules, le sommelier québécois de réputation internationale tenait à faire une première conférence théorique pour lancer la réflexion. Il souhaite revenir à la charge avec un atelier pratique prochainement.
Chartier sur la piste des liens aromatiques entre les aliments
Lancement à Québec du livre Papilles et molécules
Associer les aliments qui partagent des molécules de la même famille aromatique pour garantir une meilleure harmonie entre les mets et les vins peut paraître élémentaire à l'ère de la cuisine dite méloculaire. Pourtant, ce nouveau défi qui anime le sommelier québécois de réputation internationale, François Chartier, a été très peu exploré jusqu'à ce jour.
Ce passionné des vins et, inévitablement, des accords les plus judicieux avec la bonne chère a décidé de s'attaquer à cette tâche colossale à la faveur d'une pause professionnelle en 2005. Il a mis plus de trois ans à décortiquer la composition chimique dominante des aliments, afin de mieux les agencer. Le fruit de ce labeur est la parution récente de son livre Papilles et mélocules, qu'il est venu présenter hier (lundi 8 juin) à un auditoire de 200 personnes réunies à l'École d'hôtellerie de la Capitale.
«Il était temps que la sommellerie ouvre la porte sur la compréhension scientifique des accords, d'abord des aliments entre eux puis avec les vins. Ainsi, on savait par expérience qu'un plat à base de menthe et de persil s'accorde bien avec un sauvignon blanc, mais sans en connaître les fondements chimiques. C'est ce que j'explore avec grand intérêt», lance François Chartier qui s'étonne de certaines découvertes.
Son travail s'est concentré sur les ingrédients de liaison, qu'il associe à des amplificateurs de saveur. À cet égard, son livre propose des listes et graphiques de composés volatils qui caractérisent l'arôme des vins aussi bien que des aliments complémentaires. Autant d'éléments pour innover et expérimenter de nouveaux mariages gustatifs.
Première pierre
Réfutant être rendu dans une sphère inaccessible de la sommellerie, François Chartier précise que son approche se veut aussi ludique que scientifique. «L'objectif consiste à en arriver à une plus grande maîtrise des harmonies entre les mets et les vins. Et, à cet égard, je n'en suis qu'aux premiers balbutiements de cette nouvelle discipline complémentaire aux savoirs actuels de la table. Ce livre n'est que la première pierre de l'édifice de la connaissance moléculaire des aliments. Il reste encore 30 à 40 ans de recherche», assure-t-il.
Ce n'est pas en vain que le premier chapitre de Papilles et mélocules, déjà premier vendeur en librairie après quelques jours, s'intitule «Révolution culinaire». Très vulgarisé, d'où l'intérêt de le présenter dans une école d'hôtellerie, le livre pave la voie à une meilleure compréhension des aliments et à la composition de nouvelles recettes.
Celui qui met en pratique ses trouvailles dans la cuisine-laboratoire de l'équipe du restaurant de renommée mondiale elBulli en Espagne termine sa conférence par une suggestion. «Les écoles de cuisine et principalement leur département de sommellerie devraient compléter leur formation avec davantage de cours sur la base du monde culinaire. Car, sans maîtriser l'ABC de la préparation des plats et de ses ingrédients, on ne peut maîtriser la sommellerie», lance-t-il en guise de conclusion.