Manque d'objectivité agaçant
En ce monde où tout va vite et où les sources d'information sont aussi multiples que prolifiques, il devient précieux de pouvoir sauver du temps en allant droit à l'essentiel. Une nécessité parfois court-circuitée par les émetteurs de nouvelles eux-mêmes, qui confondent intérêt public et intérêt corporatif. Le phénomène s'avère particulièrement déplorable en saison de sondage d'auditoire, alors que les chicanes d'égo promotionnel viennent s'incérer dans les grands titres.
Faisant mission d'objectivité dans l'analyse et la transmission de l'information, il n'y a hélas pas plus partiaux et partisans que les médias eux-mêmes lorsque vient le temps d'analyser leurs chiffres d'écoute et de lectorat. À la limite, l'opération mériterait un entrefilet plutôt qu'une manchette, si on se posait la question élémentaire de l'utilité de tant d'autocongratulation pour le public. Le plus désolant, c'est qu'on n'arrive mal à s'y retrouver quand les quotidiens s'affichent tous numéro un, alors que les radios se déclarent toutes championnes selon l'heure de la journée ou le groupe d'âge ciblé.
Ainsi, un journal se consacre meilleur que le concurrent parce qu'il ne comptabilise que ces abonnés. L'autre se félicite d'une distribution gratuite étendue dans les chaînes de restauration rapide, qui le hisse au premier rang des pairs d'yeux qui le scrutent distraitement en avalant tout aussi distraitement un repas de piètre qualité. Ce à quoi rétorque le premier en disséquant les statistiques régionales, pour se consoler de dominer chez les mieux nantis ou les lecteurs affairés de la fin de semaine. Le manège reprend de plus belle la saison suivante, comme à la radio où on l'exploite jusque dans ses retranchements les plus risibles.
Si bien qu'on se retrouve avec une multitude de stations se pavanant comme les «leaders» (en anglais bien sûr parce que «c'est ben plus hot d'être au top chaque week-end de méga party dj cool!»… je m'égare et m'emporte). Reste qu'on ne peut qu'esquisser un sourire lorsqu'on entend l'animateur se dénicher un quart d'heure où il domine les ondes en rejoignant le plus large auditoire chez les jeunes professionnels hétérosexuels sans enfants à la recherche de l'âme sœur et en moyen de l'ensevelir de biens de consommation inutiles entre 8h30 et 8h45. Pareille information ciblée et fort utile n'intéresse que les annonceurs potentiels. Pas le commun des mortels qui, à cette heure-là, se trouve déjà au bureau et la radio éteinte!
Pour rivaliser en matière d'irritant déplaisant, il faut arriver à endurer la partisannerie systématique des partis politiques, qui fait en sorte que le gouvernement au pouvoir vante continuellement ses mérites et que l'opposition critique et dénigre tout. Cette façon de faire foncièrement exaspérante a probablement quelque chose à voir avec le désintérêt de la population pour les affaires de l'État. Les champions toutes catégories de l'impopularité auprès du public qui doit les élire auraient avantage à y réfléchir plutôt que de continuellement se crêper le chignon.
Exemple récent du phénomène : les partis d'opposition fédéraux qui déchirent leur chemise à la suite de l'annonce du déficit qui pourrait grimper jusqu'à 50 G$ à Ottawa pour l'année 2009. Pourtant, pas plus tard que l'automne dernier, tous les chefs de ces partis réclamaient à grands cris qu'on oublie l'austérité budgétaire. Il fallait impérativement et massivement injecter des fonds pour relancer l'économie à l'aube de la récession. Maintenant que la dépense est engagée, on voudrait en récolter les fruits au lendemain d'une élection précipitée. Voilà qui manque d'objectivité voire d'honnêteté, surtout lorsqu'on n'a pas eu le courage de saisir l'occasion de faire mieux en renversant ce gouvernement minoritaire, lors des nombreux votes de confiance auxquels il a été soumis…