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Château d'eau défiguré

Article mis en ligne le 6 juin 2009 à 7:25
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Château d'eau défiguré
Pour ceux qui ne connaissent pas Château d’eau, il s’agit de la partie nord du Loretteville avant la fusion avec la ville de Québec. Il s’agit d’un endroit de villégiature situé tout près de la Rivière St-Charles et de l’aqueduc qui dessert une grande partie de la ville de Québec, d’où son nom. Pendant de nombreuses années, les seules constructions permises étaient des maisons unifamiliales. Château d’eau conservait un cachet spécial avec des arbres magnifiques, pins et érables principalement que ses résidents protégeaient jalousement. Beaucoup de Québécois conservent de bons souvenirs des étés passés à Château d’eau, du canotage, de la plage, des nombreux courts de tennis, du club de golf, etc. Avec le dépaysement déjà commencé, ils ne s’y reconnaîtront plus lorsqu’ils voudront nous visiter. Pendant que des agglomérations comme St-Émile et Val-Bélair font tout ce qu’elles peuvent pour s’embellir, nos édiles sont en train de défigurer notre environnement. Depuis quelques années, la municipalité de Loretteville a permis des modifications au règlement de zonage en catimini et nous avons vu paraître plusieurs maisons à logements multiples. Mais voilà que tout à coup, Château d’eau se retrouve avec un grand nombre de blocs à appartements qui ont poussé comme des champignons le long de la piste des Cheminots, constructions qui ont été autorisées sans que la population ne soit consultée.

L’église de Château d’eau est située au coeur de ce pittoresque site. Comme toutes les églises, elle est moins fréquentée, mais on y célèbre encore des messes le dimanche ainsi que des mariages et des funérailles. De plus, tout comme le presbytère, elle est utilisée par de nombreux groupements à caractère social. Malgré cela, la paroisse et/ou le diocèse ont décidé de s’en départir, de permettre la démolition du presbytère dans un premier temps, et ensuite de l’église, pour faire place à des logements multiples s’élevant sur trois étages. Il apparaît que le diocèse et la paroisse St-Ambroise envisagent de poser des conditions à l’acheteur éventuel de ses terrains pour imposer la construction de bâtiments qui s’avéreraient inacceptables pour les citoyens de Château d’Eau. Nous ne pouvons que souhaiter qu’elle renonce à imposer de telles conditions. Le plan présenté par le promoteur prévoit l’érection de deux blocs de dix-huit (18) logements sur trois étages, et lorsque l’église sera détruite, d’un autre bloc de mêmes dimensions. Inutile de dire que ces installations détruiront à jamais le caractère résidentiel de Château d’eau qui y perdra son âme et sa personnalité. Si ce projet est réalisé, nous nous retrouverons avec plus de deux cents (200) personnes sur un terrain de quatre-vingt-dix mille (90 000) pieds carrés, soit une densité qui dépasse plusieurs fois celle du reste du quartier, sans compter une augmentation substantielle de la circulation dans une zone scolaire. Nous ne nous objectons pas à ce projet parce qu’il prévoit la création d’unités subventionnées, nous nous objecterions tout autant à un projet qui prévoirait la construction d’une maison unifamiliale cossue mais d’une dimension qui ne cadrerait pas avec l’ensemble des résidences.

Plusieurs citoyens se sont présentés à la soirée d’information tenue à l’occasion d’une séance spéciale du Conseil du quartier pour faire connaître leur opposition à ce projet. Nous déplorons que ni le curé de la paroisse, ni le conseiller de l'arrondissement, M. Dion, n'aient daigné rencontrer les citoyens, pour nous faire part clairement de leur position dans ce dossier. Sans doute se retrancheront-ils derrière le fait qu’il ne s’agit que d’un projet parmi tant d’autres, mais nous savons pertinemment que si nous ne réagissons pas immédiatement, ils prendront pour acquis que nous ne nous y objectons pas. Il semble que les citoyens ne pourront même pas s’opposer à la modification du plan de zonage qui pourrait nous être imposée par la ville de Québec, en dehors de tous les principes démocratiques qui sont supposés être la base de notre culture collective. Le promoteur nous dit qu’il est prêt à modifier le projet, mais nous, les citoyens de Château d’eau, exigeons que ce projet soit purement et simplement abandonné. J’ose espérer que tous les citoyens de Loretteville crieront haut et fort leur mécontentement de voir un joyau disparaître de leur voisinage.
Paul LaFrance, Québec

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